Pasteur d’Hermas
DossierPasteur d’Hermas 26
Analyse du texte source · restitution Philologique · Texte ancien versifié · S5 · statut canonique distinct
Après que j’eus écrit les commandements et similitudes du Pasteur, ange de la repentance, il vint vers moi et dit : « Je veux te montrer ce que t’a montré l’Esprit saint qui parlait avec toi sous la forme de l’Église ; car cet Esprit est le Fils de Dieu. » Parce que j’étais auparavant plus faible dans la chair, cela ne m’avait pas été montré par un ange. Il me conduisit en Arcadie, sur une montagne, et me montra une grande plaine entourée de douze montagnes de formes différentes : noire comme suie, nue, pleine d’épines, à demi desséchée, verte mais rude, pleine de fissures, florissante où bêtes et oiseaux faisaient croître davantage l’herbe, pleine de sources abreuvant toute la création, désertique avec bêtes mortelles, couverte de grands arbres sous lesquels reposaient des brebis, couverte d’arbres pleins de fruits variés, et la douzième toute blanche et très belle.
Au milieu du champ il me montra une grande pierre blanche, plus haute que les montagnes, carrée et capable de contenir tout le monde. Elle était ancienne et avait une porte taillée en elle, mais la taille de la porte semblait récente ; elle brillait plus que le soleil. Douze vierges se tenaient autour, quatre plus glorieuses aux angles et deux entre elles sur chaque côté, vêtues de lin, ceintes et prêtes à porter. Le Pasteur me dit de ne pas me torturer pour ce que je ne pouvais comprendre, mais de demander au Seigneur de l’intelligence.
Six hommes grands et glorieux firent venir beaucoup d’hommes pour bâtir une tour sur la pierre. Dix pierres carrées et lumineuses montèrent d’un abîme. Les six hommes ordonnèrent aux vierges de porter toutes les pierres destinées à la tour à travers la porte et de les remettre aux bâtisseurs. Les douze vierges placèrent ensemble les dix premières pierres sur leurs épaules et les portèrent une par une.
Les vierges les portèrent par la porte, les hommes les reçurent et bâtirent. Les dix pierres remplirent la pierre et devinrent fondement. Après elles montèrent vingt pierres, puis trente-cinq, puis quarante ; quatre rangées furent ainsi établies dans les fondations. Ensuite des pierres taillées arrivèrent des montagnes, de couleurs diverses. Portées par les vierges à travers la porte, elles devinrent toutes semblablement blanches. Celles remises directement par les hommes, sans les vierges ni la porte, ne changèrent pas de couleur et furent jugées inconvenantes ; les six hommes ordonnèrent de les retirer et de faire désormais passer toute pierre par les vierges et la porte.
La construction de ce jour s’acheva mais non la tour. Les bâtisseurs reçurent repos et les vierges restèrent pour garder la tour. Le Pasteur expliqua que le maître devait venir éprouver la construction afin de changer les pierres pourries. Quelques jours plus tard, nous revînmes : le maître allait venir inspecter.
Je vis une troupe nombreuse et au milieu un homme si grand qu’il dépassait la tour. Les six hommes marchaient à ses côtés, avec les ouvriers et beaucoup d’autres glorieux. Les vierges coururent l’embrasser et marchèrent autour de lui. Il palpa chaque pierre et la frappa d’une baguette. Certaines devinrent noires comme suie, rongées, fissurées, mutilées, ni blanches ni noires, rugueuses et discordantes, ou fortement tachées. Il ordonna de les retirer et de chercher des pierres dans une plaine proche. On creusa et trouva des pierres brillantes, carrées ou rondes. Les carrées furent taillées et placées ; les rondes furent laissées près de la tour parce qu’elles étaient dures à tailler.
Le seigneur de toute la tour remit au Pasteur toutes les pierres rejetées : « Purifie-les soigneusement et place dans la construction celles qui peuvent s’accorder ; celles qui ne s’accordent pas, jette-les loin. » Le Pasteur me dit qu’il retaillerait la majorité. Les plus petites seraient mises au milieu, les plus grandes à l’extérieur pour les tenir. Deux jours après, nous revînmes pour les examiner.
