Artapan
DossierArtapan 3
Compréhension immédiate · restitution Clarté · Texte ancien versifié · S5 · statut canonique distinct
Après la mort d’Abraham, de son fils Mempsasthenôth et du roi d’Égypte, Palmanôthès reçut le pouvoir et maltraita les Juifs. Il bâtit Saïs et des sanctuaires. Sa fille Merris, mariée à Chenephrès, souverain d’une région au-dessus de Memphis, ne pouvant avoir d’enfant, adopta un enfant juif et l’appela Moïse ; les Grecs, devenu adulte, l’appelèrent Musée. Artapan fait de Moïse le maître d’Orphée et lui attribue l’invention des navires, de machines pour les constructions en pierre, d’armes égyptiennes, d’instruments d’irrigation et de guerre, ainsi que de la philosophie. Il lui attribue aussi l’organisation de trente-six nomes, leurs cultes, les écritures sacrées des prêtres et des terres réservées au sacerdoce. Pour ces œuvres, le peuple l’aima, les prêtres l’honorèrent presque comme un dieu et l’appelèrent Hermès en raison de son interprétation des lettres sacrées.
Chenephrès devint jaloux de Moïse et chercha à le faire mourir. Quand les Éthiopiens attaquèrent l’Égypte, il envoya Moïse comme général avec une armée composée surtout de cultivateurs, espérant sa défaite. Moïse campa dans le nome d’Hermopolis avec environ cent mille hommes ; ses commandants remportèrent des succès, et la guerre dura, selon les Héliopolitains, dix ans. Les hommes de Moïse fondèrent une ville appelée Hermopolis et y consacrèrent l’ibis, parce qu’il détruit des animaux nuisibles. Les Éthiopiens en vinrent à aimer Moïse et, selon Artapan, apprirent de lui la circoncision, comme les prêtres.
Après la guerre, Chenephrès accueillit Moïse en paroles mais continua à conspirer contre lui. Il dispersa ses troupes, ordonna des travaux de temples et chercha à effacer ses innovations. Il demanda un jour à Moïse ce qui était encore utile aux hommes ; Moïse répondit : les bovins, parce qu’ils labourent la terre. Chenephrès appela alors un taureau Apis et lui fit bâtir un sanctuaire. Il imposa le secret autour de son projet d’assassinat ; Canethôthès accepta finalement de frapper Moïse. Lorsque Merris mourut, Chenephrès chargea Moïse et Canethôthès de conduire son corps vers le sud, comptant que Moïse serait tué en chemin. Prévenu du complot, Moïse enterra Merris et donna le nom de Méroé au fleuve et à la ville de ce lieu ; les habitants l’honorèrent presque autant qu’Isis.
Aaron conseilla alors à Moïse de fuir vers l’Arabie. Canethôthès l’attendit pour le tuer, mais Moïse saisit sa main, tira lui-même l’épée et le tua. Il s’enfuit chez Ragouël, chef du pays, épousa sa fille et vécut auprès de lui. Ragouël voulut marcher contre l’Égypte afin de rétablir Moïse et de remettre le pouvoir à sa fille et à son gendre ; Moïse l’en empêcha par égard pour son peuple. Ragouël renonça à la guerre ouverte mais autorisa des raids arabes contre l’Égypte. À la même époque, Chenephrès mourut atteint d’éléphantiasis ; Artapan relie ce mal aux mesures humiliantes qu’il avait imposées aux Juifs sur leurs vêtements.
Moïse pria Dieu de mettre fin aux souffrances du peuple. Soudain, un feu jaillit de la terre sans bois ni combustible. Moïse prit peur et s’enfuit, mais une voix divine lui ordonna de marcher vers l’Égypte, de sauver les Juifs et de les ramener dans leur ancienne patrie. Encouragé, il revint d’abord vers Aaron. Le roi d’Égypte le convoqua et demanda pourquoi il était venu ; Moïse répondit que le Maître du monde lui ordonnait de libérer les Juifs.
Le roi fit enfermer Moïse. La nuit, les portes de la prison s’ouvrirent d’elles-mêmes ; des gardes moururent, d’autres furent paralysés de sommeil, et leurs armes se brisèrent. Moïse sortit, entra dans le palais dont les portes étaient ouvertes et réveilla le roi. Celui-ci, stupéfait, lui demanda le nom du Dieu qui l’avait envoyé. Moïse se pencha et le lui dit à l’oreille ; le roi tomba sans voix, puis Moïse le soutint et il revint à lui. Le nom fut écrit et scellé sur une tablette ; un prêtre qui méprisa ce qui y était écrit mourut dans des convulsions. À la demande d’un signe, Moïse jeta son bâton : il devint serpent ; puis, saisi par la queue, il redevint bâton.
Moïse frappa ensuite le Nil de son bâton. Le fleuve déborda sur l’Égypte, puis ses eaux accumulées devinrent mauvaises, les animaux du fleuve périrent et le peuple souffrit de soif. Le roi promit de libérer les Juifs après un mois si Moïse rétablissait le fleuve ; Moïse le frappa de nouveau et resserra son cours. Le roi força alors ses prêtres à produire des prodiges ; par des artifices et des incantations ils firent un serpent et changèrent l’aspect du fleuve. Rassuré, le roi reprit les persécutions. Moïse frappa la terre : un animal ailé surgit, ravagea les Égyptiens et couvrit leurs corps de plaies que les médecins ne pouvaient guérir. Il fit encore venir des grenouilles, des sauterelles et des moucherons. Artapan explique par ces événements la vénération égyptienne du bâton et son association à Isis.
Le roi refusant encore, Moïse provoqua pendant la nuit grêle et tremblements de terre : ceux qui fuyaient l’un des fléaux tombaient sous l’autre ; des maisons et la plupart des temples s’écroulèrent. Finalement le roi libéra les Juifs. Ceux-ci obtinrent des Égyptiens de nombreux vases, des vêtements et une grande quantité d’autres biens ; après avoir franchi les cours d’eau du côté de l’Arabie et parcouru une longue distance, ils arrivèrent à la mer Rouge le troisième jour.
Artapan rapporte deux explications égyptiennes du passage de la mer. Les gens de Memphis disaient que Moïse, connaissant le pays, attendit la marée basse et fit passer la foule sur le fond sec ; les Héliopolitains racontaient que le roi poursuivit les Juifs avec une grande armée et les animaux sacrés. Une voix divine ordonna alors à Moïse de frapper la mer : il toucha l’eau de son bâton, les eaux se séparèrent et le peuple passa à pied sec. Quand les Égyptiens s’engagèrent à leur tour, un feu brilla devant eux et la mer recouvrit le chemin ; tous périrent par le feu et l’inondation. Les Juifs restèrent quarante ans au désert, où Dieu leur faisait tomber une farine semblable au millet et blanche comme neige. Artapan décrit Moïse comme grand, roux, grisonnant, chevelu et imposant ; il place ces actions vers sa quatre-vingt-neuvième année.