4 Esdras
Dossier4 Esdras 14
Lecture personnelle fluide · restitution Lecture · Texte ancien versifié · S5 · statut canonique distinct
Source : noyau de 4 Esdras (3–14) · latin critique · OCP / Weber
Le troisième jour, j’étais assis sous un chêne.
Une voix sortit alors du buisson : « Esdras, Esdras ! » — « Me voici, Seigneur. » Je me levai, et la voix reprit :
« Je me suis révélé dans le buisson et j’ai parlé à Moïse lorsque mon peuple était esclave en Égypte.
Je l’ai envoyé ; j’ai fait sortir mon peuple d’Égypte, je l’ai conduit au mont Sinaï et je l’ai gardé auprès de moi de nombreux jours.
Je lui ai raconté beaucoup de merveilles, je lui ai montré les secrets des temps et leur terme. Je lui ai donné cet ordre :
“Ces paroles-là, publie-les ; les autres, garde-les cachées.”
Et maintenant je te dis :
Les signes que je t’ai montrés, les songes que tu as vus et les interprétations que tu as entendues, garde-les dans ton cœur.
Tu seras retiré du milieu des hommes ; ensuite tu demeureras avec mon Fils et ceux qui te ressemblent jusqu’à l’achèvement des temps.
Le monde a perdu sa jeunesse et les temps approchent de leur vieillesse.
Le monde a été partagé en douze périodes. Dix sont déjà passées, avec une demi-part supplémentaire selon le calcul transmis.
Il reste encore deux parts au-delà de la moitié de la dixième part.
Mets donc ta maison en ordre, reprends ton peuple, console les humbles parmi eux et renonce désormais à cette vie corruptible.
Éloigne de toi les pensées mortelles, rejette les fardeaux humains, dépouille-toi dès maintenant de ta nature fragile, mets de côté les pensées qui t’accablent et hâte-toi de quitter ces temps.
Car les maux que tu as vus arriver seront suivis de maux plus graves encore.
À mesure que le monde s’affaiblit en vieillissant, les maux se multiplieront sur ses habitants.
La vérité s’est éloignée davantage et le mensonge s’est rapproché. Déjà l’aigle que tu as vu en vision se hâte de venir. »
Je répondis : « Seigneur, j’ai parlé devant toi.
Voici, je vais partir comme tu me l’as ordonné et reprendre le peuple qui vit maintenant. Mais ceux qui naîtront après eux, qui les avertira ?
Le monde est plongé dans les ténèbres et ceux qui l’habitent sont sans lumière, §21 car ta Loi a été brûlée. C’est pourquoi personne ne connaît ce que tu as fait ni les œuvres qui doivent encore venir.
Si j’ai trouvé grâce devant toi, mets en moi l’Esprit saint ; j’écrirai tout ce qui s’est passé dans le monde depuis le commencement, tout ce qui était écrit dans ta Loi, afin que les humains puissent retrouver le chemin et que ceux qui voudront vivre dans les derniers temps puissent vivre. »
Il me répondit : « Va, rassemble le peuple et dis-lui de ne pas te chercher pendant quarante jours.
Prépare de nombreuses tablettes de buis. Prends avec toi Sarea, Dabria, Selemia, Ethan et Asihel : cinq scribes capables d’écrire rapidement.
Tu viendras ici ; j’allumerai dans ton cœur une lampe d’intelligence qui ne s’éteindra pas avant que soit achevé ce que tu commenceras à écrire.
Quand tu auras terminé, tu rendras certaines choses publiques et tu en transmettras d’autres secrètement aux sages. Demain, à cette heure, tu commenceras à écrire. »
Je partis comme il me l’avait ordonné, je rassemblai tout le peuple et je dis :
« Écoute, Israël, ces paroles :
Depuis le commencement, nos pères ont séjourné en Égypte et ils en ont été délivrés.
Ils ont reçu la Loi de vie, mais ils ne l’ont pas gardée ; vous aussi, après eux, vous l’avez transgressée.
Une terre vous a été donnée en partage dans le pays de Sion ; mais vous et vos pères avez commis l’injustice et vous n’avez pas gardé les voies que le Très-Haut vous avait commandées.
Parce qu’il est un juge juste, il vous a retiré en son temps ce qu’il vous avait donné.
Maintenant vous êtes ici, et vos frères sont au milieu de vous.
Si vous gouvernez votre intelligence et instruisez votre cœur, vous serez gardés vivants et, après la mort, vous obtiendrez miséricorde.
Car le jugement viendra après la mort, lorsque nous revivrons ; alors les noms des justes apparaîtront et les œuvres des impies seront dévoilées.
Que personne ne s’approche de moi maintenant et que personne ne me cherche pendant quarante jours. »
Je pris les cinq hommes, comme il me l’avait ordonné ; nous allâmes dans le champ et nous y demeurâmes.
Le lendemain, une voix m’appela : « Esdras, ouvre ta bouche et bois ce que je te donne. »
On me tendit alors une coupe pleine. Le liquide ressemblait à de l’eau, mais il avait la couleur du feu.
Je la pris et je bus. Dès que j’eus bu, mon cœur se mit à répandre l’intelligence, la sagesse grandit dans ma poitrine et mon esprit conserva la mémoire.
Ma bouche s’ouvrit et ne se referma plus.
Le Très-Haut donna aussi l’intelligence aux cinq hommes. Ils écrivirent successivement ce qui leur était dicté, avec des signes qu’ils ne connaissaient pas auparavant. Ils restèrent assis quarante jours et écrivaient pendant le jour.
La nuit, ils mangeaient du pain ; moi, je parlais le jour et je ne me taisais pas la nuit.
Au terme des quarante jours, quatre-vingt-quatorze livres avaient été écrits.
Lorsque les quarante jours furent achevés, le Très-Haut me dit : « Les premiers écrits, rends-les publics, afin que les dignes comme les indignes les lisent.
Les soixante-dix derniers, en revanche, conserve-les pour les sages de ton peuple.
Ils contiennent une veine d’intelligence, une source de sagesse et un fleuve de connaissance. » Et je fis ainsi.