Mishnah · Moed · Yoma

Mishnah Yoma — chapitre 6

Texte hébreu et traduction française originale, unité par unité.

S0 · édition évolutive8 mishnayotHébreu · français

Texte de base : Torat Emet 357, domaine public via Sefaria. Collation critique et annotation à poursuivre avant tout statut supérieur.

Yoma 6,1
שְׁנֵי שְׂעִירֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים, מִצְוָתָן שֶׁיִּהְיוּ שְׁנֵיהֶן שָׁוִין בְּמַרְאֶה וּבְקוֹמָה וּבְדָמִים וּבִלְקִיחָתָן כְּאֶחָד. וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵינָן שָׁוִין, כְּשֵׁרִין. לָקַח אֶחָד הַיּוֹם וְאֶחָד לְמָחָר, כְּשֵׁרִין. מֵת אֶחָד מֵהֶן, אִם עַד שֶׁלֹּא הִגְרִיל מֵת, יִקַּח זוּג לַשֵּׁנִי. וְאִם מִשֶּׁהִגְרִיל מֵת, יָבִיא זוּג אַחֵר וְיַגְרִיל עֲלֵיהֶם בַּתְּחִלָּה, וְיֹאמַר, אִם שֶׁל שֵׁם מֵת, זֶה שֶׁעָלָה עָלָיו הַגּוֹרָל לַשֵּׁם יִתְקַיֵּם תַּחְתָּיו. וְאִם שֶׁל עֲזָאזֵל מֵת, זֶה שֶׁעָלָה עָלָיו הַגּוֹרָל לַעֲזָאזֵל יִתְקַיֵּם תַּחְתָּיו. וְהַשֵּׁנִי יִרְעֶה עַד שֶׁיִּסְתָּאֵב, וְיִמָּכֵר וְיִפְּלוּ דָמָיו לִנְדָבָה, שֶׁאֵין חַטַּאת צִבּוּר מֵתָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, תָּמוּת. וְעוֹד אָמַר רַבִּי יְהוּדָה, נִשְׁפַּךְ הַדָּם, יָמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ. מֵת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ, יִשָּׁפֵךְ הַדָּם:

Les deux boucs de Yom Kippour devraient être semblables d’apparence, de taille, de valeur et avoir été achetés ensemble. Même s’ils ne le sont pas, ils restent valables. Si l’un a été acheté aujourd’hui et l’autre demain, ils sont encore valables. Si l’un meurt avant le tirage au sort, on achète simplement un autre bouc pour former la paire. S’il meurt après le tirage, on apporte une nouvelle paire et on recommence le tirage. Si le bouc du Seigneur était mort, le nouveau bouc tiré « pour le Seigneur » le remplace ; si celui d’Azazel était mort, le nouveau bouc tiré « pour Azazel » le remplace. L’autre bouc devenu surnuméraire est laissé jusqu’à l’apparition d’un défaut, puis vendu et son prix va aux offrandes volontaires, car un sacrifice communautaire pour le péché n’est pas mis à mort. Rabbi Yehouda dit qu’il doit mourir. Il ajoute : si le sang du bouc du Seigneur s’est renversé, le bouc destiné au désert doit mourir ; si le bouc du désert est mort, le sang doit être versé et le service recommencé.

Yoma 6,2
בָּא לוֹ אֵצֶל שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְסוֹמֵךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו וּמִתְוַדֶּה. וְכָךְ הָיָה אוֹמֵר, אָנָּא הַשֵּׁם, עָווּ פָּשְׁעוּ חָטְאוּ לְפָנֶיךָ עַמְּךָ בֵּית יִשְׂרָאֵל. אָנָּא בַּשֵּׁם, כַּפֶּר נָא לָעֲוֹנוֹת וְלַפְּשָׁעִים וְלַחֲטָאִים, שֶׁעָווּ וְשֶׁפָּשְׁעוּ וְשֶׁחָטְאוּ לְפָנֶיךָ עַמְּךָ בֵּית יִשְׂרָאֵל, כַּכָּתוּב בְּתוֹרַת משֶׁה עַבְדֶּךָ לֵאמֹר (ויקרא טז), כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם לְטַהֵר אֶתְכֶם מִכֹּל חַטֹּאתֵיכֶם לִפְנֵי יְיָ תִּטְהָרוּ. וְהַכֹּהֲנִים וְהָעָם הָעוֹמְדִים בָּעֲזָרָה, כְּשֶׁהָיוּ שׁוֹמְעִים שֵׁם הַמְפֹרָשׁ שֶׁהוּא יוֹצֵא מִפִּי כֹהֵן גָּדוֹל, הָיוּ כּוֹרְעִים וּמִשְׁתַּחֲוִים וְנוֹפְלִים עַל פְּנֵיהֶם, וְאוֹמְרִים, בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד:

