Jubilés
IntroductionJubilés 3
Nuances du texte source · restitution Déployée
Le sixième jour de la deuxième semaine, sur l’ordre du Seigneur, nous amenâmes à Adam tous les animaux, le bétail, les oiseaux, tout ce qui se déplace sur la terre et dans l’eau, chacun selon son espèce et sa forme : les animaux le premier jour, le bétail le deuxième, les oiseaux le troisième, les êtres terrestres le quatrième et les êtres aquatiques le cinquième.
Adam leur donna à tous un nom, et le nom qu’il donna à chacun devint son nom.
La présentation des couples animaux sert de contraste narratif : l’humain constate sa solitude et l’absence d’un partenaire qui lui corresponde.
La décision divine répond directement à la solitude constatée au verset précédent. Le pluriel « faisons » inclut l’assemblée céleste dans le discours, sans que le texte développe davantage sa fonction.
Le Seigneur notre Dieu fit tomber sur Adam un profond sommeil. Il prit un de ses os pour former la femme ; cette côte, prise parmi ses os, fut l’origine de la femme. Il referma la chair à sa place et construisit la femme.
La reconnaissance d’Adam répond à la recherche infructueuse du v.3. L’expression « os de mes os, chair de ma chair » affirme parenté et unité, puis le nom donné à la femme est expliqué par son origine.
C’est pourquoi l’homme et la femme deviennent un ; l’homme quitte son père et sa mère, s’unit à sa femme, et tous deux deviennent une seule chair.
Jubilés fonde ici la loi de purification après l’accouchement sur sa chronologie de la création de la femme : une semaine pour le mâle, deux semaines pour la femelle.
Les délais de quarante et quatre-vingts jours prolongent la correspondance entre création et règles de purification. L’entrée dans Éden est ainsi interprétée comme accès à un espace saint.
C’est pourquoi il fut écrit sur les tables célestes que, lorsqu’une femme met au monde un garçon, elle demeure sept jours dans son impureté, puis trente-trois jours dans le sang de sa purification. Jusqu’à la fin de ces jours, elle ne touche rien de saint et n’entre pas dans le sanctuaire.
La durée féminine double le premier délai et aboutit au total de quatre-vingts jours, correspondant à l’entrée différée de la femme dans Éden au v.9.
La sainteté d’Éden explique rétrospectivement pourquoi la femme ne peut y entrer avant l’achèvement du délai. Le jardin fonctionne ici comme prototype du sanctuaire.
Voilà pourquoi cette règle fut fixée pour celle qui met au monde un garçon ou une fille : elle ne touche rien de saint et n’entre pas dans le sanctuaire avant l’achèvement des jours prescrits.
La section est scellée par le couple programmatique « loi et témoignage », qui relie la règle de pureté au cadre général de Jubilés.
Le séjour en Éden est exactement daté : sept années. Les anges jouent un rôle pédagogique, enseignant à Adam le travail approprié au jardin.
Le tableau d’Éden associe innocence corporelle et gestion ordonnée du jardin : protéger, récolter, manger et conserver. La nudité n’est pas encore perçue comme honteuse.
Jubilés date précisément la tentation : après sept années complètes, le 17 du deuxième mois. La question du serpent reformule le commandement de manière globale et provocatrice.
La femme distingue l’autorisation générale et l’interdiction unique. Le récit inclut l’interdit de toucher, qui devient partie de sa formulation du commandement.
Le serpent contredit frontalement la menace de mort et présente l’ouverture des yeux et la connaissance morale comme conséquence de l’acte.
La femme vit que l’arbre était agréable, beau à regarder et que son fruit était bon à manger. Elle en prit et mangea.
Jubilés place la couverture de la femme avant qu’elle donne le fruit à Adam. L’ouverture des yeux d’Adam conduit immédiatement à la conscience de sa nudité.
La réponse d’Adam à la découverte de sa nudité est immédiatement vestimentaire : assembler des feuilles et couvrir le corps.
Le jugement commence par le serpent puis atteint la femme, explicitement parce qu’elle a écouté sa parole et mangé.
La sentence combine douleur de l’enfantement, orientation vers le mari et domination masculine. Jubilés conserve une formulation proche de la tradition de Genèse tout en utilisant son propre vocabulaire.
La sanction d’Adam porte sur le sol et le travail : la terre devient pénible à cultiver, et l’être humain est rappelé à son origine terrestre et à sa mortalité.
Avant l’expulsion, Dieu pourvoit lui-même au vêtement du couple ; le récit enchaîne vêtir puis renvoyer.
Le jour où il quitta le jardin d’Éden, Adam fit monter un parfum agréable : encens, galbanum, stacté et aromates. Il brûla cet encens tôt le matin, au lever du soleil, au moment où il couvrit sa nudité.
Jubilés rattache à la chute la perte d’une parole commune aux animaux. L’unité linguistique du monde vivant appartient donc, dans cette tradition, à l’état édénique.
L’expulsion ne concerne pas seulement le couple humain : le jardin est vidé de l’ensemble des êtres animés, renvoyés vers les habitats correspondant à leur nature.
Le vêtement devient ici une distinction propre à l’humain : Adam seul, parmi les vivants mentionnés, reçoit la permission de couvrir son corps.
Jubilés transforme l’épisode du vêtement d’Adam en norme de pudeur pour ceux qui connaissent la Loi, en contraste avec les nations.
La chronologie reprend : la sortie d’Éden est datée du début du quatrième mois et localisée dans une terre appelée Elda, identifiée comme lieu de leur création.
La nomination d’Ève intervient seulement après la sortie d’Éden dans la chronologie de ce récit.
Le livre décale la conception des premiers enfants après le premier jubilé complet, conformément à son système chronologique propre.
Le chapitre se clôt sur la continuité du travail : même hors d’Éden, Adam met en pratique l’apprentissage reçu dans le jardin.