Identification
Eupolème est un historien juif hellénistique dont des fragments ont été conservés par Alexandre Polyhistor, puis par Eusèbe et Clément d’Alexandrie. Son œuvre est généralement désignée comme une histoire des rois de Juda ou une histoire allant de Moïse à l’époque royale. Elle ne doit pas être confondue avec les fragments regroupés par la recherche sous le nom de « Pseudo-Eupolème », dont l’attribution et la perspective diffèrent. Une identification d’Eupolème avec le diplomate envoyé à Rome par Judas Maccabée a souvent été proposée, mais elle demeure une hypothèse historique.
Datation
Le contexte maccabéen fournit une proposition de datation relativement précise lorsque l’on accepte l’identification avec le diplomate mentionné en 1 Maccabées : l’activité littéraire est alors fréquemment placée vers le milieu du IIe siècle av. J.-C., parfois autour de 158–157. Cette chronologie n’est toutefois pas inscrite dans le fragment lui-même. Le dossier distingue donc une datation maccabéenne largement discutée et l’identification personnelle dont elle dépend.
Langue et transmission
Les fragments sont transmis en grec. Alexandre Polyhistor les a intégrés à sa collecte sur les Juifs ; Eusèbe les reproduit ensuite dans la Préparation évangélique, tandis que Clément conserve certains parallèles. Cette transmission multiple permet de contrôler certains détails, mais nous ne possédons pas le texte continu d’Eupolème. Les titres, introductions et transitions des citateurs doivent être distingués du contenu attribué à l’historien.
Manuscrits et témoins
Aucun manuscrit indépendant de l’histoire d’Eupolème n’est conservé. Les témoins pertinents sont les traditions manuscrites d’Eusèbe et de Clément, avec l’arrière-plan de Polyhistor. Les éditions modernes, notamment celles prises en compte par Holladay et Bartlett, cherchent à délimiter les fragments authentiques et à les séparer des matériaux attribués à Pseudo-Eupolème. Cette distinction est structurante pour l’identité du corpus.
Contenu et structure
Les passages conservés accordent une place importante à Moïse, à David, à Salomon, au Temple de Jérusalem et aux relations diplomatiques entourant sa construction. Eupolème développe aussi une chronologie historique et relie les traditions bibliques à des cadres royaux plus larges. Les fragments suggèrent une histoire nationale organisée autour de la Torah, de Jérusalem et de la monarchie, mais ils ne permettent pas de reconstruire l’intégralité du plan ni la longueur de l’ouvrage.
Contexte historique
John R. Bartlett a replacé Eupolème dans le judaïsme hellénistique et dans le contexte des contacts diplomatiques de l’époque maccabéenne. Si l’historien est bien le diplomate envoyé à Rome, sa production littéraire appartiendrait à un milieu directement engagé dans la politique hasmonéenne naissante. Cette convergence est suggestive, mais le dossier conserve la différence entre similitude de nom, cohérence chronologique et démonstration d’identité.
Réception
Les fragments d’Eupolème ont joué un rôle important dans la connaissance moderne de l’historiographie juive en grec. Ils montrent une histoire biblique racontée selon des formes compatibles avec l’historiographie hellénistique, tout en maintenant Jérusalem et le Temple comme centres de la mémoire nationale. La transmission chrétienne par Clément et Eusèbe a assuré leur survie, mais a également sélectionné les passages que nous pouvons aujourd’hui étudier.
Bibliographie
Références principales : introduction critique Savoy ; Carl R. Holladay, Fragments from Hellenistic Jewish Authors, vol. I: Historians ; John R. Bartlett, « Eupolemus », dans Jews in the Hellenistic World, Cambridge University Press, pour la transmission, le contexte et la question de l’identification au diplomate maccabéen.
Limites et incertitudes
L’identité avec le diplomate de Judas Maccabée reste probable pour certains chercheurs mais non démontrée par un autographe ou une notice antique univoque. Le titre exact, l’étendue et l’organisation complète de l’œuvre sont perdus. Il faut également maintenir une frontière nette entre Eupolème et Pseudo-Eupolème : les rapprochements éditoriaux ne doivent pas fusionner deux ensembles dont l’attribution et les perspectives sont distinctes.