Les pierres noires restèrent noires et furent séparées. Parmi les rongées, beaucoup furent retaillées et mises au milieu ; les autres noircirent et furent rejetées. Beaucoup de fissurées furent retaillées et placées à l’extérieur ; celles qui avaient trop de fissures furent rejetées. Parmi les mutilées, beaucoup furent purifiées et retaillées pour le milieu, mais celles devenues noires ou trop fendues furent rejetées. Parmi les demi-blanches, certaines noircirent, mais les autres furent portées par les vierges et placées à l’extérieur, assez solides pour tenir les pierres intérieures. Les rugueuses et dures furent pour la plupart retaillées pour le milieu ; quelques-unes trop dures furent rejetées. Parmi les tachées, très peu noircirent ; les autres furent trouvées brillantes et fortes et placées à l’extérieur.
Le Pasteur examina ensuite les pierres blanches et rondes. Pour les rendre carrées il fallait en retrancher beaucoup. Il choisit les plus grandes et les plus brillantes, les tailla et les vierges les placèrent aux parties extérieures. Les autres furent ramenées dans la plaine mais non rejetées : « Il manque encore un peu à bâtir et le maître veut que toutes ces pierres brillantes entrent. » Douze femmes très belles, vêtues de noir, ceintes, les épaules découvertes et les cheveux dénoués, reçurent les pierres définitivement rejetées et les rapportèrent aux montagnes d’où elles venaient. Quand tout fut débarrassé, la tour parut d’une seule pierre sans joint.
Le Pasteur me demanda chaux et poussière fine pour remplir les empreintes laissées par les pierres enlevées. Les vierges balayèrent les déchets et aspergèrent d’eau les alentours. « Tout a été purifié ; si le seigneur vient, il n’a rien à nous reprocher. » Avant de partir, le Pasteur me confia aux vierges.
Les vierges me dirent de rester avec elles. « Tu dormiras avec nous comme frère, non comme homme. » Elles m’embrassèrent et me firent faire le tour de la tour ; certaines chantaient et dansaient. Je marchais joyeusement avec elles. La nuit, elles étendirent leurs tuniques de lin à terre, me firent coucher au milieu et ne firent rien d’autre que prier ; je priai sans cesse avec elles. Au matin le Pasteur revint et demanda si elles m’avaient fait quelque outrage. « Seigneur, je me suis réjoui ; j’ai mangé toute la nuit des paroles du Seigneur. »
« La pierre et la porte sont le Fils de Dieu. » Le Fils est plus ancien que toute création, au point d’avoir été conseiller du Père dans sa création ; voilà pourquoi la pierre est ancienne. La porte est nouvelle parce qu’elle a été manifestée aux derniers jours de l’accomplissement, afin que ceux qui doivent être sauvés entrent par elle dans le Royaume. Comme on ne peut entrer dans une ville murée que par sa porte, on n’entre dans le Royaume que par le nom du Fils aimé. Les ouvriers glorieux sont des anges. Le grand homme qui inspecta la tour est le Fils, et les six glorieux à droite et à gauche sont les anges qui le soutiennent.
« La tour est l’Église. Les vierges sont des esprits saints et puissances du Fils de Dieu. Si tu portes seulement le nom mais ne portes pas leur vêtement et leur puissance, cela ne te sert à rien. » Les noms des vierges sont leur vêtement, et le Fils porte lui-même leurs noms. Ceux qui passent par leurs mains et restent dans la construction ont revêtu leur puissance ; ils deviennent un esprit, un corps, une couleur. Les pierres rejetées avaient porté le nom et ces puissances, puis furent séduites par les femmes vêtues de noir, revêtirent leur puissance et se dépouillèrent des vierges.
Si ces hommes se repentent, rejettent les désirs des femmes noires, reviennent aux vierges et marchent dans leurs œuvres, ils rentreront dans la maison de Dieu. C’est pour cela qu’il y eut suspension de la construction. Le nom du Fils est grand, illimité et porte tout le monde ; il porte volontiers ceux qui le portent de tout leur cœur et marchent dans ses commandements.
Les quatre vierges fortes sont Foi, Maîtrise de soi, Puissance, Patience ; les autres Simplicité, Innocence, Pureté, Joie, Vérité, Intelligence, Concorde et Amour. Les quatre femmes noires principales sont Incrédulité, Incontinence, Désobéissance, Tromperie ; les suivantes Tristesse, Méchanceté, Débauche, Irritabilité, Mensonge, Folie, Médisance et Haine. Les premières pierres de fondation représentent des générations antérieures ; d’autres des hommes justes, des prophètes et serviteurs, et quarante pierres des apôtres et enseignants de la proclamation du Fils.
