Apocryphon d’Ézéchiel
DossierApocryphon d’Ézéchiel 1
Compréhension immédiate · restitution Clarté · Texte ancien versifié · S5 · statut canonique distinct
Un roi avait enrôlé tous les hommes de son royaume ; il ne lui restait que deux civils, l’un boiteux et l’autre aveugle. Chacun demeurait séparément.
Le roi célébra les noces de son fils et invita tous ceux de son royaume, mais il négligea les deux civils, le boiteux et l’aveugle. Irrités, ils projetèrent de se venger du roi.
Le roi possédait un jardin. De loin, l’aveugle dit au boiteux : « Quelle part de pain avons-nous reçue avec les foules invitées à la fête ? Viens donc : puisqu’il nous a traités ainsi, vengeons-nous de lui. »
Le boiteux demanda : « Comment ? » L’aveugle répondit : « Allons dans son jardin et détruisons ce qui s’y trouve. » Le boiteux dit : « Comment le pourrais-je, puisque je suis boiteux et incapable d’y marcher ? » L’aveugle répondit : « Et moi, que puis-je faire si je ne vois pas où je vais ? Trouvons donc un moyen. »
Le boiteux arracha de l’herbe proche, en tressa une corde et la lança vers l’aveugle : « Tiens-la et viens vers moi en suivant la corde. » Quand l’aveugle l’eut rejoint, le boiteux lui dit : « Deviens mes jambes et porte-moi ; moi, je deviendrai tes yeux et, d’en haut, je te guiderai à droite et à gauche. »
Ayant fait ainsi, ils descendirent dans le jardin. Qu’ils aient réellement causé du dommage ou non, leurs traces apparurent dans le jardin.
Après les noces, les invités descendirent dans le jardin et furent stupéfaits d’y trouver ces traces. Ils dirent au roi : « Tous les hommes de ton royaume sont des soldats et il n’y a pas de civil. D’où viennent donc des traces de civils dans le jardin ? »
Le roi s’étonna. Il fit appeler l’aveugle et lui demanda : « Es-tu descendu dans le jardin ? » Celui-ci répondit : « Hélas, seigneur ! Tu vois notre faiblesse ; tu sais que je ne vois pas où je marche. »
Le roi alla ensuite vers le boiteux et lui demanda : « Es-tu descendu dans mon jardin ? » Celui-ci répondit : « Seigneur, veux-tu attrister mon âme en me rappelant mon infirmité ? » Le jugement resta alors sans issue.
Que fit alors le juge juste ? Ayant compris comment ils s’étaient associés, il plaça le boiteux sur l’aveugle et les interrogea tous deux sous le fouet ; ils ne purent plus nier.
Ils s’accusèrent l’un l’autre. Le boiteux dit à l’aveugle : « N’est-ce pas toi qui m’as porté et emmené ? » L’aveugle dit au boiteux : « N’est-ce pas toi qui es devenu mes yeux ? »
Ainsi le corps est joint à l’âme et l’âme au corps pour répondre de leur œuvre commune ; alors le jugement devient complet pour l’un et l’autre, corps et âme, selon les actes accomplis, bons ou mauvais.