1 Esdras
Introduction1 Esdras 4
Édition évolutive · en cours de révision · non validée S5 · reformulation contrôlée pour saisir immédiatement le sens discursif · restitution Paraphrase
Le deuxième garde prit alors la parole pour défendre sa thèse : selon lui, rien n’est plus puissant que le roi.
« Les hommes paraissent déjà très puissants : ils imposent leur domination à la terre, à la mer et à ce qui s’y trouve.
Mais au-dessus de tous ces hommes se trouve le roi : il commande à ceux qui dominent le monde, et son ordre suffit pour les faire agir.
Un mot du roi suffit pour déclencher la guerre : ses soldats partent, affrontent l’ennemi et renversent tous les obstacles, même les fortifications.
Ils risquent jusqu’à leur vie pour exécuter ses ordres ; et lorsqu’ils gagnent, le produit de la victoire revient au roi.
La puissance du roi ne s’arrête pas à l’armée : même ceux qui travaillent aux champs doivent lui remettre une part de leur récolte et payer ses taxes.
Voilà la force de son autorité : bien qu’il ne soit qu’un homme, sa parole décide qui meurt et qui est épargné.
Sa parole peut aussi bien faire détruire que faire reconstruire.
Il décide même de ce qu’on abat et de ce qu’on plante.
Le peuple entier, jusqu’à l’armée, se soumet à sa parole.
Même lorsqu’il se repose, son autorité continue d’agir : les autres veillent autour de lui et restent entièrement disponibles pour son service.
Il conclut donc que le roi est le plus fort, puisque tant d’hommes se mettent en mouvement dès qu’il parle.
Le troisième garde, Zorobabel, entra alors dans le débat. Il devait défendre deux réalités : la force des femmes, puis celle de la vérité.
« Vous avez parlé du vin, des hommes et du roi. Mais regardez ce qui se trouve derrière chacun d’eux : les femmes exercent sur eux une puissance que vous n’avez pas encore comptée.
Même le roi et tous ceux qui commandent sur terre sont d’abord nés d’une femme.
Le vin lui-même dépend indirectement d’elles : elles ont enfanté et élevé les hommes qui cultivent les vignes.
Elles prennent soin de ce qui habille et honore les hommes ; en pratique, les hommes ne peuvent simplement pas se passer d’elles.
Même un homme entouré de richesses peut soudain oublier tout ce qu’il possède lorsqu’une femme le séduit par sa beauté.
Leur désir peut devenir si fort que leurs richesses perdent soudain toute valeur à leurs yeux.
Pour une femme, un homme peut quitter ceux qui l’ont élevé et même la terre où il a grandi.
Son attachement peut devenir si total que tout ce qui structurait auparavant sa vie passe derrière elle.
Regardez vos propres comportements : beaucoup d’hommes consacrent leur travail et leurs biens à la femme qu’ils aiment. Voilà, selon Zorobabel, une autre forme de puissance.
Pour acquérir des biens, certains prennent tous les risques : ils s’arment, voyagent, pillent, volent et affrontent mers et fleuves.
Il peut risquer sa vie et commettre toutes sortes d’excès, puis remettre ce qu’il a obtenu à la femme qu’il désire.
Son attachement à sa femme peut dépasser celui qu’il éprouve pour ses propres parents.
Le désir des femmes a conduit beaucoup d’hommes à perdre leur discernement et leur liberté.
Pour certains, cette passion a même conduit à la chute, à la faute et à la mort.
Même le roi, que des nations entières n’oseraient affronter, va montrer jusqu’où peut aller le pouvoir d’une femme.
Zorobabel raconte alors une scène qu’il a observée : Apamé, la concubine de Darius, était assise tout près du roi, à sa droite.
Elle pouvait même lui enlever son symbole royal, le porter elle-même et le frapper — sans que son pouvoir de roi suffise à l’empêcher.
Le roi restait bouche ouverte à la regarder : quand elle lui souriait, il riait ; lorsqu’elle se fâchait contre lui, il cherchait aussitôt à l’apaiser pour retrouver sa faveur.
Zorobabel conclut sa première démonstration : si même le roi peut être ainsi dominé, la puissance des femmes est incontestable.
L’assemblée resta saisie par l’argument : le roi et ses dignitaires se regardèrent.