Les pierres montèrent de l’abîme par l’eau afin d’être vivifiées. Les morts reçurent le sceau du Fils : « le sceau (σφραγίς) est l’eau ; ils descendent dans l’eau morts et remontent vivants. » Les apôtres et enseignants qui avaient déjà le sceau, morts dans la puissance et la foi du Fils, annoncèrent le nom aux morts antérieurs et leur donnèrent le sceau de la proclamation. Ils descendirent avec eux dans l’eau et remontèrent ; les premiers descendaient vivants et remontaient vivants, les anciens morts descendirent morts et remontèrent vivants. Ainsi les justes anciens furent rendus vivants et ajustés à la tour ; ils s’étaient endormis en justice et grande pureté, mais leur manquait ce sceau.
Les douze montagnes sont douze tribus ou nations habitant tout le monde ; le Fils fut proclamé à toutes par les apôtres. Elles diffèrent d’intelligence et de pensée comme les montagnes d’apparence. Mais toutes les nations qui entendent, croient au nom du Fils, reçoivent le sceau et revêtent les esprits des vierges acquièrent une même intelligence, un même esprit, une même foi et un même amour, et deviennent une seule couleur lumineuse. Certains, ensuite, se souillent et sont rejetés, redevenant tels qu’avant, voire pires.
Celui qui ne connaissait pas Dieu et faisait le mal a un jugement correspondant à sa méchanceté ; celui qui a connu Dieu et continue à faire le mal fait une méchanceté plus grande. Ainsi l’Église sera purifiée : après l’exclusion de ceux qui demeurent mauvais, hypocrites, blasphémateurs, doubles d’âme et autres fauteurs de mal, elle sera un corps, une pensée, une intelligence, une foi et un amour ; alors le Fils se réjouira de recevoir son peuple pur.
Du premier mont noir viennent apostats, blasphémateurs et traîtres des serviteurs de Dieu : aucune repentance ne leur est plus ouverte. Du deuxième mont nu viennent hypocrites et enseignants de méchanceté, sans fruit de justice : ils portent le nom mais sont vides de foi. Une repentance rapide leur est ouverte parce qu’ils n’ont ni blasphémé le Seigneur ni trahi ses serviteurs, même s’ils ont enseigné selon le désir de gain et les désirs des pécheurs.
Du troisième mont aux épines viennent riches et gens mêlés à beaucoup d’affaires. Les affaires multiples les étouffent et les séparent des serviteurs de Dieu ; les riches s’en approchent difficilement, craignant d’être sollicités. Comme marcher pieds nus sur les chardons est difficile, ainsi leur entrée est difficile. Pourtant une repentance rapide leur est offerte afin qu’ils accomplissent maintenant quelque bien.
Du quatrième mont à l’herbe verte en haut mais sèche aux racines viennent les doubles d’âme et ceux qui ont le Seigneur sur les lèvres sans l’avoir dans le cœur. Leurs paroles seules vivent, leurs œuvres sont mortes. Sous l’épreuve ils se dessèchent, retournent à l’idolâtrie par peur et ont honte du nom. Une repentance rapide peut encore les faire vivre.
Du cinquième mont vert mais rude viennent des croyants difficiles à instruire, présomptueux, satisfaits d’eux-mêmes, voulant tout savoir sans rien savoir. Leur arrogance chasse l’intelligence et fait entrer une folie insensée. Ils se louent eux-mêmes comme intelligents et veulent être enseignants de leur propre initiative. Certains se sont vidés par cette hauteur, mais d’autres se sont repentis, ont reconnu leur folie et se sont soumis à ceux qui possèdent de l’intelligence.
Du sixième mont fissuré viennent ceux qui nourrissent des griefs. Les petites fissures sont les médisances légères ; beaucoup s’en repentent vite. Les grandes fissures sont ceux qui persistent dans la médisance, deviennent rancuniers et se mettent en colère les uns contre les autres ; ceux-là vivent difficilement. Si Dieu ne garde pas rancune contre celui qui confesse ses péchés, comment un homme corruptible et plein de péchés garderait-il rancune comme s’il pouvait sauver ou perdre l’autre ?
Du septième mont florissant viennent ceux qui furent toujours simples, innocents et heureux, n’ayant rien les uns contre les autres, mais se réjouissant des serviteurs de Dieu. Ils portent l’esprit des vierges, ont compassion de tout être humain et donnent du fruit de leur travail sans reproche ni hésitation. Le Seigneur a multiplié leurs travaux et les a bénis dans leurs actions.
Du huitième mont aux nombreuses sources viennent apôtres et enseignants ayant proclamé dans le monde entier, enseigné avec dignité et pureté la parole du Seigneur et n’ayant rien détourné vers un mauvais désir. Ils ont marché dans justice et vérité selon l’Esprit reçu ; leur passage est avec les anges.
