Identification
Théodotos est un poète juif hellénistique connu par un fragment épique transmis par Eusèbe de Césarée à travers Alexandre Polyhistor. Le texte raconte l’histoire de Sichem en réélaborant notamment Genèse 34 dans une diction grecque hexamétrique. La formule par laquelle Eusèbe introduit le poète a parfois été comprise comme le titre d’une œuvre « Sur les Juifs » ; cette interprétation reste discutée et ne doit pas être présentée comme un titre manuscrit assuré.
Datation
Le poème est nécessairement antérieur à Alexandre Polyhistor, qui en constitue l’intermédiaire de transmission, et appartient au monde hellénistique. Des propositions plus étroites l’ont situé au IIe ou au Ier siècle av. J.-C., parfois dans un contexte lié aux rapports entre Judéens, Samaritains, Séleucides ou Hasmonéens. Ces scénarios cherchent à expliquer l’intérêt pour Sichem mais ils demeurent des reconstructions historiques. Le dossier retient donc une datation hellénistique prudente et signale les hypothèses plus précises comme telles.
Langue et transmission
Le fragment est composé en grec épique, en hexamètres, et survit dans Préparation évangélique 9.22.1–11. Eusèbe cite Alexandre Polyhistor, qui lui-même reproduit Théodotos : le texte est donc connu par une chaîne citationnelle et non par un manuscrit autonome de l’auteur. Cette médiation explique l’importance des éditions critiques et oblige à distinguer le fragment poétique des notices introductives des compilateurs.
Manuscrits et témoins
Les témoins matériels sont ceux de la tradition manuscrite d’Eusèbe. La critique moderne compare les leçons de ces manuscrits et les restitutions proposées par les éditeurs. La longueur réduite du passage, la perte de son contexte original et plusieurs difficultés de noms propres limitent la reconstruction. Aucune donnée de ce dossier ne permet d’affirmer qu’un exemplaire indépendant du poème de Théodotos soit conservé.
Contenu et structure
Le fragment développe l’épisode de Sichem : le paysage, la ville, les fils de Jacob, la violence faite à Dina et la vengeance qui suit sont reformulés selon les conventions de la poésie grecque. La composition montre ainsi un récit biblique transformé en matière épique. Le fragment est assez substantiel pour révéler une technique littéraire, mais trop court pour restituer le plan, l’étendue ou le sujet global de l’œuvre perdue.
Contexte historique
Le choix de Sichem a suscité de nombreuses lectures sur l’identité de l’auteur et son public. Une provenance samaritaine a été proposée, tandis que d’autres analyses soulignent qu’un intérêt pour Sichem ne suffit pas à établir une appartenance communautaire. Michael Daise a réexaminé le poème dans le contexte des relations entre Samaritains, Séleucides et Judéens. Le dossier conserve ces modèles comme interprétations concurrentes plutôt que de transformer l’un d’eux en origine démontrée.
Réception
La réception antique connue est entièrement médiatisée par la collecte de Polyhistor puis par l’usage d’Eusèbe. La recherche moderne s’est concentrée sur trois questions : la forme épique du récit biblique, la signification de Sichem et l’éventuelle provenance samaritaine ou judéenne du poète. Cette concentration reflète autant la brièveté du corpus que les enjeux historiques projetés sur un fragment isolé.
Bibliographie
Références principales : introduction critique Savoy ; Carl R. Holladay, Fragments from Hellenistic Jewish Authors, vol. II: Poets ; Michael Daise, « Samaritans, Seleucids, and the Epic of Theodotus », Journal for the Study of the Pseudepigrapha 9/17 (1998), qui examine la provenance et le contexte historique du poème.
Limites et incertitudes
Le nom complet de l’auteur, son lieu d’activité, la date précise, le titre exact et l’étendue de l’œuvre demeurent inconnus. La formule « sur les Juifs » peut être descriptive plutôt qu’un véritable titre. De même, ni l’intérêt pour Sichem ni les parallèles politiques ne suffisent à établir une identité samaritaine, judéenne ou hasmonéenne certaine. Toute reconstruction au-delà du fragment transmis doit donc rester explicitement hypothétique.