3 Maccabées

Introduction

3 Maccabées 3

Lecture publique et écoute · restitution Proclamation

Quand l’impie eut connaissance de ces faits, il entra dans une telle rage qu’il ne se contenta pas de s’irriter contre ceux d’Alexandrie : il devint encore plus acharné contre ceux du pays et ordonna qu’on les rassemble tous sans délai au même endroit pour les faire passer de la vie par une mort particulièrement atroce.

Tandis que ces mesures étaient préparées, une mauvaise rumeur se propageait contre la nation. Ceux qui s’accordaient pour lui faire du mal reçurent ainsi un prétexte pour soutenir que ses lois l’empêchaient de se mêler aux autres.

Les Juifs, pour leur part, conservaient envers les souverains une bonne volonté et une fidélité sans déviation.

Adorant Dieu et réglant leur vie d’après sa Loi, ils pratiquaient une distinction concernant les aliments ; de là venait qu’ils semblaient odieux à quelques-uns.

Par la qualité de leurs œuvres justes, ils ornaient leur vie sociale et s’étaient rendus estimés de tous les hommes.

Les non-Juifs ne prirent aucunement en considération cette conduite honorable de la nation, dont on parlait partout.

Ils ne cessaient de répéter leurs différences en matière de culte et de nourriture, affirmant qu’ils ne voulaient partager aucune alliance avec le roi ni avec ses troupes, qu’ils étaient ennemis et profondément opposés aux intérêts du pouvoir ; ils leur attachèrent ainsi une accusation qui n’avait rien d’ordinaire.

Les Grecs de la ville, qui n’avaient reçu d’eux aucun dommage, étaient témoins avec trouble de cette crise inattendue et des rassemblements incontrôlés. Ils étaient incapables d’intervenir à cause du caractère tyrannique du régime, mais ils apportaient leurs encouragements, en éprouvaient de la peine et espéraient un retournement.

Ils se disaient qu’un ensemble aussi considérable, innocent de toute faute, ne serait pas entièrement laissé sans secours.

Certains voisins, amis et associés commerciaux les approchaient déjà en secret, leur donnant leur parole de faire bouclier avec eux et de déployer toute leur énergie pour les secourir.

Mais lui, gonflé par son succès du moment et ne voyant pas la puissance du Dieu Très-Haut, s’imaginait demeurer sans cesse dans la même résolution. Il écrivit contre eux cette lettre :

« Le roi Ptolémée Philopator aux gouverneurs et soldats dans toute l’Égypte et dans chaque district : salut et santé.

Moi aussi, je suis en bonne santé, et nos affaires prospèrent.

Notre expédition en Asie, dont vous avez vous-mêmes connaissance, a été conduite heureusement jusqu’à son terme grâce à l’alliance sans défaillance des dieux.

Nous avons jugé préférable de gouverner les peuples de Cœlé-Syrie et de Phénicie non par la violence de la lance, mais avec équité et grande bienveillance, en leur accordant volontiers des bienfaits.

Après avoir accordé de larges revenus aux temples de chaque cité, nous sommes aussi montés à Jérusalem afin d’honorer le sanctuaire de ces gens égarés qui ne mettent jamais fin à leur déraison.

Ils reçurent notre venue favorablement en paroles, mais de manière bâtarde dans les faits ; lorsque nous souhaitâmes pénétrer dans leur sanctuaire et l’honorer d’offrandes éclatantes et très belles,

emportés par leurs vieilles prétentions, ils nous ont empêchés d’entrer, bien qu’ils fussent très inférieurs à notre force, force que l’humanité dont nous usons envers tous nous empêcha de déployer.

Ils ont rendu évidente leur malveillance à notre égard : seuls de toutes les nations, ils se dressent avec arrogance contre les rois et leurs propres bienfaiteurs et refusent toute attitude véritablement loyale.

Nous avons pourtant composé avec leur déraison et, après notre retour victorieux en Égypte, nous avons agi comme il convenait, accueillant toutes les nations avec bienveillance.

Nous avons même fait connaître une amnistie générale envers leurs frères de race. En considération de leur coopération et des nombreuses affaires qui leur ont été confiées en toute simplicité depuis le commencement, nous avons voulu changer leur condition, les juger dignes de la citoyenneté d’Alexandrie et les associer à nos rites permanents.

Ils ont au contraire interprété cette faveur à rebours et, par leur méchanceté innée, ont rejeté ce qui était bon, inclinant continuellement vers le pire.

Ils n’ont pas seulement rejeté l’inestimable droit de cité : ils ont encore en horreur, ouvertement ou tacitement, la petite minorité des leurs qui nous est authentiquement attachée, supposant à chaque occasion, dans leur existence infâme, que nous finirons bientôt par bouleverser leurs affaires.

C’est pourquoi, pleinement convaincus par les faits qu’ils nourrissent contre nous une hostilité universelle, et prenant nos précautions pour ne pas les avoir un jour dans notre dos comme traîtres impies et ennemis barbares au cas où éclaterait une crise inattendue,

nous ordonnons que, dès réception de cette lettre, tous ceux qui habitent chez vous soient aussitôt transférés vers nous avec femmes et enfants, étroitement enfermés dans des fers, au milieu des outrages et des sévices, en vue d’une exécution sans pitié et infamante que nous jugeons convenir à des ennemis.

Une fois tous ceux-là châtiés ensemble, nous jugeons que, pour l’avenir, notre royaume sera placé dans une stabilité complète et dans l’état le plus favorable.

Quiconque donnera refuge à un Juif, du vieillard au petit enfant et jusqu’au nourrisson au sein, sera mis à mort sous les tortures les plus infamantes, avec toute sa maisonnée.

Celui qui voudra faire une dénonciation pourra recevoir les biens de la personne poursuivie, deux mille drachmes du trésor royal, ainsi que la liberté et une couronne.

Tout endroit où l’on constatera qu’un Juif a reçu refuge deviendra inaccessible, sera livré aux flammes et demeurera à jamais entièrement impropre à l’usage de tout mortel. »

La lettre était donc rédigée en ces termes.

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