Pasteur d’Hermas

Dossier

Pasteur d’Hermas 26

Lecture publique et écoute · restitution Proclamation · Texte ancien versifié · S5 · statut canonique distinct

Les commandements sont écrits. Les similitudes aussi. Alors Hermas est conduit en Arcadie. Le Pasteur lui dit que l’Esprit saint qui lui parlait auparavant sous la forme de l’Église est le Fils de Dieu. Dans une grande plaine, Hermas voit douze montagnes très différentes : noire, nue, épineuse, à demi desséchée, verte mais rude, fissurée, fertile, pleine de sources, désertique et dangereuse, ombragée, chargée de fruits, puis entièrement blanche.

Au milieu se dresse un immense rocher blanc, plus haut que les montagnes, avec une porte brillante comme le soleil. Douze vierges se tiennent autour de la porte, prêtes à porter. Le Pasteur conseille à Hermas de ne pas se torturer sur ce qu’il ne comprend pas mais de demander avec discernement.

Six hommes glorieux ordonnent la construction d’une tour sur le rocher. Des pierres montent de l’abîme et sont portées par les vierges à travers la porte ; elles s’ajustent parfaitement.

D’autres pierres viennent des douze montagnes. Quand elles passent par les mains des vierges et par la porte, leurs couleurs différentes deviennent toutes blanches ; celles qui ne suivent pas ce passage restent discordantes et sont retirées.

La construction s’interrompt avant l’achèvement : le maître de la tour doit venir examiner l’ouvrage et remplacer les pierres défectueuses.

Il arrive, accompagné des six hommes et d’une grande escorte. Il frappe et examine chaque pierre. Certaines deviennent noires, lépreuses, fissurées, mutilées, ternes, rugueuses ou tachées. Elles sont retirées et remplacées par des pierres trouvées dans une plaine voisine.

Le maître remet les pierres rejetées au Pasteur : qu’il les nettoie, les retaille et réintègre celles qui peuvent encore s’ajuster. Beaucoup peuvent donc être restaurées.

Le Pasteur examine chaque catégorie : certaines pierres noircies sont définitivement séparées ; beaucoup d’autres sont retaillées et replacées, parfois au centre, parfois à l’extérieur selon leur solidité.

Les pierres rondes et blanches représentent un autre problème : elles sont bonnes mais trop arrondies pour la construction ; il faut retrancher une partie. Quelques-unes sont taillées et intégrées, les autres attendent. Douze femmes vêtues de noir emportent les pierres définitivement rejetées.

La tour est nettoyée et ses abords nivelés. Les douze vierges restent avec Hermas en attendant le Pasteur.

Hermas passe la nuit près de la tour avec les vierges, dans une relation décrite comme fraternelle ; elles dansent, chantent et prient, et lui prie avec elles.

Le Pasteur explique : le rocher et la porte sont le Fils de Dieu. Le rocher est ancien parce que le Fils précède toute la création et fut le conseiller du Père dans l’œuvre créatrice ; la porte apparaît nouvelle parce qu’elle a été manifestée dans les derniers jours. Nul n’entre dans le Royaume autrement que par le nom du Fils. Le grand homme qui inspecte la tour est lui aussi le Fils.

La tour est l’Église. Les douze vierges sont des esprits saints, puissances du Fils. Porter le nom du Fils sans revêtir leur puissance ne suffit pas. Les pierres intégrées à la tour ont reçu ces vertus ; celles qui sont ensuite séduites par les femmes noires perdent ce vêtement et sont rejetées.

Elles peuvent pourtant revenir : si elles renoncent aux œuvres des femmes noires et reprennent les œuvres des vierges, elles peuvent être réintégrées. La construction a précisément été suspendue pour laisser place à la repentance. Le Fils est le fondement qui porte ceux qui portent sincèrement son nom.

Les quatre vierges principales sont Foi, Maîtrise de soi, Puissance et Patience ; les autres sont Simplicité, Innocence, Pureté, Joie, Vérité, Intelligence, Concorde et Amour. Les femmes noires représentent Incrédulité, Incontinence, Désobéissance, Tromperie, puis Tristesse, Méchanceté, Débauche, Irritabilité, Mensonge, Folie, Médisance et Haine. Les pierres de l’abîme représentent plusieurs générations de justes, prophètes, serviteurs, apôtres et enseignants.

Les pierres anciennes devaient monter à travers l’eau pour recevoir la vie. Le sceau est l’eau : on y descend mort et on en remonte vivant. Les apôtres et enseignants, après leur mort, annoncèrent également le nom du Fils à ceux qui étaient morts avant eux et leur donnèrent le sceau ; ils descendirent avec eux dans l’eau afin qu’ils puissent entrer dans la tour.