Le grand prêtre vient au bouc destiné à être envoyé, pose ses deux mains sur lui et confesse : « De grâce, le Nom ! ton peuple, la maison d’Israël, a commis iniquité, transgression et faute devant toi. De grâce, par le Nom, pardonne les iniquités, transgressions et fautes que ton peuple, la maison d’Israël, a commises devant toi, comme il est écrit dans la Torah de Moïse ton serviteur : En ce jour il fera pour vous l’expiation afin de vous purifier ; de toutes vos fautes, devant le Seigneur, vous serez purifiés. » Lorsque prêtres et peuple dans la cour entendaient le Nom explicite sortir de la bouche du grand prêtre, ils s’agenouillaient, se prosternaient, tombaient face contre terre et disaient : « Béni soit le nom glorieux de sa royauté pour toujours et à jamais. »

Note philologique. La confession sur le bouc envoyé formule l’expiation collective d’Israël et inclut l’usage du Nom explicite.
Yoma 6,3
מְסָרוֹ לְמִי שֶׁהָיָה מוֹלִיכוֹ. הַכֹּל כְּשֵׁרִין לְהוֹלִיכוֹ, אֶלָּא שֶׁעָשׂוּ הַכֹּהֲנִים גְּדוֹלִים קֶבַע וְלֹא הָיוּ מַנִּיחִין אֶת יִשְׂרָאֵל לְהוֹלִיכוֹ. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי, מַעֲשֶׂה וְהוֹלִיכוֹ עַרְסְלָא, וְיִשְׂרָאֵל הָיָה:

On remet le bouc à la personne chargée de l’emmener. Toute personne est juridiquement apte à cette mission, mais les grands prêtres avaient établi l’usage de ne pas la confier à un simple Israélite. Rabbi Yossi rapporte pourtant qu’un homme nommé Arsela, qui était Israélite, conduisit effectivement le bouc.

Yoma 6,4
וְכֶבֶשׁ עָשׂוּ לוֹ מִפְּנֵי הַבַּבְלִיִּים, שֶׁהָיוּ מְתַלְּשִׁים בִּשְׂעָרוֹ, וְאוֹמְרִים לוֹ, טֹל וָצֵא, טֹל וָצֵא. מִיַּקִּירֵי יְרוּשָׁלַיִם הָיוּ מְלַוִּין אוֹתוֹ עַד סֻכָּה הָרִאשׁוֹנָה. עֶשֶׂר סֻכּוֹת מִירוּשָׁלַיִם וְעַד צוּק, תִּשְׁעִים רִיס, שִׁבְעָה וּמֶחֱצָה לְכָל מִיל:

Une rampe spéciale avait été construite pour le bouc en raison des Babyloniens qui l’agrippaient par les poils et criaient au conducteur : « Prends-le et sors ! Prends-le et sors ! » Des notables de Jérusalem accompagnaient le conducteur jusqu’à la première station. De Jérusalem jusqu’au précipice, dix stations avaient été établies, sur une distance totale de quatre-vingt-dix ris, soit sept ris et demi par mille.

Yoma 6,5
עַל כָּל סֻכָּה וְסֻכָּה אוֹמְרִים לוֹ, הֲרֵי מָזוֹן וַהֲרֵי מַיִם. וּמְלַוִּין אוֹתוֹ מִסֻּכָּה לְסֻכָּה, חוּץ מֵאַחֲרוֹנָה שֶׁבָּהֶן, שֶׁאֵינוֹ מַגִּיעַ עִמּוֹ לַצּוּק, אֶלָּא עוֹמֵד מֵרָחוֹק וְרוֹאֶה אֶת מַעֲשָׂיו:

À chaque station, on lui disait : « Voici de la nourriture, voici de l’eau », afin qu’il sache qu’il pouvait manger si un danger réel l’exigeait. On l’accompagnait d’une station à la suivante, sauf depuis la dernière : l’accompagnateur ne marchait pas jusqu’au précipice mais restait à distance et observait l’accomplissement du rite.

