Concepts et théologie biblique

Géhenne

Terme grec géenna, issu du nom de la vallée de Hinnom près de Jérusalem, devenu dans certains textes juifs et évangéliques une image de jugement ; il doit être distingué du Shéol, d’Hadès et des synthèses doctrinales ultérieures sur l’enfer.

Auteur : Pierre-Alain SavoyRévision : 2026-09-29Statut : dossier structuré revu805 mots

Lecture critique. Cette synthèse distingue les données textuelles, le contexte historique, l’interprétation et l’histoire de la réception. Son statut reste évolutif : les incertitudes signalées ne sont pas transformées en certitudes.

De la vallée de Hinnom à la Géhenne

Le grec geenna dérive de l’expression hébraïque liée à la vallée de Hinnom, au sud et au sud-ouest de Jérusalem. Dans les textes bibliques, cette vallée est associée à des pratiques cultuelles condamnées et à des annonces de jugement. Le terme évolue ensuite dans certaines traditions juives vers une image eschatologique de punition. Comprendre la Géhenne exige donc de distinguer toponyme réel, mémoire prophétique et développement symbolique. Elle ne doit pas être identifiée automatiquement au Shéol, à Hadès ou à la totalité de la doctrine chrétienne ultérieure de l’enfer.

Hinnom, Topheth et Jérémie

Jérémie 7 et 19 associent la vallée de Ben-Hinnom et Topheth à des sacrifices d’enfants condamnés avec vigueur. Le prophète annonce que le lieu sera appelé « vallée du massacre » et devient image d’un jugement terrible sur Jérusalem. 2 Rois relie également Topheth aux réformes de Josias. Ces traditions fournissent l’arrière-plan négatif du lieu. L’archéologie et l’histoire des pratiques cultuelles demandent prudence : les textes polémiques ne constituent pas à eux seuls un rapport neutre sur tous les rites réellement pratiqués. Les mentions de la vallée de Hinnom dans Josué servent d’abord de repères topographiques de frontière autour de Jérusalem. Le même espace géographique acquiert plus tard une forte charge négative dans les traditions royales et prophétiques. Cette transformation d’un lieu réel en symbole de jugement montre comment la mémoire religieuse peut reconfigurer un toponyme au fil du temps.

Développements du Second Temple

Dans la littérature juive du Second Temple, les images du jugement après la mort se diversifient. Feu, ténèbres, destruction, lieux de punition et résurrection apparaissent selon les œuvres. La vallée de Hinnom peut devenir symbole eschatologique dans cette évolution, mais il n’existe pas une doctrine juive unique de la Géhenne. Certains textes imaginent une punition durable, d’autres un jugement destructeur ou temporaire. Les arrière-plans des paroles évangéliques doivent donc être situés dans cette pluralité.

Géhenne dans les Synoptiques

Jésus emploie « Géhenne » surtout dans les traditions de Matthieu et Marc. Le terme apparaît dans des avertissements sur colère, scandale, fidélité, peur de Dieu et jugement. Certaines paroles associent Géhenne et feu ; Matthieu parle du « feu de la Géhenne ». Ces formulations sont rhétoriquement fortes et visent une réponse éthique. Elles ne fournissent cependant pas une cartographie détaillée du monde des morts. L’image fonctionne comme avertissement eschatologique enraciné dans une mémoire de jugement liée à Jérusalem. Matthieu emploie particulièrement le terme dans des discours éthiques exigeants : colère envers le frère, scandale, hypocrisie ou crainte de Dieu. L’image sert à radicaliser la responsabilité des auditeurs. Son emploi n’est pas concentré dans un traité sur l’au-delà mais dans des exhortations concrètes. Cela doit modérer toute lecture qui voudrait extraire une cosmologie complète d’une seule formule.

Géhenne, Shéol, Hadès et lac de feu

Shéol dans la Bible hébraïque désigne le monde ou la puissance de la mort ; Hadès en grec sert souvent d’équivalent. Géhenne possède une histoire différente. L’Apocalypse, quant à elle, parle du « lac de feu », image qui n’est pas simplement le mot Géhenne sous une autre forme. Les traditions chrétiennes ont souvent fusionné ces vocabulaires sous le mot « enfer ». Pour l’exégèse, cette fusion doit être défaites afin de voir les trajectoires propres de chaque terme avant d’étudier leur synthèse doctrinale.

Réception chrétienne de l’enfer

Les Pères, la théologie médiévale, Dante, les Réformes et les traditions modernes ont développé des modèles variés du jugement : peine éternelle consciente, destruction finale, purification ou espérance universaliste selon les courants. Les textes sur la Géhenne jouent un rôle dans ces débats mais ne suffisent pas seuls à les trancher. Une encyclopédie interconfessionnelle doit présenter les positions, leurs arguments scripturaires et leur histoire sans identifier une doctrine ultérieure au seul sens lexical de geenna. La littérature rabbinique ultérieure développera elle aussi Gehinnom avec des conceptions diverses de durée et de purification. Certaines traditions imaginent une punition limitée pour de nombreux pécheurs, d’autres des destins plus durables pour certains groupes. Cette diversité montre que même après le Nouveau Testament, « Géhenne » ne correspond pas encore à une doctrine uniforme partagée par tous les courants juifs et chrétiens.

Traduction et limites

Traduire geenna par « enfer » rend le texte immédiatement compréhensible mais importe un ensemble d’associations doctrinales et culturelles. Conserver « Géhenne » avec une note permet de préserver le lien historique avec Hinnom. Les différentes restitutions de La Bible Savoy peuvent exploiter ces deux stratégies. Le dossier distingue lieu, métaphore de jugement et réception doctrinale ; il évite notamment la légende moderne selon laquelle la vallée aurait simplement été une décharge publique constamment en feu, affirmation souvent répétée mais insuffisamment étayée. La réception artistique européenne a fusionné Géhenne, Hadès, feu apocalyptique et imaginaire médiéval en un « enfer » visuellement très développé. Cette synthèse a profondément marqué la compréhension populaire moderne. Une encyclopédie doit donc séparer avec soin le lexique biblique de l’imaginaire culturel qui lui a été superposé.

Passages de référence

À explorer dans l’Encyclopédie

Bibliographie et provenance

Citer ce dossier

Pierre-Alain Savoy, « Géhenne », Encyclopédie Savoy, révision du 2026-09-29. https://savoy.fr/ouvrages/encyclopedie/gehenne/.