Pasteur d’Hermas
DossierPasteur d’Hermas 3
Lecture publique et écoute · restitution Proclamation · Texte ancien versifié · S5 · statut canonique distinct
Après tant de jeûnes, après tant de prières, Hermas revoit la vieille femme. Elle lui donne rendez-vous dans un champ. Arrivé seul, il trouve un banc d’ivoire préparé, prend peur, puis reprend courage en se souvenant de Dieu et confesse ses péchés. La femme arrive avec six jeunes hommes. Elle lui dit de ne pas demander seulement pardon pour ses fautes, mais aussi une part de justice pour sa maison. Elle lui ordonne de s’asseoir à gauche : la place de droite appartient à ceux qui ont souffert pour le Nom. Hermas pourra cependant les rejoindre s’il demeure dans la simplicité et supporte les mêmes épreuves.
La femme explique que ceux de droite ont subi coups, prisons, grandes détresses, croix et bêtes sauvages à cause du Nom. Ils reçoivent la même promesse que les autres, mais une gloire particulière. Puis elle montre à Hermas une grande tour carrée construite sur les eaux avec des pierres lumineuses. Six jeunes hommes la bâtissent ; des foules apportent des pierres tirées de la profondeur ou de la terre. Les pierres de la profondeur s’emboîtent parfaitement, au point que la tour paraît faite d’une seule pierre. Parmi celles venues de la terre, certaines sont acceptées, d’autres taillées, rejetées ou laissées autour de la tour : quelques-unes sont rugueuses, fendues, mutilées, rondes ou incompatibles avec la construction. D’autres roulent hors du chemin, tombent dans le feu ou restent près de l’eau sans parvenir à y entrer.
Hermas demande le sens de la vision. La femme lui dit que beaucoup entendront son explication : certains se réjouiront, d’autres pleureront, mais ceux qui écoutent et se repentent pourront eux aussi se réjouir. La tour, dit-elle, est l’Église. Elle a été fondée sur les eaux parce que notre vie a été sauvée et sera sauvée par l’eau ; elle repose sur la parole du Dieu tout-puissant et est soutenue par sa puissance invisible.
Les six jeunes bâtisseurs sont les premiers anges saints de Dieu, chargés de faire croître, bâtir et administrer la création. Les autres porteurs de pierres sont eux aussi des anges saints, mais les six les dépassent. Lorsque la construction sera achevée, tous se réjouiront et glorifieront Dieu.
Les pierres carrées, blanches et parfaitement jointes représentent les apôtres, évêques, enseignants et diacres qui ont servi les élus avec pureté et concorde, certains déjà morts, d’autres encore vivants. Les pierres tirées de la profondeur et intégrées à la tour sont ceux qui ont souffert pour le Nom du Seigneur. Les pierres de la terre acceptées sans taille sont ceux dont le Seigneur a éprouvé la droiture et qui ont gardé ses commandements. Celles qu’on apporte encore sont les nouveaux croyants, fidèles mais qui doivent être avertis de renoncer au mal. Les pierres rejetées sans être lancées loin sont ceux qui ont péché et veulent se repentir : tant que la tour se construit, leur repentance peut encore les rendre utiles.
Les pierres brisées et jetées très loin sont les hommes de l’iniquité qui ont cru hypocritement tout en gardant leur méchanceté. Les pierres rugueuses sont ceux qui ont connu la vérité mais n’y sont pas demeurés. Les pierres fendues sont ceux qui gardent dans leur cœur des rancunes tout en affichant extérieurement la paix. Les pierres mutilées sont des croyants largement attachés à la justice, mais qui conservent une part d’iniquité. Les pierres blanches et rondes sont ceux qui ont la foi tout en possédant les richesses de ce monde : quand vient la détresse, leurs affaires et leurs biens les conduisent à renier le Seigneur. Comme une pierre ronde doit être retaillée pour devenir carrée, leur richesse doit perdre son pouvoir sur eux pour qu’ils deviennent utiles à Dieu. Hermas lui-même doit reconnaître qu’autrefois riche il était inutile, tandis qu’il est devenu utile après avoir été dépouillé.
