Identification
« Pseudo-Eupolème » est une désignation éditoriale moderne appliquée à des fragments transmis à proximité des extraits d’Eupolème, mais dont l’attribution à cet historien ne peut être retenue comme un fait établi. Le premier ensemble est attribué à Eupolème dans la chaîne de citation, tandis qu’un autre est anonyme. Les différences de contenu, de perspective et de style ont conduit la recherche à les traiter comme une composition distincte. Le nom « Pseudo-Eupolème » décrit donc un problème d’attribution ; il ne restitue ni un nom antique d’auteur ni le titre démontré d’une œuvre.
Datation
Les fragments sont généralement placés dans le monde hellénistique et doivent être antérieurs à Alexandre Polyhistor, qui les a recueillis avant leur reprise par Eusèbe. Une datation plus fine dépend en partie de leur provenance et de l’interprétation de références comme le mont Garizim. Ces indices ne suffisent pas à produire une année certaine. Le dossier retient donc une chronologie hellénistique large et signale explicitement le caractère reconstruit des propositions plus précises.
Langue et transmission
Le texte est conservé en grec chez Eusèbe de Césarée, dans la Préparation évangélique, au moyen de matériaux attribués à Alexandre Polyhistor. Cette transmission à plusieurs étages oblige à distinguer la formulation du fragment, les notices d’attribution du compilateur et le cadre apologétique d’Eusèbe. La proximité matérielle avec les fragments authentiques d’Eupolème explique l’histoire du classement, mais elle ne suffit pas à établir une identité d’auteur.
Manuscrits et témoins
Aucun manuscrit autonome de l’œuvre hypothétique n’est connu. Les témoins sont les manuscrits d’Eusèbe qui conservent les citations de Polyhistor. L’édition moderne doit donc travailler sur des fragments déjà extraits de leur contexte d’origine. La séparation entre fragment, introduction du citateur et reconstruction éditoriale est particulièrement importante ici, parce que la question même de l’unité des matériaux fait partie du débat scientifique.
Contenu et structure
Le premier ensemble associe les survivants du déluge, Babel, Abraham, la transmission de connaissances astronomiques, la Phénicie et l’Égypte, Melchisédek ainsi qu’Hénoc. Un autre fragment offre une tradition parallèle autour de Babel et d’Abraham. Le texte met ainsi en relation la réécriture de la Genèse, des généalogies des peuples et une histoire des savoirs. Cette combinaison ne permet toutefois pas de reconstituer le plan complet d’une œuvre perdue.
Contexte historique
Le dossier se situe au croisement des traditions bibliques, des récits d’origine du Proche-Orient et des méthodes historiographiques hellénistiques. La référence favorable au mont Garizim a longtemps pesé dans l’hypothèse d’un auteur samaritain. Une étude de 2026 par Isaac Israel réexamine toutefois ces critères et soutient qu’ils ne sont pas décisifs : dans un paysage yahwiste encore fluide avant la fixation ultérieure des frontières judéo-samaritaines, une provenance judéenne hellénistique demeure également envisageable.
Réception
L’histoire moderne du texte est dominée par deux opérations : sa séparation d’avec Eupolème authentique, puis la recherche de son milieu d’origine. L’hypothèse samaritaine a joué un rôle majeur, mais elle doit être présentée comme une interprétation savante et non comme une donnée du fragment. Les travaux récents déplacent l’attention vers la pluralité des communautés yahwistes et vers le danger de projeter trop tôt des frontières identitaires devenues plus nettes à l’époque hasmonéenne et romaine.
Bibliographie
Références principales : introduction critique Savoy ; Carl R. Holladay, Fragments from Hellenistic Jewish Authors, vol. I: Historians ; Isaac Israel, « Reconsidering the Identity of Pseudo-Eupolemus: Mount Gerizim and Cult Centralization in Hellenistic Palestine », Religions 17/7 (2026), 870, pour la réévaluation récente de la provenance et de la distinction avec Eupolème.
Limites et incertitudes
L’unité des fragments, leur auteur, leur titre ancien, leur lieu de composition et leur date précise restent ouverts. Le terme « Pseudo-Eupolème » demeure pratique pour la recherche, mais il ne doit pas masquer l’incertitude qu’il désigne. De même, ni une provenance samaritaine ni une provenance judéenne ne doit être transformée en certitude tant que l’argument repose sur des indices indirects.