Yoma 6,6
מֶה הָיָה עוֹשֶׂה, חוֹלֵק לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית, חֶצְיוֹ קָשַׁר בַּסֶּלַע וְחֶצְיוֹ קָשַׁר בֵּין שְׁתֵּי קַרְנָיו, וּדְחָפוֹ לַאֲחוֹרָיו, וְהוּא מִתְגַּלְגֵּל וְיוֹרֵד, וְלֹא הָיָה מַגִּיעַ לַחֲצִי הָהָר עַד שֶׁנַּעֲשָׂה אֵבָרִים אֵבָרִים. בָּא וְיָשַׁב לוֹ תַּחַת סֻכָּה אַחֲרוֹנָה עַד שֶׁתֶּחְשָׁךְ. וּמֵאֵימָתַי מְטַמֵּא בְגָדִים, מִשֶּׁיֵּצֵא חוּץ לְחוֹמַת יְרוּשָׁלַיִם. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר, מִשְּׁעַת דְּחִיָּתוֹ לַצּוּק:

Arrivé au précipice, le conducteur partage le ruban écarlate : il attache une moitié au rocher et l’autre entre les cornes du bouc, puis pousse l’animal en arrière. Il roule et descend ; avant d’avoir atteint la moitié de la montagne, il est déjà disloqué. Le conducteur revient s’asseoir sous la dernière station jusqu’à la nuit. À partir de quand ses vêtements deviennent-ils impurs ? Dès qu’il est sorti de la muraille de Jérusalem, selon l’opinion anonyme ; Rabbi Shimon dit : à partir du moment où il pousse le bouc du précipice.

Yoma 6,7
בָּא לוֹ אֵצֶל פָּר וְשָׂעִיר הַנִּשְׂרָפִין. קְרָעָן וְהוֹצִיא אֶת אֵמוּרֵיהֶן, נְתָנָן בְּמָגֵיס, וְהִקְטִירָן עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ. קְלָעָן בְּמִקְלָעוֹת, וְהוֹצִיאָן לְבֵית הַשְּׂרֵפָה. וּמֵאֵימָתַי מְטַמְּאִין בְּגָדִים, מִשֶּׁיֵּצְאוּ חוּץ לְחוֹמַת הָעֲזָרָה. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר, מִשֶּׁיִּצַּת הָאוּר בְּרֻבָּן:

Le grand prêtre revient au taureau et au bouc qui doivent être brûlés. Il les ouvre, retire leurs parties destinées à l’autel, les place dans un récipient puis les brûle sur l’autel. Il entrelace ou attache les carcasses et les fait sortir vers le lieu de brûlement. À partir de quand ceux qui les transportent rendent-ils leurs vêtements impurs ? Dès la sortie hors de la cour, selon l’opinion anonyme ; Rabbi Shimon dit : lorsque le feu a pris dans la majeure partie des carcasses.

Yoma 6,8
אָמְרוּ לוֹ לְכֹהֵן גָּדוֹל, הִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר. וּמִנַּיִן הָיוּ יוֹדְעִין שֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר, דַּרְכִּיּוֹת הָיוּ עוֹשִׂין, וּמְנִיפִין בַּסּוּדָרִין, וְיוֹדְעִין שֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה, וַהֲלֹא סִימָן גָּדוֹל הָיָה לָהֶם, מִירוּשָׁלַיִם וְעַד בֵּית חִדּוּדוֹ שְׁלשָׁה מִילִין. הוֹלְכִין מִיל, וְחוֹזְרִין מִיל, וְשׁוֹהִין כְּדֵי מִיל, וְיוֹדְעִין שֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר, וַהֲלֹא סִימָן אַחֵר הָיָה לָהֶם, לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית הָיָה קָשׁוּר עַל פִּתְחוֹ שֶׁל הֵיכָל, וּכְשֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר הָיָה הַלָּשׁוֹן מַלְבִּין, שֶׁנֶּאֱמַר (ישעיה א), אִם יִהְיוּ חֲטָאֵיכֶם כַּשָּׁנִים כַּשֶּׁלֶג יַלְבִּינוּ:

On annonce au grand prêtre : « Le bouc a atteint le désert. » Comment le savait-on ? Des postes d’observation agitaient des linges les uns vers les autres jusqu’à transmettre le signal. Rabbi Yehouda dit qu’un repère plus simple suffisait : de Jérusalem à Beit Hidoudo, il y avait trois milles ; on parcourait un mille, revenait un mille et attendait le temps nécessaire à un mille, et l’on savait que le bouc était arrivé. Rabbi Yishmaël rapporte une autre tradition : un ruban écarlate était attaché à l’entrée du sanctuaire et devenait blanc lorsque le bouc atteignait le désert, selon le verset d’Isaïe : « Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige. »

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