Joseph et Aséneth

Dossier

Joseph et Aséneth 11

Nuances du texte source · restitution Déployée · Texte ancien versifié · S5 · statut canonique distinct

À l’aube du huitième jour, on entendit les oiseaux du ciel et les chiens aboyer sur le chemin. Aséneth releva la tête de la cendre. Elle était épuisée par sa repentance, son jeûne et l’abaissement de son âme. Elle se redressa sur les genoux, leva les yeux vers le ciel, secoua la cendre de ses cheveux et continua de pleurer en se frappant la poitrine. Elle s’approcha de la fenêtre tournée vers l’orient, s’assit et posa la tête sur ses genoux. Après sept jours de jeûne et de souffrance, sa bouche était restée fermée. Elle se dit intérieurement : « Que vais-je faire ? Où aller ? Auprès de qui chercher refuge ? Que puis-je dire, moi, jeune fille orpheline, abandonnée et seule ? Tous me rejettent. Mon père, ma mère et mes proches diront : “Aséneth n’est plus notre fille”, parce que j’ai rejeté et détruit leurs dieux. Les autres aussi m’en veulent, puisque j’ai méprisé ceux qui voulaient m’épouser ; maintenant ils se réjouissent de mon humiliation. »

Aséneth oppose alors à cet abandon humain ce qu’elle a entendu du Dieu que sert Joseph. Le Seigneur, Dieu Très-Haut et puissant, n’accepte pas que l’on craigne les idoles vaines et les divinités fabriquées par des mains humaines. Aséneth reconnaît qu’elle-même s’est rendue impure en les craignant, en les servant et en mangeant de leurs sacrifices ; c’est pourquoi elle ne se croit pas digne d’invoquer le Dieu Très-Haut du ciel. Pourtant ce qu’elle a entendu à son sujet lui rend une espérance : le Dieu des Hébreux est le Dieu de vérité, compatissant et miséricordieux, patient, abondant en grâce et en vérité ; il pardonne les péchés, retient la destruction, détourne sa colère et n’en déchaîne pas toute la violence lorsque l’être humain humilié l’appelle. Aséneth décide donc de revenir vers lui, d’y chercher refuge, de confesser ses péchés et ses fautes et de déposer sa supplication devant lui, dans l’espoir qu’il regarde l’humiliation de sa servante et lui fasse miséricorde. Elle se rappelle qu’il est le père des orphelins, le secours des faibles et le sauveur des pauvres ; cette conviction lui donne finalement le courage de vouloir crier vers lui.

Elle se lève alors près de la fenêtre orientale et étend les mains vers le ciel, mais la crainte l’arrête encore : elle n’ose ni ouvrir la bouche devant le Dieu Très-Haut ni prononcer son saint nom. Elle revient s’asseoir contre le mur de la fenêtre, se frappe le visage et la poitrine et poursuit son raisonnement intérieurement. Elle se décrit comme faible, orpheline et abandonnée, et reconnaît que sa bouche a été souillée par les sacrifices et par la vanité des dieux de son peuple égyptien. Mais ses larmes, la cendre et la poussière sont désormais les signes de l’humiliation dans laquelle son âme s’est repentie de ses péchés. Elle décide donc d’oser enfin invoquer le Dieu miséricordieux : même s’il se met en colère et la corrige, il demeure le Seigneur auquel elle appartient ; même s’il la frappe, c’est encore lui qui peut la guérir. Alors elle lève les yeux vers le ciel et ouvre pour la première fois la bouche afin de commencer sa prière.

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