Orthodoxies byzantines et orthodoxies orientales anciennes : histoires, conciles reçus, familles ecclésiales et vocabulaire.
Le pluriel est nécessaire
Le mot orthodoxe recouvre au moins deux grandes familles qui ne sont pas institutionnellement unies : les Églises orthodoxes de tradition byzantine et les Églises orthodoxes orientales anciennes. Elles partagent de nombreux traits liturgiques et patristiques mais diffèrent par leur histoire conciliaire.
Orthodoxies byzantines
Les Églises dites orientales orthodoxes reçoivent traditionnellement les sept premiers conciles œcuméniques. Elles sont organisées en Églises autocéphales ou autonomes liées par la communion sacramentelle et une tradition canonique commune.
Orthodoxies orientales anciennes
Les Églises copte, syriaque, arménienne, éthiopienne, érythréenne et malankare se rattachent aux trois premiers conciles œcuméniques et à des trajectoires christologiques propres après Chalcédoine.
Histoire et langues
Grec, slavon, arabe, géorgien, arménien, syriaque, guèze et de nombreuses langues modernes portent des traditions liturgiques et théologiques différentes. L’orthodoxie n’est donc ni ethniquement ni linguistiquement homogène.
Dialogue
Les dialogues modernes ont permis de clarifier plusieurs malentendus christologiques anciens. Ils n’ont pas pour autant rétabli une communion ecclésiale complète entre toutes les familles.
Après Chalcédoine
La division entre Églises chalcédoniennes et non chalcédoniennes ne se résume pas au mot monophysisme, souvent rejeté par les orthodoxies orientales anciennes. Les controverses mêlent vocabulaire christologique, politique impériale, langues théologiques et rivalités de sièges. Les dialogues récents ont montré qu’une partie des oppositions peut être reformulée avec davantage de précision. Pour autant, les familles restent institutionnellement distinctes et leur histoire ne doit pas être fusionnée rétrospectivement.
Byzance, Slaves et mondes orientaux
L’orthodoxie byzantine s’étend au-delà de l’Empire par les missions et traductions, notamment dans les mondes slaves. D’autres traditions chrétiennes orientales suivent des trajectoires propres sous dominations persane, arabe, ottomane ou moderne. Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Moscou, les Balkans, le Caucase et l’Afrique du Nord ne constituent donc pas une histoire unique. Les relations entre Église, empire, nation et culture varient selon les périodes.
Vocabulaire et classification
En français, orthodoxe oriental peut désigner ambiguëment l’orthodoxie byzantine orientale ou les Églises orthodoxes orientales anciennes. Il faut donc expliciter les catégories : Eastern Orthodox pour la communion byzantine et Oriental Orthodox pour les Églises non chalcédoniennes. De même, préchalcédonien est historiquement utile mais théologiquement réducteur. L’encyclopédie doit toujours indiquer la communion ecclésiale précise d’une institution ou d’une personne.
Sources et historiographies
Les historiographies orthodoxes sont produites dans des langues et cadres nationaux très divers. Les sources grecques, slavonnes, syriaques, coptes, arméniennes, géorgiennes ou arabes ne racontent pas toujours les mêmes événements avec les mêmes catégories. Les récits nationaux modernes peuvent aussi projeter des identités contemporaines sur des périodes plus anciennes. Il faut donc croiser chroniques, actes synodaux, textes liturgiques, documents impériaux et travaux critiques récents. Cette méthode est particulièrement importante pour les séparations conciliaires, les relations avec l’islam et l’Empire ottoman, ou la formation des Églises nationales modernes.
Repères comparatifs
Une présentation fiable gagne à distinguer communion ecclésiale, rite, langue, identité nationale et tradition théologique. Une Église peut partager une famille liturgique avec une autre sans être en communion avec elle. Inversement, des Églises en communion peuvent utiliser des langues, calendriers ou coutumes différents. Cette grille évite d’assimiler orthodoxie, culture grecque, culture slave ou christianismes orientaux anciens.