Épître de Barnabé
DossierÉpître de Barnabé 5
Nuances du texte source · restitution Déployée · Texte ancien versifié · S5 · statut canonique distinct
Barnabé interprète la souffrance de Jésus comme un acte volontaire : le Seigneur « supporte » de livrer sa chair à la corruption/destruction afin que le pardon des péchés produise une purification liée au « sang de son aspersion ».
Pour établir cette lecture, il cite Isaïe 53 sous une forme grecque : blessures, péchés, guérison, brebis menée à l’abattoir et agneau silencieux devant celui qui le tond.
Cette compréhension du Christ devient pour l’auteur une raison de gratitude : Dieu a révélé le passé, donne sagesse dans le présent et permet d’aborder l’avenir sans être dépourvu d’intelligence.
Une maxime scripturaire sur le filet tendu devant les oiseaux est appliquée moralement : celui qui connaît la voie de la justice mais se détourne vers les ténèbres porte une responsabilité particulière.
La question christologique est ensuite posée explicitement : comment le Seigneur du monde, associé par Barnabé à la parole créatrice « Faisons l’homme à notre image », a-t-il pu accepter de souffrir par des hommes ?
La réponse combine prophétie, incarnation et victoire sur la mort : les prophètes ont parlé de lui ; il devait apparaître dans la chair afin d’abolir la mort et de manifester la résurrection.
La venue corporelle permet aussi, selon l’auteur, d’accomplir les promesses aux pères, de préparer « un peuple nouveau » et de révéler que celui qui réalise la résurrection exercera le jugement.
Barnabé insiste pourtant sur l’enseignement donné à Israël, les signes accomplis et l’amour intense du Seigneur pour lui.
Le choix des apôtres est décrit dans un langage hyperbolique : ils sont présentés comme extrêmement pécheurs afin de manifester la logique de l’appel des pécheurs plutôt que des justes. L’auteur relie ce choix à la manifestation de la filiation divine de Jésus.
L’incarnation est ensuite justifiée par une analogie visuelle : l’être humain ne supporte déjà pas l’éclat du soleil, simple créature ; il aurait donc été incapable de soutenir une manifestation divine non voilée par la chair.
La phrase sur le « plein accomplissement / récapitulation des péchés » de ceux qui ont persécuté les prophètes est difficile : Barnabé comprend l’incarnation et la passion comme moment où le péché de cette opposition atteint sa pleine mesure.
Trois ensembles de citations sont alors appliqués à la passion : le berger frappé et les brebis dispersées ;
la souffrance « sur le bois » avec les paroles sur l’épée et la chair clouée ; enfin le dos livré aux fouets, les joues aux coups et le visage rendu ferme comme une pierre.
L’ensemble construit une lecture christologique des Écritures plutôt qu’une chronique indépendante de la passion.