Histoire du texte et critique textuelle
Targums
Les traditions targumiques traduisent et interprètent les Écritures en araméen, avec des histoires textuelles différentes selon les corpus.
Axes du dossier
- Targum Onqelos
- Targums palestiniens
- Targum Jonathan
- traduction et expansion interprétative
Méthode
Le dossier croise d’abord les données textuelles avec leur datation et leur genre littéraire, puis les sources épigraphiques, archéologiques, géographiques ou manuscrites pertinentes. Les convergences sont signalées comme telles ; les silences, tensions et hypothèses concurrentes restent visibles. Une tradition de réception peut éclairer l’histoire de l’interprétation, mais elle n’est jamais substituée à la preuve historique ou philologique.
Niveaux de certitude
Établi : convergence documentaire forte. Probable : meilleure explication disponible avec réserve identifiable. Possible : hypothèse compatible avec les données mais non décisive. Tradition : donnée de réception ou de mémoire qui ne vaut pas, à elle seule, démonstration historique.
Traduction, paraphrase et actualisation
Les Targums ne se situent pas tous au même point entre traduction littérale et développement interprétatif. Certaines expansions explicitent un sujet, évitent un anthropomorphisme, harmonisent des passages ou introduisent une tradition exégétique. Ces phénomènes sont précieux pour l'histoire de la réception, mais ils limitent l'usage du Targum comme témoin direct de l'hébreu sous-jacent.
La distinction entre Onqelos, Jonathan et les traditions palestiniennes est fondamentale : langue, date de mise par écrit, milieu et degré d'expansion diffèrent. Une affirmation générale sur « le Targum » est donc souvent méthodologiquement trop vague.
Valeur comparative
Lorsqu'un Targum suit de près une structure hébraïque et converge avec d'autres témoins anciens, il peut éclairer une lecture. Lorsqu'il développe fortement le passage, sa valeur est surtout exégétique et historique. Bible Savoy doit documenter cette différence à chaque usage.
Le Targum et le texte biblique reçu
Les traditions targumiques peuvent parfois préserver une interprétation très ancienne d’une difficulté hébraïque sans pour autant conserver une variante textuelle. Cette distinction est cruciale : un développement araméen peut éclairer comment un passage était compris, même lorsqu’il ne fournit aucune preuve qu’un autre texte hébreu circulait.
Fondements méthodologiques reliés
Les Targums : traduire et interpréter en araméen
Les Targums sont des traductions araméennes des Écritures juives, mais le mot « traduction » ne suffit pas à décrire leur fonctionnement. Selon les corpus, ils peuvent suivre étroitement l’hébreu, expliciter une difficulté, harmoniser des passages, développer une tradition narrative ou intégrer une interprétation théologique. Ils documentent donc à la fois l’histoire du texte, l’histoire de la langue et l’histoire de l’interprétation juive.
Pluralité des traditions targumiques
Il n’existe pas un « Targum » unique. Le Pentateuque connaît notamment Targum Onqelos, Targum Neofiti, les Targums fragmentaires et la tradition dite Pseudo-Jonathan ; les Prophètes sont principalement représentés par Targum Jonathan. Les Écrits possèdent des traditions plus diverses. Ces témoins diffèrent par leur langue, leur degré d’expansion et leur histoire manuscrite.
Datation et couches
La date d’un manuscrit targumique n’est pas la date de toutes les traditions qu’il contient. Des matériaux interprétatifs peuvent être anciens, tandis que la forme littéraire transmise est plus tardive. Il faut donc éviter de projeter automatiquement une lecture médiévale dans le judaïsme du Ier siècle. Les arguments de datation doivent combiner langue, citations, parallèles rabbiniques, histoire manuscrite et contexte culturel.
Valeur pour la critique textuelle
Parce qu’ils traduisent l’hébreu, les Targums peuvent parfois témoigner indirectement d’une lecture hébraïque différente du Texte massorétique. Mais leur caractère interprétatif impose une grande prudence : une divergence araméenne peut résulter d’une paraphrase, d’une harmonisation ou d’une exégèse et non d’un autre Vorlage. La rétroversion n’est légitime que lorsque la technique de traduction du passage et du corpus a été examinée.
Valeur pour l’histoire de l’interprétation
Les expansions targumiques sont particulièrement précieuses pour suivre la réception de thèmes tels que la Parole de Dieu, la présence divine, les figures patriarcales, la messianité, la prophétie ou les récits difficiles. Elles ne doivent toutefois pas être utilisées comme un commentaire uniforme du judaïsme ancien : chaque Targum possède son histoire propre.
Règles pour la Bible Savoy
- Distinguer clairement Onqelos, Jonathan, Neofiti, Pseudo-Jonathan et les fragments.
- Identifier le manuscrit ou l’édition effectivement consulté lorsqu’une lecture précise est citée.
- Ne pas traiter une expansion comme la traduction littérale d’un hébreu perdu sans argument indépendant.
- Séparer valeur textuelle et valeur exégétique.
- Signaler la date probable de la forme targumique utilisée et les incertitudes de stratification.
Repères bibliographiques
Repères : Paul V. M. Flesher & Bruce Chilton, The Targums: A Critical Introduction ; Martin McNamara, travaux sur les Targums et le Nouveau Testament ; éditions critiques propres à chaque Targum. Pour une décision textuelle, l’araméen targumique doit être confronté aux autres témoins anciens et à la technique de traduction du corpus concerné.
État de la recherche et limites
Les Targums sont des traditions de traduction-interprétation dont les témoins, les couches et les dates varient. Une formulation targumique peut éclairer l’histoire de l’exégèse sans constituer pour autant un témoin direct d’un texte hébreu plus ancien ; la rétroversion exige donc une justification spécifique.
Connexions de la Bible Savoy
Ce chapitre est conçu pour être relié aux introductions des livres, à « Histoire & archéologie », au dictionnaire, aux parallèles, au lexique et aux dossiers philologiques. Il ne remplace pas ces outils : il en fournit la synthèse à l’échelle d’un sujet.