4 Esdras
Dossier4 Esdras 12
Reformulation contrôlée · restitution Paraphrase · Texte ancien versifié · S5 · statut canonique distinct
Source : noyau de 4 Esdras (3–14) · latin critique · OCP / Weber
Pendant que le lion adressait ces paroles à l’aigle, je regardai.
Voici que la tête qui restait disparut ; les deux petites ailes qui étaient passées vers elle se dressèrent pour régner, mais leur royaume fut faible et rempli de troubles.
Tout finit par disparaître : les dernières ailes, puis l’aigle lui-même dans le feu. La terre tremble. Je me réveille terrifié, épuisé par ce que j’ai vu.
Je me dis : « Voilà jusqu’où m’a conduit mon désir de comprendre les voies du Très-Haut.
Je n’ai presque plus de force après cette nuit ; mon esprit est vidé par la peur.
Je vais donc prier le Très-Haut afin qu’il me fortifie jusqu’au bout. »
Je dis : « Seigneur souverain, si j’ai trouvé grâce devant toi, si tu m’as reconnu juste plus que beaucoup d’autres et si ma prière est réellement montée devant ta face, §8 Donne-moi donc assez de force pour comprendre cette vision et ne pas rester écrasé par elle.
Car tu m’as jugé digne de me montrer la fin des temps et leurs derniers jours. » Il me dit :
« Voici l’interprétation de la vision que tu as vue.
L’aigle que tu as vu monter de la mer est le quatrième royaume qui fut montré en vision à ton frère Daniel.
Mais ce royaume ne lui fut pas interprété comme je te l’interprète maintenant.
Voici que viennent des jours où s’élèvera sur la terre un royaume plus redoutable que tous les royaumes qui l’auront précédé.
Douze rois y régneront, l’un après l’autre.
Le deuxième qui commencera à régner conservera le pouvoir plus longtemps que les autres des douze.
Telle est l’interprétation des douze ailes que tu as vues.
Quant à la voix que tu as entendue parler, elle ne sortait pas des têtes mais du milieu du corps de l’aigle.
Le royaume connaîtra des crises qui sembleront devoir l’abattre ; pourtant il se reconstituera encore avant sa fin.
Tu as aussi vu huit petites ailes attachées aux grandes ailes.
Les huit petites ailes correspondent à huit règnes rapides ; deux tomberont assez tôt, §21 quatre resteront jusqu’à l’approche de la fin et deux subsisteront jusqu’au dernier moment.
Tu as vu ensuite trois têtes au repos.
Les trois têtes représentent les trois derniers pouvoirs du royaume, capables de renouveler sa domination et d’écraser plus durement la terre §24 et ses habitants ; elles concentrent donc la puissance finale de l’aigle.
Avec elles, tout ce que ce royaume porte d’injustice arrive à son accomplissement.
Tu as vu la plus grande tête disparaître : l’un d’eux mourra sur son lit, mais au milieu des tourments.
Quant aux deux qui resteront, l’épée les dévorera.
L’épée de l’un dévorera son compagnon ; mais celui-là aussi tombera finalement par l’épée.
Tu as vu deux petites ailes passer vers la tête qui était du côté droit.
Voici leur sens : ce sont ceux que le Très-Haut a gardés pour la fin de ce royaume ; ce sera un règne faible et rempli de troubles, §31 comme tu l’as vu. Quant au lion que tu as vu se réveiller dans la forêt, rugir, parler à l’aigle et lui reprocher toutes ses injustices, selon toutes les paroles que tu as entendues, §32 Le lion, lui, est l’Oint gardé par le Très-Haut pour affronter cette puissance arrivée à son terme. Il dévoilera ses injustices et lui fera répondre de son mépris.
Il ne la frappe pas sans jugement : il la fait d’abord comparaître et la convainc, puis met fin à sa domination.
Mais il délivrera avec miséricorde le reste de mon peuple, ceux qui auront été sauvés dans mes frontières ; il les réjouira jusqu’à l’arrivée de la fin, le jour du jugement dont je t’ai parlé dès le commencement.
Tel est le songe que tu as vu, et telle est son interprétation.
Toi seul as été jugé digne de connaître ce secret du Très-Haut.
Écris donc dans un livre tout ce que tu as vu et dépose-le dans un lieu caché.
Tu l’enseigneras aux sages de ton peuple, à ceux dont tu sais que le cœur peut comprendre et garder ces secrets.
Pour toi, demeure encore ici sept autres jours, afin que te soit montré tout ce que le Très-Haut jugera bon de te montrer. »
Puis il me quitta. Lorsque tout le peuple apprit que sept jours s’étaient écoulés sans que je sois revenu dans la ville, tous se rassemblèrent, du plus petit au plus grand, vinrent vers moi et me dirent :
« Quel péché avons-nous commis contre toi ? Quelle injustice t’avons-nous faite pour que tu nous aies abandonnés et sois venu t’asseoir ici ?
« Tu es tout ce qui nous reste des prophètes : notre dernière grappe après la vendange, notre lampe dans la nuit, notre port après la tempête.
Les malheurs qui nous ont atteints ne nous suffisent-ils pas ?
Si toi aussi tu nous abandonnes, il aurait mieux valu pour nous être brûlés avec ceux de l’incendie de Sion.
Nous ne sommes pas meilleurs que ceux qui y sont morts. » Ils pleurèrent à grands cris. Je leur répondis :
« Prends courage, Israël ; ne t’attriste pas, maison de Jacob.
Votre mémoire demeure devant le Très-Haut, et le Puissant ne vous a pas oubliés dans l’épreuve.
Je leur répondis que je ne les avais pas abandonnés : je m’étais retiré pour porter devant Dieu la ruine de Sion et demander miséricorde pour son sanctuaire humilié.
Maintenant, retournez chacun dans votre maison ; je reviendrai vers vous après ces jours. »
Le peuple retourna dans la ville, comme je le lui avais demandé.
Je restai donc encore sept jours dans le champ, vivant seulement de fleurs et d’herbes, dans l’attente de ce qui devait encore m’être montré.