Pasteur d’Hermas
DossierPasteur d’Hermas 1
Lecture personnelle fluide · restitution Lecture · Texte ancien versifié · S5 · statut canonique distinct
Celui qui m’avait élevé m’avait vendu à Rome à une femme nommée Rhoda. Des années plus tard, je la reconnus et je me mis à l’aimer comme une sœur.
Un jour, je la vis se baigner dans le Tibre. Je lui donnai la main pour l’aider à sortir de l’eau. Sa beauté me fit penser : « Quel bonheur si j’avais une épouse aussi belle et aussi droite. » Je n’allai pas plus loin dans ma pensée.
Quelque temps après, en route vers Cumes, je contemplais la grandeur, la beauté et la puissance des œuvres de Dieu. Je m’assoupis en marchant. Un esprit me saisit et me transporta par un lieu sans chemin, abrupt, raviné par les eaux et impossible à parcourir normalement. Après avoir franchi une rivière, je gagnai un terrain plat, m’agenouillai, priai le Seigneur et confessai mes fautes.
Pendant ma prière, le ciel s’ouvrit. Je vis dans le ciel la femme que j’avais autrefois désirée : « Salut, Hermas ! »
Je lui demandai : « Madame, pourquoi es-tu ici ? » — « J’ai été élevée jusqu’ici pour porter devant le Seigneur l’accusation de ton péché. »
« C’est donc toi qui m’accuses ? » — « Non. Écoute plutôt ce que je vais te dire. Dieu, qui demeure dans les cieux, qui a tiré l’être du non-être et a fait grandir toute chose en vue de son Église sainte, est irrité contre toi parce que tu as péché à mon égard. »
« Contre toi ? Quand donc t’ai-je offensée ? Ne t’ai-je pas toujours traitée avec le plus grand respect, comme une dame, et honorée comme une sœur ? Pourquoi porter contre moi une accusation mauvaise et impure ? »
Elle sourit : « Le désir du mal a pourtant traversé ton cœur. Chez un homme juste, même cette intention n’est pas insignifiante : elle devient péché. Le juste nourrit des pensées justes et demeure agréable au Seigneur ; ceux qui cultivent le mal dans leur cœur attirent sur eux la mort et la captivité, surtout lorsqu’ils s’attachent à ce monde, se glorifient de leur richesse et cessent d’attendre les biens futurs.
Ceux qui n’ont plus d’espérance finiront par regretter d’avoir renoncé à leur propre vie. Toi, prie Dieu : il guérira tes péchés, ceux de ta maison et ceux de tous les saints. »
Le ciel se referma. Tremblant et accablé, je me demandais : « Si même cette pensée m’est comptée comme faute, comment pourrai-je être sauvé ? Comment trouver grâce auprès de Dieu pour mes péchés réels ? Que puis-je dire au Seigneur pour qu’il me fasse miséricorde ? »
Alors apparut devant moi un grand siège blanc, comme de laine neigeuse. Une femme très âgée, revêtue d’un habit lumineux et tenant un livre, vint s’y asseoir. « Salut, Hermas ! » Je répondis en pleurant : « Salut, Madame. »
Elle me demanda : « Pourquoi cette tristesse ? Toi qui es d’habitude patient, sans querelle et toujours souriant, pourquoi ce visage sombre ? » — « Une femme excellente vient de me dire que j’ai péché contre elle. »
« Une telle conduite serait indigne d’un serviteur de Dieu. Mais la pensée a certainement traversé ton cœur. Et pour un serviteur de Dieu, un désir de ce genre est déjà dangereux : il choque un esprit qui a appris la sainteté, surtout chez toi qui cherches à vivre dans la maîtrise de toi, la simplicité et l’innocence.
Pourtant Dieu n’est pas seulement irrité à cause de cette pensée. Il te reproche de ne pas avoir repris les membres de ta maison lorsqu’ils ont péché contre le Seigneur et contre leurs parents. Ton attachement à tes enfants t’a rendu trop indulgent ; tu les as laissés se détériorer. Mais le Seigneur guérira ce qui s’est passé dans ta maison, même si leurs fautes ont déjà atteint ta vie matérielle.
Sa compassion a néanmoins pris pitié de toi et de ta maison. Il te donnera la force et t’établira dans sa gloire. Ne sois donc pas négligent : prends courage et fortifie les tiens. Le forgeron obtient par des coups répétés la forme qu’il recherche ; de même une parole juste, dite jour après jour, finit par vaincre le mal. Continue donc à reprendre tes enfants. S’ils se repentent de tout leur cœur, ils seront inscrits avec les saints dans les livres de la vie. »
Puis elle demanda : « Veux-tu m’entendre lire ? » — « Oui. » — « Alors écoute les gloires de Dieu. » J’entendis des paroles immenses, terribles et merveilleuses ; je ne pus les retenir. Seules les dernières restèrent dans ma mémoire, parce qu’elles étaient douces et utiles.
Elles disaient : « Le Dieu des puissances, que j’aime, a créé le monde par sa puissance et son intelligence ; il a donné beauté à sa création, fixé le ciel par sa parole, fondé la terre sur les eaux et créé par sa sagesse et sa providence sa sainte Église, qu’il a bénie. Voici qu’il remue les cieux, les montagnes, les collines et les mers ; tout devient chemin pour ses élus, afin qu’il accomplisse envers eux sa promesse dans la gloire et la joie, s’ils gardent avec foi les prescriptions qu’ils ont reçues. »
Après sa lecture, quatre jeunes hommes emportèrent le siège vers l’orient.
Elle me toucha la poitrine : « As-tu aimé ma lecture ? » — « Les dernières paroles, oui ; les premières étaient dures. » — « Les dernières sont pour les justes ; les premières pour les nations et les apostats. »
Deux hommes vinrent alors la prendre par les bras et l’emmenèrent vers l’orient. Elle partit dans la joie et me lança en s’éloignant : « Tiens bon, Hermas ! »