Du neuvième mont désertique viennent d’abord les diacres tachés qui ont mal servi, dépouillant veuves et orphelins de leur subsistance et se constituant un profit avec le service reçu. S’ils persistent, ils n’ont pas d’espérance ; s’ils reviennent et accomplissent leur service avec pureté, ils peuvent vivre. Les pierres rongées sont ceux qui ont renié et ne sont pas revenus, se sont isolés et sont devenus comme une vigne abandonnée. Le reniement ancien, pour lequel une repentance reste envisagée, est distingué du reniement attendu au présent, traité avec extrême sévérité. Les pierres mutilées sont les trompeurs et médisants : leurs paroles empoisonnent comme les bêtes.
Du dixième mont ombragé viennent évêques et hospitaliers qui ont reçu avec joie les serviteurs de Dieu sans hypocrisie ; les évêques ont couvert sans cesse les personnes dans le besoin et les veuves par leur ministère et ont vécu avec pureté. Ceux qui persévèrent auront place avec les anges.
Du onzième mont aux arbres pleins de fruits viennent ceux qui ont souffert pour le nom du Fils et ont livré leur vie de tout leur cœur. Tous sont glorieux et leurs péchés sont dits retirés à cause de leur souffrance. Les fruits les plus beaux représentent ceux qui, amenés devant les autorités, n’ont pas renié et ont souffert avec empressement ; ceux qui ont hésité entre reniement et confession ont un fruit moindre. Le Pasteur exhorte ceux qui seront éprouvés à confesser qu’ils ont un Seigneur.
Du douzième mont blanc viennent ceux qui sont comme des nourrissons, sans malice montant au cœur et ayant toujours demeuré dans l’innocence. Ils habiteront sans hésitation dans le Royaume ; ceux qui enlèvent la méchanceté et revêtent l’innocence sont déclarés premiers et glorieux auprès de Dieu.
Les pierres tirées du champ à la place des pierres rejetées sont les racines de ce mont blanc ; leur innocence leur permet de demeurer lumineuses. Les pierres rondes et brillantes viennent aussi de là : leurs richesses les ont un peu obscurcies sans les faire quitter Dieu ni prononcer le mal. Le Seigneur ordonne que leurs richesses soient retranchées en partie, non totalement, afin qu’elles puissent faire le bien avec ce qui reste.
Les autres pierres rondes n’ont pas encore reçu le sceau et sont remises à leur place ; il faut retrancher d’elles le monde présent et la vanité de leurs richesses pour qu’elles conviennent au Royaume. Le Pasteur exhorte tous ceux qui ont reçu le sceau à avoir simplicité, à abandonner mémoire des offenses et amertume et à devenir un seul esprit. Si le maître trouve le troupeau sain, il se réjouira ; s’il trouve des brebis tombées, malheur aux pasteurs. Et si les pasteurs eux-mêmes sont tombés, ils ne pourront accuser les brebis : ils seront davantage punis pour leur mensonge. « Moi aussi je suis pasteur et je dois rendre de vous un compte très rigoureux. »
« Guérissez-vous donc tandis que la tour se bâtit. Le Seigneur habite dans les hommes qui aiment la paix ; la paix lui est chère, il est loin des querelleurs et de ceux que la méchanceté perd. Rendez-lui l’esprit intact comme vous l’avez reçu. Si tu donnes à un foulon un vêtement neuf intact et veux le recevoir intact, mais qu’il te le rende déchiré et inutilisable, ne te mettras-tu pas en colère ? Si tu souffres ainsi pour ton vêtement, que fera le Seigneur de celui qui a rendu inutilisable l’esprit reçu intact ? » Ne méprisez pas sa clémence mais honorez sa patience envers vos fautes et faites une repentance utile.
« Tout ce qui est écrit ci-dessus, moi, Pasteur, messager de repentance, je l’ai montré et dit aux serviteurs de Dieu. Si vous croyez, écoutez, marchez dans ces paroles et redressez vos chemins, vous pourrez vivre ; si vous demeurez dans la méchanceté et la mémoire des offenses, nul de ceux-là ne vivra pour Dieu. » Les empreintes laissées par les pierres remplacées représentaient les péchés de ceux qui venaient de se repentir de tout leur cœur ; voyant leur repentance bonne, pure et durable, le Seigneur ordonna d’effacer leurs anciens péchés : les marques furent nivelées pour ne plus apparaître.