Épître de Barnabé
DossierÉpître de Barnabé 10
Compréhension immédiate · restitution Clarté · Texte ancien versifié · S5 · statut canonique distinct
Lorsque Moïse dit : « Vous ne mangerez ni porc, ni aigle, ni rapace, ni corbeau, ni aucun poisson qui n’a pas d’écailles », Barnabé affirme qu’il faut y discerner trois enseignements spirituels.
Il cite encore le Deutéronome : « Je disposerai mes prescriptions pour ce peuple. » Selon lui, l’interdit alimentaire n’est donc pas le but véritable du commandement : Moïse aurait parlé « en esprit ».
Le porc devient ainsi une image morale. « Ne t’attache pas, dit-il, à des hommes semblables aux porcs » : lorsqu’ils vivent dans l’abondance, ils oublient le Seigneur ; lorsqu’ils manquent de quelque chose, ils le reconnaissent. Barnabé compare cela au porc qui, lorsqu’il mange, ne connaît pas son maître, mais crie quand il a faim puis se tait dès qu’il reçoit sa nourriture.
L’aigle, le rapace, le milan et le corbeau représentent, dans son interprétation, ceux qui ne gagnent pas leur nourriture par le travail, mais s’emparent illégalement du bien d’autrui, guettant ceux qu’ils pourront dépouiller par avidité, comme les oiseaux de proie qui attendent de dévorer une chair étrangère.
La murène, le poulpe et la seiche deviennent les figures d’hommes que l’auteur considère comme entièrement impies et déjà voués à la mort, parce qu’il imagine ces animaux vivant au fond de l’abîme plutôt que nageant comme les autres poissons.
Le lièvre devient une mise en garde contre l’exploitation sexuelle des enfants. Barnabé fonde cette comparaison sur une croyance zoologique antique selon laquelle le lièvre acquiert chaque année un nouvel orifice corporel.
Il interdit aussi la hyène comme figure de l’adultère et de la corruption sexuelle, sur la base d’une autre croyance antique selon laquelle l’animal changerait chaque année de sexe.
La belette fournit une troisième image sexuelle : Barnabé évoque l’ancienne croyance selon laquelle elle concevrait par la bouche et en tire une condamnation de pratiques sexuelles qu’il juge impures.
Il conclut que Moïse, en parlant des aliments, enseignait spirituellement trois catégories morales, mais que certains auraient reçu ses paroles selon le désir de la chair, comme de simples règles alimentaires.
Barnabé relit alors le premier psaume avec les mêmes images : ne pas marcher avec les impies comme les poissons des profondeurs, ne pas se comporter comme le porc qui ne se souvient du Seigneur que dans le besoin, ne pas s’asseoir comme les oiseaux de proie qui guettent leur victime. Voilà, dit-il, l’enseignement complet sur les aliments.
Puis il interprète positivement la permission de manger les animaux qui ont le sabot fendu et ruminent. Celui qui rumine sa nourriture représenterait celui qui connaît celui qui le nourrit, médite la parole reçue, parle des prescriptions du Seigneur et s’en réjouit. Le sabot fendu symboliserait le juste qui marche dans ce monde tout en attendant le monde saint à venir.
Barnabé conclut que ses adversaires n’ont pas compris ce sens spirituel ; « nous », affirme-t-il, parlons des commandements selon l’intention du Seigneur, parce que nos oreilles et nos cœurs ont été circoncis pour les comprendre.