Histoire du texte et critique textuelle
Septante et Vieil Grec
Les traductions grecques anciennes constituent à la fois des témoins de réception et, avec prudence, des témoins indirects de formes hébraïques anciennes.
Axes du dossier
- Old Greek
- techniques de traduction
- Vorlage hébraïque
- révisions grecques
Méthode
Le dossier croise d’abord les données textuelles avec leur datation et leur genre littéraire, puis les sources épigraphiques, archéologiques, géographiques ou manuscrites pertinentes. Les convergences sont signalées comme telles ; les silences, tensions et hypothèses concurrentes restent visibles. Une tradition de réception peut éclairer l’histoire de l’interprétation, mais elle n’est jamais substituée à la preuve historique ou philologique.
Niveaux de certitude
Établi : convergence documentaire forte. Probable : meilleure explication disponible avec réserve identifiable. Possible : hypothèse compatible avec les données mais non décisive. Tradition : donnée de réception ou de mémoire qui ne vaut pas, à elle seule, démonstration historique.
La Septante n’est pas une traduction unique
Le terme « Septante » désigne commodément l’ensemble des anciennes traductions grecques des Écritures juives et, par extension, le corpus grec transmis dans les manuscrits chrétiens. Historiquement, il faut pourtant distinguer les livres, les périodes et les techniques de traduction. Le Pentateuque grec représente le noyau le plus ancien ; d’autres livres furent traduits plus tard, parfois par plusieurs mains ou dans plusieurs états.
La Lettre d’Aristée conserve une tradition ancienne sur la traduction de la Loi à Alexandrie, mais ne peut être lue comme un compte rendu documentaire exhaustif de l’origine de tout le corpus. L’histoire réelle des traductions grecques s’étend sur une longue durée et implique plusieurs milieux.
Vieil Grec et révisions
L’un des objectifs fondamentaux de la critique de la Septante est de distinguer la plus ancienne traduction grecque accessible — souvent appelée « Vieil Grec » — des révisions ultérieures. Dès l’Antiquité, le grec biblique a été révisé vers des formes hébraïques devenues dominantes. Les phénomènes dits kaige, ainsi que les traductions ou révisions associées à Aquila, Symmaque et Théodotion, montrent que la tradition grecque n’est pas statique.
Cette stratification est essentielle pour la critique textuelle de l’hébreu. Une lecture grecque ne peut être utilisée comme témoin d’un Vorlage hébreu ancien qu’après avoir évalué si elle appartient réellement au Vieil Grec et si la technique de traduction permet une rétroversion raisonnable.
Techniques de traduction
Certains livres suivent de près la structure de l’hébreu ; d’autres adoptent un grec plus libre. Même au sein d’un même livre, la technique peut varier. La comparaison ne doit donc jamais partir de l’idée que tout écart entre grec et hébreu implique une source hébraïque différente.
Pour évaluer une variante, il faut d’abord observer les équivalences habituelles du traducteur, sa manière de rendre les temps verbaux, les particules, les répétitions, les noms propres et les constructions difficiles. L’étude systématique du traducteur précède la reconstruction du texte hébreu sous-jacent.
Cas majeurs de divergence
Jérémie est l’exemple classique d’une différence littéraire importante : la version grecque est sensiblement plus courte que le Texte massorétique et organise différemment les oracles contre les nations. Les manuscrits hébreux de Qumrân confirment que certaines caractéristiques de la forme grecque correspondent à une édition hébraïque ancienne.
Samuel–Rois présente aussi de nombreuses difficultés où le grec peut préserver une lecture ancienne, mais sa transmission est elle-même complexe. Esther et Daniel existent en grec avec des additions ou des formes différentes de la tradition hébraïque/araméenne. Le Psautier comporte des différences de numérotation et, selon les traditions manuscrites, des psaumes supplémentaires.
Transmission chrétienne
Les grands codex chrétiens du IVe et du Ve siècle sont des témoins majeurs de la Septante, mais ils ne représentent pas tous le même texte. L’histoire chrétienne de la transmission a également produit des corrections, harmonisations et recensions. L’Hexapla d’Origène, avec ses colonnes comparatives, a profondément influencé la tradition sans que son texte complet nous soit conservé.
Éditions critiques
Rahlfs–Hanhart reste une édition manuelle très utile pour la consultation générale. Pour les livres publiés, la Göttinger Septuaginta fournit une édition critique plus ample, fondée sur un appareil beaucoup plus développé et sur l’histoire propre du livre. La Göttingen Academy indique que la publication par volumes se poursuit dans la continuité du Septuaginta-Unternehmen historique.
