Concepts et théologie biblique

Berger / pasteur

Image pastorale appliquée à des dirigeants, à Dieu et à Jésus ; elle combine protection, conduite, nourriture, responsabilité et parfois critique des chefs infidèles.

Auteur : Pierre-Alain SavoyRévision : 2026-09-29Statut : dossier structuré revu805 mots

Lecture critique. Cette synthèse distingue les données textuelles, le contexte historique, l’interprétation et l’histoire de la réception. Son statut reste évolutif : les incertitudes signalées ne sont pas transformées en certitudes.

Du métier à la métaphore

Le berger est d’abord un travailleur qui conduit, nourrit, protège et rassemble un troupeau. Dans les sociétés pastorales du Proche-Orient ancien, cette activité fournit une image évidente de responsabilité. La Bible applique donc le langage pastoral à Dieu, aux rois, aux responsables d’Israël et à Jésus. Le français « pasteur » vient de cette même image mais désigne aujourd’hui aussi un ministère ecclésial. Il faut distinguer le métier, la métaphore politique et le titre chrétien moderne. La vie pastorale réelle implique aussi risques de prédation, perte, maladies du troupeau, recherche d’eau et déplacement saisonnier. Ces réalités donnent de la force aux métaphores bibliques : « chercher la brebis perdue », « conduire aux eaux », « défendre contre le loup » ou « connaître ses brebis » ne sont pas des images abstraites. Elles reposent sur un travail exigeant de surveillance et de responsabilité.

YHWH comme berger

Le Psaume 23 est l’expression la plus célèbre : YHWH est le berger qui conduit vers l’eau, nourrit, guide dans les chemins justes et protège dans la vallée dangereuse. D’autres psaumes parlent d’Israël comme troupeau de Dieu. L’image combine tendresse et autorité : le berger choisit le chemin, utilise bâton et houlette et conduit le troupeau. Elle ne décrit donc pas seulement une présence consolante mais une relation de dépendance, conduite et sécurité.

Rois et bergers dans le Proche-Orient ancien

Le langage du souverain comme berger est largement attesté dans le Proche-Orient ancien. Un roi idéal protège les faibles, maintient l’ordre et assure la prospérité du peuple. La Bible reprend cette métaphore tout en pouvant la retourner contre les dirigeants. David, lui-même berger dans le récit, devient roi d’Israël et sert de référence à la royauté. L’image pastorale a donc une dimension politique structurante avant d’être une image ecclésiale. Nombres 27 demande qu’un chef soit établi sur Israël afin que l’assemblée ne soit pas « comme des brebis qui n’ont pas de berger ». Cette formule montre que l’image politique précède largement les Évangiles. Elle associe leadership et nécessité de guider un groupe vulnérable. Les prophètes reprendront ensuite cette image pour juger la qualité des rois et responsables.

Ézéchiel 34 : condamnation des mauvais bergers

Ézéchiel 34 accuse les bergers d’Israël de se nourrir eux-mêmes au lieu de nourrir le troupeau. Ils n’ont pas fortifié le faible, soigné le malade ou recherché la brebis perdue. Dieu annonce qu’il reprendra lui-même le troupeau et établira sur lui « un seul berger, mon serviteur David ». Ce chapitre combine critique politique, action divine et espérance davidique. Il devient un arrière-plan majeur pour les récits évangéliques de Jésus berger et chercheur des brebis perdues. Zacharie 11 utilise au contraire l’image du berger dans un registre sombre et symbolique, avec troupeau destiné à l’abattage, bergers rejetés et salaire de trente pièces. Le langage pastoral peut donc exprimer jugement et crise de leadership, pas seulement consolation. Le Nouveau Testament réemploiera certains de ces motifs dans les récits de la Passion.

Jésus berger

Les Synoptiques parlent de foules « comme des brebis sans berger » et racontent la recherche de la brebis perdue. Jean 10 développe la métaphore du « bon berger » qui connaît ses brebis et donne sa vie pour elles, en opposition au mercenaire et au voleur. La scène résonne fortement avec Ézéchiel 34. Le rôle de Jésus n’est donc pas seulement pastoral au sens de soutien individuel : il possède une dimension messianique, communautaire et critique envers les responsables infidèles.

Pasteurs et responsables chrétiens

Le Nouveau Testament applique aussi le langage pastoral aux responsables de communautés. Actes 20 demande aux anciens d’Éphèse de « paître » l’Église ; 1 Pierre 5 appelle les anciens à paître le troupeau sans domination et présente le Christ comme « souverain berger ». Éphésiens 4 mentionne « pasteurs et enseignants ». Ces textes contribueront à l’usage ecclésial de « pasteur », mais ils ne définissent pas nécessairement un office identique dans toutes les communautés du Ier siècle.

Réception et limites

Dans de nombreuses Églises protestantes et évangéliques, « pasteur » devient le titre ordinaire du ministre principal ; dans d’autres traditions, le vocabulaire pastoral s’applique aux évêques, prêtres ou responsables spirituels. Cette histoire institutionnelle doit être distinguée du champ biblique plus large. Bible Savoy garde visible l’image concrète du berger et la critique des mauvais responsables. Le dossier évite une idéalisation romantique du pastorat : la métaphore biblique implique nourrir, protéger, chercher les perdus et rendre compte de l’usage de l’autorité. Le mot « pastorale » lui-même s’est considérablement élargi dans le christianisme pour désigner accompagnement spirituel, soin communautaire et gouvernance. Cette réception peut enrichir l’image, mais elle ne doit pas masquer sa dimension politique et critique : Ézéchiel 34 juge précisément les responsables qui utilisent le troupeau pour eux-mêmes. Le vocabulaire pastoral conserve donc une exigence de responsabilité : celui qui reçoit autorité sur un troupeau n’en devient pas propriétaire absolu. Il doit répondre de la manière dont il nourrit, protège, rassemble et traite les plus faibles. Cette dimension demeure centrale dans toute réception chrétienne du mot « pasteur ».

Passages de référence

À explorer dans l’Encyclopédie

Bibliographie et provenance

Citer ce dossier

Pierre-Alain Savoy, « Berger / pasteur », Encyclopédie Savoy, révision du 2026-09-29. https://savoy.fr/ouvrages/encyclopedie/berger-pasteur/.