Textes, témoins et transmission

Cléodème Malchos

Un court fragment historiographique reliant les descendants d’Abraham et Kétoura à l’Assyrie, à l’Afrique et au cycle grec d’Héraclès.

Auteur : Pierre-Alain SavoyRévision : 2026-09-28Statut : documented609 mots

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Cléodème, appelé aussi Malchos dans la tradition, est un auteur hellénistique connu par un fragment de ce qui est présenté comme une histoire des Juifs. Josèphe le qualifie, dans la citation transmise par Alexandre Polyhistor, de « prophète » et précise qu’il écrivait en accord avec l’histoire de Moïse. Cette qualification appartient au témoin antique et ne fournit pas à elle seule une biographie de l’auteur. Son œuvre originale est perdue et le dossier ne repose que sur une portion très brève de sa production.

Datation

La recherche place habituellement Cléodème dans la période hellénistique, souvent au IIe siècle av. J.-C., mais le fragment ne contient pas de repère chronologique interne assez précis pour fixer une année. La date est donc une reconstruction d’histoire littéraire, fondée notamment sur sa présence dans les matériaux recueillis plus tard par Alexandre Polyhistor et sur son environnement culturel. Le dossier conserve cette prudence plutôt que de transformer une datation conventionnelle en fait documentaire.

Langue et transmission

Le fragment est transmis en grec. Josèphe, Antiquités judaïques 1.240–241, cite Alexandre Polyhistor qui lui-même rapporte Cléodème ; Eusèbe fournit un parallèle dans la Préparation évangélique. Nous ne lisons donc pas un manuscrit de Cléodème, mais un texte médiatisé par plusieurs auteurs. Les introductions de Josèphe et d’Eusèbe doivent être distinguées de la matière attribuée à l’historien perdu.

Manuscrits et témoins

Les témoins utiles sont les traditions manuscrites de Josèphe et d’Eusèbe ainsi que leurs éditions critiques. La concordance générale des deux chaînes renforce l’existence du fragment, sans permettre de reconstituer le reste de l’ouvrage. Les variantes de noms propres sont particulièrement importantes parce que l’argument du passage repose précisément sur des rapprochements généalogiques et étymologiques entre personnages et territoires.

Contenu et structure

Cléodème rattache plusieurs descendants d’Abraham par Kétoura à la géographie des peuples. Il nomme Apher, Surim et Japhran ; Surim est associé à l’Assyrie, tandis qu’Apher et Japhran sont mis en relation avec l’Afrique. Le récit fait ensuite entrer ces descendants dans le cycle d’Héraclès : ils l’auraient assisté contre Antée en Libye, et Héraclès aurait épousé la fille d’Apher. Une généalogie conduit ensuite à Diodorus puis Sophon. Le fragment mêle ainsi exégèse généalogique et mythographie grecque.

Contexte historique

Le passage illustre une manière hellénistique d’articuler histoire biblique et mémoire méditerranéenne. Les généalogies d’Abraham deviennent un instrument pour expliquer l’origine de peuples et de régions tout en intégrant Héraclès, figure majeure de la culture grecque. Cette stratégie peut être décrite comme une mise en correspondance de traditions ; elle ne démontre pas historiquement les étymologies ou les filiations qu’elle propose.

Réception

La brièveté du fragment a laissé une grande place aux discussions sur l’identité de l’auteur. Des chercheurs plus anciens l’ont décrit comme phénicien, syrien, samaritain ou juif. L’état du dossier ne permet pas de trancher ces alternatives uniquement à partir du nom « Malchos » ou de l’usage de matériaux mythologiques. Sa réception moderne est donc autant une histoire de classifications savantes qu’une étude du fragment lui-même.

Bibliographie

Références principales : Josèphe, Antiquités judaïques 1.240–241, témoin direct de la chaîne Polyhistor–Cléodème ; le parallèle d’Eusèbe ; introduction critique Savoy ; Carl R. Holladay, Fragments from Hellenistic Jewish Authors, vol. I: Historians, pour le traitement moderne des fragments historiographiques juifs hellénistiques.

Limites et incertitudes

L’identité ethnique ou religieuse de Cléodème, son lieu d’activité, la date exacte, le titre et l’étendue de son histoire demeurent inconnus. Les rapprochements entre Apher et l’Afrique ou Surim et l’Assyrie sont des affirmations du fragment, non des étymologies acceptées comme démontrées. Enfin, le qualificatif de « prophète » doit rester attribué à la chaîne de transmission antique et non être converti en fonction historique certaine.

Bibliographie et provenance

Citer ce dossier

Pierre-Alain Savoy, « Cléodème Malchos », Encyclopédie Savoy, révision du 2026-09-28. https://savoy.fr/ouvrages/encyclopedie/cleodeme-malchos/.