4 Maccabées
Introduction4 Maccabées 1
Compréhension immédiate · restitution Clarté
Je vais examiner une question de philosophie : la raison guidée par la piété peut-elle maîtriser les passions ? Je vous invite donc à suivre attentivement cette réflexion.
Cette réflexion est utile à tous ceux qui cherchent à comprendre, car elle met particulièrement en valeur la prudence, que l’auteur tient pour la plus haute vertu.
Si la raison peut maîtriser les passions qui nous font perdre la maîtrise de nous-mêmes — par exemple la gloutonnerie et les désirs —,
elle peut aussi maîtriser ce qui nous détourne de la justice, comme la malveillance, et ce qui affaiblit le courage : la colère, la peur et la douleur.
Quelqu’un pourrait objecter : « Si la raison commande aux passions, pourquoi ne commande-t-elle pas aussi à l’oubli et à l’ignorance ? » Mais l’auteur juge cette objection absurde.
La raison n’abolit donc pas toutes les émotions. Elle gouverne celles qui s’opposent à la justice, au courage et à la maîtrise de soi : elle ne les détruit pas, mais refuse de se soumettre à elles.
Je pourrais fournir de nombreuses preuves que la raison peut gouverner les passions ;
mais la preuve la plus forte sera le courage de ceux qui ont accepté la mort pour rester fidèles à la vertu : Éléazar, les sept frères et leur mère.
Tous ont affronté des souffrances mortelles sans céder ; leur endurance montre donc que la raison peut l’emporter sur les passions.
Je dois donc louer la vertu de ces hommes morts avec leur mère pour ce qu’ils tenaient pour juste et noble, et les proclamer bienheureux pour l’honneur qui leur revient.
Leur courage et leur endurance suscitèrent l’admiration de tous, jusque chez leurs tortionnaires. En résistant ainsi, ils contribuèrent à renverser la tyrannie qui opprimait leur peuple et devinrent, selon l’auteur, un moyen de purification pour leur patrie.
Nous reviendrons bientôt à leur histoire. Pour l’instant, je vais d’abord poser les principes de l’argumentation, puis je raconterai leur conduite en donnant gloire au Dieu de toute sagesse.
Posons donc clairement la question : la raison peut-elle gouverner les passions ?
Il faut donc préciser les termes : qu’appelons-nous raison ? qu’appelons-nous passion ? quelles sortes de passions existe-t-il ? et la raison peut-elle toutes les gouverner ?
La raison est l’intelligence qui juge correctement et choisit de vivre selon la sagesse.
La sagesse consiste à comprendre les réalités divines et humaines, et les raisons qui les expliquent.
Pour l’auteur, cette sagesse se reçoit par l’enseignement de la Loi : elle apprend à respecter les choses de Dieu et à conduire utilement les affaires humaines.
La sagesse se manifeste sous quatre formes : discernement, justice, courage et maîtrise de soi.
La prudence occupe la première place, parce qu’elle donne à la raison la capacité de gouverner les passions.
Toutes les passions se rattachent largement à deux grandes expériences : le plaisir et la douleur, qui touchent à la fois le corps et l’âme.
De nombreuses autres passions naissent autour du plaisir et de la douleur.
Le désir précède le plaisir, et la joie le suit.
La peur précède la douleur, et la tristesse la suit.
La colère peut se rattacher aussi bien au plaisir qu’à la douleur, selon ce qui la provoque.
Le plaisir peut aussi nourrir une disposition mauvaise qui prend de très nombreuses formes.
Dans la vie intérieure, cette disposition apparaît comme orgueil, cupidité, recherche de prestige, rivalité et jalousie.
Dans le corps, elle se manifeste par l’avidité alimentaire, la gloutonnerie et une consommation excessive centrée sur soi.
Le plaisir et la douleur ressemblent à deux plantes enracinées dans le corps et l’âme ; beaucoup d’autres passions en sont les rejetons.
La raison agit comme un jardinier : elle nettoie, taille, attache, arrose et replante les pousses de nos passions afin de former notre caractère.
La raison conduit les vertus et gouverne les passions. Commençons donc par ce qui menace la maîtrise de soi afin de voir comment elle exerce cette autorité.
La tempérance consiste à gouverner ses désirs.
Certains désirs sont intérieurs, d’autres corporels, mais la raison peut gouverner les deux catégories.
Comment expliquer que nous renoncions au plaisir d’aliments interdits alors qu’ils nous attirent ? C’est bien, répond l’auteur, parce que la raison peut maîtriser l’appétit.
Nous pouvons désirer toutes sortes d’aliments — poissons, oiseaux, animaux terrestres — mais lorsqu’ils sont interdits par la Loi, nous nous en abstenons parce que la raison maîtrise l’appétit.
Un esprit maître de lui-même peut donc freiner les désirs, et la raison peut mettre une bride aux impulsions du corps.