Les douze montagnes représentent les douze peuples du monde auxquels le Fils a été annoncé. Lorsqu’ils croient, reçoivent le sceau et revêtent les vertus, leurs différences de couleur deviennent une seule lumière : un même esprit, un même corps, une même foi et un même amour.

Celui qui connaît Dieu et retourne au mal est tenu plus responsable que celui qui ne le connaissait pas. La purification de l’Église est décrite comme le retrait de ceux qui persistent dans hypocrisie, blasphème, double pensée et injustice, afin qu’elle devienne un seul corps.

La montagne noire représente apostats, blasphémateurs et traîtres ; la montagne nue représente hypocrites et mauvais enseignants qui cherchent le gain et enseignent selon les désirs des pécheurs. Pour ces derniers, une repentance est encore offerte.

La montagne aux épines représente les riches et ceux que de multiples affaires étouffent. Leur attachement aux biens et occupations rend difficile leur union aux serviteurs de Dieu ; ils sont appelés à agir rapidement et à faire le bien.

La montagne à demi desséchée représente ceux dont la foi reste sur les lèvres sans habiter le cœur. Sous l’épreuve, certains ont honte du nom du Seigneur et retournent à l’idolâtrie ; une repentance demeure possible si elle est rapide.

La montagne verte mais rude représente des croyants difficiles à instruire, suffisants et persuadés de tout savoir. Certains veulent enseigner sans intelligence ; leur guérison passe par l’humilité et l’écoute de ceux qui ont du discernement.

La montagne fissurée représente rancunes, médisances et divisions. Les petites fissures peuvent vite guérir ; les grandes correspondent à une rancune durable. Le Pasteur rappelle que Dieu ne garde pas rancune contre celui qui confesse ses fautes : l’être humain ne doit donc pas prétendre posséder le pouvoir de perdre ou sauver son frère.

La montagne florissante représente des croyants simples, innocents, généreux, sans rancune, heureux du bien des autres et prêts à partager le fruit de leur travail sans reproche.

La montagne pleine de sources représente les apôtres et enseignants qui ont proclamé la parole dans le monde avec pureté, sans détourner le ministère vers un désir mauvais.

La montagne désertique représente d’abord des diacres qui ont mal administré leur service et détourné ce qui devait faire vivre veuves et orphelins ; s’ils se corrigent et servent avec pureté, ils peuvent vivre. Elle représente aussi ceux qui ont renié puis se sont isolés, ainsi que les trompeurs et médisants dont les paroles sont comparées au venin des bêtes.

La montagne ombragée représente les évêques et personnes hospitalières qui ont constamment accueilli les serviteurs de Dieu et protégé les personnes démunies et les veuves par leur service.

La montagne chargée de fruits représente ceux qui ont souffert pour le nom du Fils. Tous sont honorés ; ceux qui ont confessé sans hésiter sous l’autorité sont comparés aux fruits les plus beaux. Ceux qui sont menacés sont exhortés à ne pas renier.

La montagne blanche représente les personnes demeurées dans une innocence semblable à celle des petits enfants, sans malice. Le Pasteur les tient pour particulièrement glorieuses et invite tous à se dépouiller de la méchanceté pour revêtir cette innocence.

Les pierres de remplacement viennent des racines de la montagne blanche. Les pierres rondes et brillantes appartiennent au même groupe : leur richesse les avait quelque peu obscurcies sans les détourner de Dieu ; le maître ordonne de retrancher une partie de leurs richesses afin qu’elles puissent faire le bien avec ce qui demeure.

Les autres pierres rondes attendent encore le sceau et doivent être dégagées des vanités de leurs richesses. Le Pasteur exhorte ceux qui ont reçu le sceau à devenir simples, à abandonner rancune et divisions, et rappelle aux pasteurs qu’ils devront rendre compte du troupeau.

Tant que la tour se construit, il faut encore se guérir. Le Seigneur habite chez ceux qui aiment la paix. L’esprit reçu intact est comparé à un vêtement neuf qu’on ne voudrait pas recevoir déchiré après l’avoir confié au foulon. Ne rendez donc pas l’esprit inutilisable par rancune et division ; honorez plutôt la patience de Dieu et repentez-vous.

Le Pasteur conclut que ceux qui écoutent, corrigent leur route et abandonnent rancune et malice pourront vivre pour Dieu. Les traces laissées par les pierres retaillées sont finalement égalisées : elles représentent les péchés antérieurs effacés après une repentance jugée bonne et durable.

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