4 Maccabées
Introduction4 Maccabées 2
Nuances du texte source · restitution Déployée
Qu’y a-t-il donc d’étonnant à ce que les désirs de l’âme tendus vers la jouissance de la beauté soient rendus inopérants ?
Joseph devient l’exemple scripturaire de la maîtrise du désir : la tempérance se manifeste lorsque l’intelligence prend le dessus sur l’attrait du plaisir.
Car, jeune et dans toute la vigueur propre à l’union sexuelle, il fit perdre par le raisonnement sa force à l’aiguillon des passions.
L’exemple de Joseph sert de transition vers une thèse plus générale : l’autorité du raisonnement s’étend à l’ensemble des désirs.
Car la Loi elle-même dit : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni rien de ce qui appartient à ton prochain. »
Le commandement devient un argument anthropologique : une obligation morale présuppose, pour l’auteur, une capacité réelle de ne pas se soumettre aux désirs.
La possibilité même d’une rééducation morale sert d’argument : des habitudes installées peuvent être corrigées, ce qui suppose que les passions ne disposent pas d’un pouvoir absolu.
Celui qui vit selon la Loi doit même résister à son amour de l’argent : il prête sans intérêt à celui qui est dans le besoin et remet les dettes au temps fixé par la Loi.
Les règles de glanage et de vendange deviennent une autre école de maîtrise : le propriétaire renonce volontairement à maximiser son profit afin de laisser une part aux autres.
Ailleurs encore, on voit le raisonnement commander aux passions : la Loi règle même l’attachement aux parents et refuse qu’on abandonne la vertu à cause d’eux ;
L’attachement conjugal est lui aussi soumis à la norme : l’affection n’interdit pas la correction lorsque le comportement est jugé contraire à la Loi.
L’autorité du raisonnement s’étend à l’affection parentale : l’amour ne doit pas supprimer la responsabilité éducative et morale.
La loyauté envers les amis n’est pas conçue comme complaisance : elle demeure subordonnée au jugement moral.
L’argument culmine dans la maîtrise de l’hostilité : même face à l’ennemi, la Loi impose des limites à la destruction et commande des actes de restitution et d’assistance.
Le raisonnement apparaît encore maître des passions les plus violentes : désir du pouvoir, vaine gloire, arrogance, orgueil éclatant et envie.
Le contrôle de la colère est placé dans la continuité du contrôle des ambitions et rivalités : aucune de ces forces n’est nécessairement souveraine.
Moïse sert d’exemple : éprouver la colère n’est pas encore être dominé par elle. La maîtrise consiste à introduire entre l’émotion et l’action une décision rationnelle.
Ainsi l’intelligence tempérée peut vaincre les passions : elle en déplace certaines, elle en prive d’autres de toute efficacité.
La réprobation de Jacob devient un argument moral : condamner la colère de Siméon et Lévi suppose qu’ils auraient pu ne pas lui céder.
La responsabilité morale est ici fondée sur la possibilité réelle d’un gouvernement rationnel de la colère.
Les passions ne sont pas présentées comme étrangères à la création : elles font partie de la constitution humaine voulue par Dieu.
mais au-dessus d’elles, il établit comme gouvernante l’intelligence, reliée aux facultés de perception ;
La Loi devient la norme constitutionnelle de ce royaume intérieur : l’intelligence qui s’y conforme exerce un gouvernement vertueux sur l’ensemble de la personne.
Comment donc, dira-t-on, si le raisonnement est souverain sur les passions, ne commande-t-il ni à l’oubli ni à l’ignorance ?