Identification
L’Exagôgè est une tragédie grecque attribuée à Ézéchiel le Tragédien, auteur juif de l’époque hellénistique. Elle dramatise l’Exode en utilisant les conventions de la tragédie grecque. Les 269 vers conservés constituent le plus vaste ensemble subsistant d’une tragédie hellénistique fragmentaire et un témoin exceptionnel de littérature gréco-juive.
Datation
Howard Jacobson situe probablement l’auteur à Alexandrie au IIe siècle avant notre ère. Cette proposition est importante mais ne doit pas être transformée en date certaine : l’œuvre est fragmentaire et la documentation externe sur l’auteur est limitée. L’Encyclopédie retient donc le cadre hellénistique, avec Alexandrie et le IIe siècle avant notre ère comme hypothèse forte de travail.
Langue et transmission
Le texte est composé en grec et adopte le vers dramatique. Il ne nous est pas parvenu sous forme d’un manuscrit continu de la pièce. Les fragments sont principalement conservés par Eusèbe dans la Préparation évangélique, via la tradition d’Alexandre Polyhistor.
Manuscrits et témoins
Le dossier est un cas de transmission indirecte : les citations d’Eusèbe, elles-mêmes dépendantes de sources antérieures, sont centrales. L’édition critique de Mras constitue un contrôle majeur. La numérotation Savoy en dix-sept fragments facilite l’adressage mais ne prétend pas reconstruire les actes ou scènes disparus.
Contenu et structure
Les fragments suivent l’arc narratif de l’Exode : oppression en Égypte, jeunesse de Moïse, vocation, confrontation, sortie, mer, désert et épisodes ultérieurs, jusqu’à une vision d’un oiseau merveilleux. Le caractère fragmentaire interdit cependant de déduire la structure totale de la pièce ou l’existence précise d’un chœur.
Contexte historique
L’Exagôgè montre une réécriture juive des traditions bibliques à l’intérieur de formes littéraires grecques. Elle appartient donc autant à l’histoire de l’exégèse juive ancienne qu’à celle du théâtre hellénistique. Son existence contredit toute représentation trop simple d’une séparation entre culture biblique et culture grecque dans la diaspora.
Réception
L’œuvre n’est connue que fragmentairement mais elle est devenue un témoin de premier plan pour l’étude du judaïsme hellénistique, de la poésie gréco-juive et de la tragédie après l’époque classique. Son intérêt repose sur sa forme et sa transmission, non sur un statut canonique.
Bibliographie
Le dossier Savoy s’appuie sur Eusèbe, l’édition de K. Mras, l’Online Critical Pseudepigrapha, Howard Jacobson et John Strugnell. La monographie de Jacobson reste un point de référence pour le texte, la traduction, le commentaire et le contexte historique.
Limites et incertitudes
Nous ignorons l’étendue exacte de la pièce, sa structure scénique complète, l’existence ou non d’un chœur dans la forme originale et les conditions de représentation. Il est donc méthodologiquement incorrect de transformer les fragments survivants en drame continu reconstruit sans marquer les lacunes.