Les pierres jetées loin de la tour puis roulant hors du chemin représentent des croyants qui, par leur double pensée, abandonnent la vraie voie en imaginant en trouver une meilleure ; ils s’égarent sur des chemins impraticables. Celles qui tombent dans le feu sont ceux qui ont totalement abandonné le Dieu vivant et dont le cœur ne se tourne plus vers la repentance. Celles qui restent près de l’eau sans pouvoir y entrer ont entendu la parole et voulu recevoir le baptême, mais reculent quand ils découvrent les exigences de la vérité et retournent à leurs mauvais désirs. Hermas demande encore si les pierres rejetées peuvent se repentir. Oui, répond-elle, mais elles ne retrouveront pas nécessairement la même place dans cette tour : après l’épreuve et l’accomplissement des conséquences de leurs fautes, elles pourront être placées ailleurs si leur cœur change réellement.
Hermas voit ensuite sept femmes autour de la tour. La première est la Foi ; par elle les élus sont sauvés. La seconde, ceinte et courageuse, est la Maîtrise de soi, fille de la Foi. Viennent ensuite Simplicité, Innocence, Dignité, Connaissance et Amour. Ces vertus se soutiennent et engendrent l’une l’autre : de la Foi naît la Maîtrise, puis la Simplicité, l’Innocence, la Dignité, la Connaissance et enfin l’Amour. Leurs œuvres sont pures, dignes et divines. Celui qui les sert aura sa demeure dans la tour avec les saints. À la question de la fin des temps, la femme répond que la tour est encore en construction : lorsqu’elle sera achevée, viendra la fin, mais la construction sera rapide. Ces révélations doivent être annoncées à tous pour renouveler les esprits.
La femme adresse alors un avertissement à ses enfants. Elle les a élevés dans simplicité, innocence et dignité afin qu’ils soient justifiés et sanctifiés, mais ils ne veulent pas quitter leur mal. Elle leur ordonne de vivre en paix, de se visiter, de se soutenir mutuellement et de partager les biens de Dieu avec ceux qui manquent du nécessaire. Certains se rendent malades par l’excès de nourriture tandis que d’autres se détruisent faute du minimum : cette inégalité condamne ceux qui possèdent sans partager. Les responsables et premiers sièges de l’Église sont avertis de ne pas ressembler à des empoisonneurs : les empoisonneurs portent leurs drogues dans des boîtes, mais eux portent leur poison dans le cœur lorsqu’ils entretiennent divisions et rancunes. Ils doivent purifier leur cœur, s’accorder les uns avec les autres et instruire les élus seulement après s’être eux-mêmes laissés instruire.
Lorsque la femme repart vers la tour, Hermas cherche encore à comprendre pourquoi elle lui est apparue successivement sous trois formes : très âgée et assise, plus jeune mais encore vieillie dans son corps, puis entièrement jeune et belle. Il jeûne pour obtenir la réponse. Un jeune homme l’avertit de ne pas réclamer sans cesse des révélations plus fortes qu’il ne pourrait supporter, mais accepte de lui expliquer les trois formes.
Dans la première vision, la femme était très âgée et assise parce que l’esprit de la communauté lui-même était devenu vieux, flétri et sans force à cause de la mollesse et de la double pensée. Comme des vieillards qui n’attendent plus que le sommeil, les croyants, accablés par leurs affaires et leurs soucis, s’étaient abandonnés au découragement au lieu de remettre leurs inquiétudes au Seigneur. Elle était assise parce que la faiblesse a besoin d’un siège pour soutenir le corps.
Dans la deuxième vision, son visage était plus jeune et plus joyeux, mais le corps et les cheveux restaient vieux ; elle se tenait debout. L’image est celle d’un vieillard pauvre et désespéré qui apprend soudain qu’il reçoit un héritage : il se lève, retrouve force et courage. De même, en entendant la révélation de la compassion du Seigneur, les croyants ont renouvelé leur esprit, abandonné leur mollesse et retrouvé de la force dans la foi.
Dans la troisième vision, la femme était entièrement jeune, belle et joyeuse. Comme une bonne nouvelle fait oublier à un homme triste ses douleurs passées et renouvelle son esprit, la vision des biens de Dieu a renouvelé les croyants. Elle était assise sur un banc solide à quatre pieds : cette stabilité figure un monde soutenu par quatre éléments. Ceux qui se repentent de tout leur cœur deviendront donc jeunes et solidement fondés. Hermas reçoit ainsi l’explication complète de la vision.