Mais Zorobabel ne s’arrête pas aux femmes. Il demande à l’assemblée de regarder plus haut : l’immensité du monde et l’ordre du ciel montrent qu’il existe une puissance encore supérieure.
Derrière l’ordre du monde se tient une grandeur supérieure ; et, parmi tout ce que l’on peut comparer, la vérité finit par l’emporter.
La vérité est reconnue par toute la création ; et celui qui fonde cet ordre n’est associé à aucune injustice.
Le vin, le pouvoir royal, le désir et les êtres humains peuvent tous se corrompre. C’est pourquoi aucun d’eux ne mérite la première place : l’injustice les rend fragiles et mortels.
La vérité, elle, ne dépend ni des circonstances ni des hommes : elle demeure quand tout le reste passe.
La vérité ne change pas selon celui qui parle, le rang de la personne ou l’avantage qu’on pourrait en tirer. Elle reste droite et produit un jugement que l’injustice ne peut corrompre.
Il conclut que la véritable souveraineté appartient à ce qui demeure vrai et juste pour toujours, puis il rend gloire au Dieu de la vérité.
L’assemblée se rangea à son argument : de toutes les forces examinées, la vérité était reconnue comme supérieure.
Darius reconnaît sa victoire et lui ouvre largement la récompense : Zorobabel peut demander davantage que le prix prévu et sera élevé parmi les proches du roi.
Au lieu de réclamer richesse ou honneur, Zorobabel utilise sa récompense pour rappeler au roi son engagement envers Jérusalem.
Il demande que soient rendus les objets sacrés de Jérusalem que Cyrus avait déjà destinés au retour après la prise de Babylone.
Zorobabel rappelle enfin la reconstruction du Temple détruit dans la catastrophe qui frappa la Judée ; le récit de 1 Esdras désigne ici les Iduméens comme ceux qui l’ont incendié.
Zorobabel résume sa requête : la plus grande chose que Darius puisse lui accorder est simplement de tenir devant Dieu la parole qu’il a déjà donnée.
Darius transforme aussitôt la demande en décision impériale : tout l’appareil administratif doit protéger et faciliter le retour de Zorobabel et de ceux qui reconstruiront Jérusalem.
Le décret prévoit aussi les matériaux : les régions voisines doivent acheminer du cèdre du Liban et contribuer à rebâtir Jérusalem.
Le retour doit se faire librement : l’administration impériale reçoit l’ordre de ne pas harceler ni entraver les communautés juives qui reviennent.
Darius leur accorde une exemption fiscale et ordonne aussi la restitution des localités juives occupées par les Iduméens.
Le chantier du Temple reçoit un financement public régulier : vingt talents par an jusqu’à la fin des travaux.
Le roi prévoit aussi une dotation annuelle pour assurer le culte quotidien de l’autel ; le texte transmet ici un décompte de dix-sept offrandes qui devra être étudié plus avant.
La liberté accordée n’est pas seulement personnelle : elle couvre les familles des rapatriés et les prêtres qui participent au retour.
Le décret prend même en charge les besoins concrets du culte, notamment les ressources et les vêtements nécessaires aux prêtres.
Les Lévites sont entretenus pendant toute la durée du chantier, jusqu’à ce que le Temple et la ville soient reconstruits.
Même la sécurité de Jérusalem est organisée : ceux qui la gardent reçoivent terres et rémunération.
Darius confirme ainsi l’œuvre commencée par Cyrus : les objets sacrés doivent revenir à Jérusalem et les anciens ordres de restitution être exécutés.
Une fois la décision obtenue, Zorobabel attribue immédiatement la victoire à Dieu : il se tourne vers Jérusalem et prie le Roi du ciel.
Il ne s’attribue aucun mérite : la victoire, la sagesse et la gloire appartiennent à Dieu, dont il se reconnaît le serviteur.
Zorobabel remercie le Dieu de ses pères : la sagesse qui lui a permis de parler vient de lui.
Avec les décrets en main, il rejoint les siens à Babylone pour leur annoncer que le retour est désormais autorisé.
Les exilés comprennent cette décision comme une délivrance accordée par Dieu et le bénissent.
La permission de retour devient une fête : ils peuvent enfin rentrer, relever Jérusalem et restaurer le sanctuaire de Dieu. Pendant une semaine entière, ils célèbrent dans la musique et la joie.