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Encens

Substance aromatique brûlée dans le culte, associée au sanctuaire, à la prière et à l’honneur ; sa composition et sa fonction varient selon les contextes bibliques.

Auteur : Pierre-Alain SavoyRévision : 2026-09-29Statut : dossier structuré revu857 mots

Lecture critique. Cette synthèse distingue les données textuelles, le contexte historique, l’interprétation et l’histoire de la réception. Son statut reste évolutif : les incertitudes signalées ne sont pas transformées en certitudes.

Qəṭōret et substances aromatiques

Le français « encens » peut désigner à la fois une substance particulière, souvent le frankincense issu de résines du genre Boswellia, et plus largement un mélange aromatique brûlé rituellement. La Bible hébraïque emploie plusieurs termes qu’il faut distinguer, notamment qəṭōret pour l’encens ou la fumigation cultuelle et ləḇōnâ pour une résine aromatique généralement identifiée au frankincense. Exode 30 décrit un mélange sacré composé d’aromates et de ləḇōnâ pure, préparé selon une formule réservée au sanctuaire. Le texte interdit d’en fabriquer à usage profane une composition identique. Bible Savoy évite donc de traduire tous les termes aromatiques par un même mot sans nuance et distingue produit, mélange rituel, acte de brûler et fumée.

Autel de l’encens et service quotidien

Exode 30 prescrit un autel recouvert d’or placé devant le voile, associé au service régulier du sanctuaire. Aaron y fait fumer l’encens aromatique le matin lorsqu’il prépare les lampes et le soir lorsqu’il les allume. Le rite s’inscrit ainsi dans un rythme quotidien qui articule lumière, parfum, espace sacré et service sacerdotal. L’autel ne doit pas recevoir n’importe quel encens ni les mêmes types d’offrandes que l’autel des holocaustes. Cette spécialisation matérielle montre que le culte biblique distingue objets, lieux et gestes au lieu de traiter « l’encens » comme parfum religieux générique. Les descriptions du tabernacle ont une fonction théologique et littéraire ; leur rapport exact à l’histoire des sanctuaires israélites doit être étudié avec l’archéologie et la critique des textes.

Jour des Expiations : nuée protectrice et sainteté

Lévitique 16 donne à l’encens une fonction particulièrement forte lors du Jour des Expiations. Le grand prêtre prend des braises de l’autel et des poignées d’encens aromatique finement broyé, puis le fait fumer devant YHWH afin que la nuée couvre le propitiatoire. Le texte relie explicitement cette nuée à la protection du prêtre dans l’espace le plus saint. Ici, l’encens n’est pas seulement agréable ou décoratif : il participe à la médiation rituelle autour d’une présence dangereusement sainte. L’interprétation chrétienne a parfois transformé immédiatement cette scène en symbole de prière ou de médiation christologique. Ces lectures appartiennent à la réception ; le premier niveau d’analyse doit décrire la fonction sacerdotale et cultuelle de Lévitique dans son propre système.

Encens « étranger », Koré et limites sacerdotales

Plusieurs récits utilisent l’encens pour dramatiser les frontières de l’autorité cultuelle. Nadab et Abihu offrent devant YHWH un « feu étranger » qu’il ne leur avait pas commandé et meurent dans la scène de Lévitique 10 ; le texte ne réduit pas l’épisode à une simple erreur technique de recette. Nombres 16 fait des encensoirs un instrument d’épreuve dans la révolte de Koré et de ses associés, puis Aaron utilise l’encens dans une scène où il se tient entre les morts et les vivants. Ces récits associent encens, sainteté, jugement et fonction sacerdotale. Ils ont parfois été employés pour condamner toute innovation liturgique ultérieure, mais cette application dépasse le contexte immédiat. L’encyclopédie distingue prescription cultuelle ancienne et polémique confessionnelle moderne.

Commerce, résines et contexte matériel

Les aromates de qualité circulaient dans de vastes réseaux commerciaux reliant Arabie du Sud, Levant, Égypte, Méditerranée et régions plus orientales. Les résines odorantes avaient une forte valeur et pouvaient être utilisées dans les cultes, la parfumerie, la médecine ou les pratiques funéraires selon les sociétés. Les textes bibliques reflètent cet univers lorsqu’ils évoquent encens, myrrhe et autres aromates comme produits précieux. L’identification botanique précise de certains noms hébreux reste cependant discutée ; une traduction moderne ne doit pas convertir chaque terme ancien en espèce végétale certaine sans preuve suffisante. L’archéologie des autels, brûle-parfums et résidus peut éclairer les pratiques réelles, mais elle ne permet pas automatiquement d’identifier la composition exacte du mélange d’Exode 30 dans chaque sanctuaire.

Second Temple, Zacharie et prière

Luc 1 place l’annonce faite à Zacharie au moment où le prêtre accomplit le service de l’encens dans le Temple, tandis que la foule prie au-dehors. La scène suppose une pratique cultuelle familière du judaïsme du Second Temple et associe explicitement, par le récit, temps de prière et offrande d’encens. Le Psaume 141 avait déjà rapproché poétiquement la prière montant vers Dieu de l’encens. Apocalypse 5 et 8 développe cette symbolique en présentant des coupes d’or pleines de parfums comme « les prières des saints » et un ange offrant de l’encens avec les prières devant le trône. Le symbole chrétien de la prière qui monte comme fumée est donc solidement biblique, tout en restant distinct des prescriptions matérielles du sanctuaire.

Réceptions juives et chrétiennes

Après la destruction du Temple, le judaïsme rabbinique conserve la mémoire détaillée du service de l’encens sans prétendre reproduire partout le rite sacerdotal du sanctuaire. Dans le christianisme, l’usage liturgique de l’encens se développe largement dans les traditions orthodoxes, orientales, catholiques et dans certaines communautés anglicanes ou luthériennes ; de nombreuses Églises réformées ou évangéliques l’emploient peu ou pas, souvent pour des raisons historiques et théologiques différentes. Aucun de ces usages contemporains ne doit être présenté comme simple reproduction du rite mosaïque. Bible Savoy distingue substance, rite ancien, symbolique de prière et réception liturgique. Elle évite aussi d’attribuer à l’encens une efficacité magique autonome : dans les textes bibliques, son sens dépend du cadre cultuel, de la sainteté et de l’action de Dieu.

Passages de référence

À explorer dans l’Encyclopédie

Bibliographie et provenance

Citer ce dossier

Pierre-Alain Savoy, « Encens », Encyclopédie Savoy, révision du 2026-09-29. https://savoy.fr/ouvrages/encyclopedie/encens/.