Une bonne pratique éditoriale consiste donc à distinguer clairement : texte de lecture, édition manuelle, édition critique majeure et données manuscrites. Bible Savoy doit citer le niveau réellement utilisé dans chaque décision.
Septante et Nouveau Testament
De nombreuses citations vétérotestamentaires du Nouveau Testament sont proches de la tradition grecque. Cela ne signifie pas que tous les auteurs citent un texte identique ni qu’ils dépendent toujours directement d’un rouleau grec. La mémoire, les adaptations rhétoriques et les traditions textuelles locales jouent aussi un rôle. Chaque citation doit être comparée avec ses témoins grecs et hébreux propres.
Repères bibliographiques
Repères : Septuaginta. Vetus Testamentum Graecum auctoritate Academiae Scientiarum Gottingensis editum ; Rahlfs–Hanhart, Septuaginta ; Natalio Fernández Marcos, The Septuagint in Context ; Karen H. Jobes & Moisés Silva, Invitation to the Septuagint ; Emanuel Tov, travaux sur la Septante et la critique textuelle de la Bible hébraïque. Lorsqu’une édition Göttingen existe, elle doit être distinguée d’une simple consultation de Rahlfs–Hanhart.
État de la recherche et limites
La Septante doit être étudiée livre par livre : technique de traduction, Vieil Grec, révisions et transmission chrétienne varient fortement. Une divergence grecque ne devient un témoin d’un Vorlage hébreu différent qu’après exclusion raisonnable d’une liberté de traduction ou d’une révision secondaire.
Mise à jour bibliographique
- Alison G. Salvesen et Timothy Michael Law (dir.), The Oxford Handbook of the Septuagint, Oxford, Oxford University Press, 2021.
Fondements méthodologiques reliés
Données documentaires reliées
Septante et traduction grecque
La Torah puis d’autres livres juifs ont été traduits en grec à l’époque hellénistique.
Portée. La Septante est à la fois témoin d’interprétation et, parfois, d’un texte hébreu différent de la tradition massorétique.
Transmission dans la Septante
La Sagesse est transmise en grec dans la Septante et dans les grands manuscrits bibliques chrétiens anciens.
Portée. Sa transmission grecque explique son poids dans les traditions chrétiennes et sa place différente selon les canons.
Numérotation massorétique et grecque
La Septante regroupe ou divise certains psaumes différemment du texte massorétique, ce qui entraîne une numérotation décalée dans plusieurs traditions.
Portée. Ce phénomène explique de nombreuses différences de référence entre Bibles juives, protestantes, catholiques et orthodoxes.
Septante et Vieil Grec : traduction et témoin textuel
La « Septante » n’est pas une traduction unique réalisée d’un seul coup. Elle désigne un ensemble de traductions grecques de livres hébreux et araméens, produites à des époques et selon des techniques différentes, puis transmises et révisées. Pour certains livres, le terme Vieil Grec est préférable lorsqu’il s’agit de reconstruire la forme la plus ancienne de la traduction.
Valeur textuelle
La Septante peut parfois refléter un texte hébreu différent du texte massorétique. Mais toute différence grecque ne prouve pas l’existence d’un autre Vorlage. Elle peut résulter de la syntaxe grecque, d’une interprétation, d’une paraphrase ou d’une difficulté lexicale. La rétroversion exige donc une étude livre par livre de la technique du traducteur.
Révisions et recensions
La tradition grecque a connu des révisions visant souvent à rapprocher le grec d’un texte hébreu. Aquila, Symmaque et Théodotion appartiennent à cet environnement complexe, tout comme les phénomènes hexaplaires liés à Origène. Les témoins manuscrits grecs doivent donc être situés dans leur histoire propre.
Éditions critiques
Rahlfs–Hanhart constitue une édition manuelle commode, tandis que la Göttinger Septuaginta fournit, pour les livres publiés, un appareil critique beaucoup plus développé. Une étude sérieuse doit distinguer ces niveaux éditoriaux et ne pas citer « la LXX » comme s’il existait un texte unique indifférencié.
Réception
La Septante a profondément marqué le judaïsme de langue grecque et les premiers christianismes. De nombreuses citations du Nouveau Testament se rapprochent de formes grecques anciennes. Cette importance théologique et littéraire ne doit toutefois pas être confondue avec sa fonction de témoin pour l’établissement du texte hébreu.
Connexions de la Bible Savoy
Ce chapitre est conçu pour être relié aux introductions des livres, à « Histoire & archéologie », au dictionnaire, aux parallèles, au lexique et aux dossiers philologiques. Il ne remplace pas ces outils : il en fournit la synthèse à l’échelle d’un sujet.