Une femme part à l’étranger avec son mari. Il y avait paix entre eux et le monde n’était pas en situation de guerre. Elle revient seule et dit : « Mon mari est mort » : elle est crue pour se remarier ; si elle dit qu’il est mort sans enfant de manière à la laisser devant un yavam, elle peut entrer dans le yibbum selon les conditions établies. Mais si leur relation était conflictuelle, ou si le monde était en guerre, son témoignage isolé n’est pas reçu de la même manière. Rabbi Yehouda exigeait encore des signes extérieurs de deuil, comme l’arrivée en pleurs et vêtements déchirés. Les sages lui répondent que la crédibilité juridique ne dépend pas de cette mise en scène : dans la situation où elle est crue, elle peut se remarier qu’elle manifeste ou non ces signes.
Mishnah · Nashim · Yevamot
Mishnah Yevamot — chapitre 15
Texte hébreu et traduction française originale, unité par unité.
Texte de base : Torat Emet 357, domaine public via Sefaria. Collation critique et annotation à poursuivre avant tout statut supérieur.
La maison de Hillel disait d’abord que cette confiance accordée à la femme n’avait été entendue que dans un cas analogue au précédent historique : retour de la moisson, dans le même pays. La maison de Shammaï répond : il n’y a pas de différence entre retour de moisson, récolte d’olives ou vendanges, ni entre retour au sein du même pays et retour d’un autre pays ; les sages ont parlé de la moisson seulement parce que c’était le cas de l’histoire. Hillel adopta finalement l’avis de Shammaï.
La maison de Shammaï dit : lorsqu’elle est crue pour dire que son mari est mort, elle peut à la fois se remarier et percevoir sa ketouba. La maison de Hillel disait d’abord : elle peut se remarier mais ne peut percevoir la ketouba sur sa seule parole. Shammaï objecta : si vous lui permettez une matière aussi grave que l’union matrimoniale, allez-vous lui refuser un droit financier moins grave ? Hillel répondit que les frères n’entrent pas pour autant dans l’héritage sur sa seule parole. Shammaï invoqua alors la formulation même de la ketouba : « Lorsque tu seras libre d’épouser un autre homme, tu recevras ce qui t’est écrit. » Hillel adopta finalement cette position.
En principe, de nombreuses personnes peuvent témoigner du décès pour permettre le remariage, mais certaines parentes ou rivales dont on soupçonne l’hostilité ne sont pas crues : belle-mère, fille de la belle-mère, coépouse, belle-sœur dans certaines configurations et fille du mari. Le divorce diffère du témoignage de mort parce que l’acte écrit constitue une preuve indépendante. Si un témoin dit « il est mort », la femme se remarie, puis un autre dit « il n’est pas mort », elle ne sort pas automatiquement du second mariage. Si un témoin dit mort et deux disent vivant, même mariée elle doit sortir. Si deux disent mort et un dit vivant, elle peut se remarier même avant de l’avoir fait.
Deux femmes donnent des versions différentes : l’une dit « il est mort », l’autre « il n’est pas mort ». Celle qui affirme le décès peut se remarier et percevoir sa ketouba ; l’autre non. Si l’une dit « il est mort » et l’autre « il a été tué », Rabbi Meïr considère leur divergence comme contradiction et les empêche de se remarier ; Rabbi Yehouda et Rabbi Shimon répondent qu’elles concordent sur le point essentiel — il n’est plus vivant — et permettent le remariage. Si un témoin dit mort et un autre vivant, ou une femme dit mort et une autre vivant, la femme concernée ne se remarie pas sur ce témoignage contradictoire.
Une femme part à l’étranger avec son mari puis revient en disant : « Mon mari est mort. » Elle peut se remarier et percevoir sa ketouba, mais sa coépouse reste interdite tant qu’il n’existe pas de preuve suffisante pour elle, car la première pourrait avoir intérêt à nuire à sa rivale. Si la coépouse est fille d’Israël mariée à un prêtre, Rabbi Tarfon lui permet entre-temps de continuer à manger la terouma. Rabbi Aqiva dit que ce n’est pas une manière sûre de la sortir de l’interdit : elle doit à la fois s’abstenir de se remarier et cesser la terouma jusqu’à clarification.
Elle dit : « Mon mari est mort, puis mon beau-père est mort. » Elle peut se remarier et percevoir sa ketouba, mais sa belle-mère n’est pas automatiquement crue libérée sur cette déclaration. Même débat entre Rabbi Tarfon et Rabbi Aqiva sur la terouma. La Mishnah compare ensuite un homme ayant fiancé l’une de cinq femmes sans savoir laquelle : Rabbi Tarfon lui fait donner un guet à chacune et déposer une seule ketouba entre elles ; Rabbi Aqiva exige guet et ketouba pour chacune afin de sortir sûrement de toute faute. Même désaccord lorsqu’un homme a volé l’une de cinq personnes sans savoir laquelle : Tarfon permet de déposer la somme entre elles ; Aqiva exige de rembourser chacune pour supprimer tout doute de dette.
Une femme part à l’étranger avec mari et fils puis revient en disant : « Mon mari est mort, puis mon fils » : elle est crue, car cette déclaration la libère du yibbum. Si elle dit : « Mon fils est mort, puis mon mari », ce qui la placerait devant le yavam, elle n’est pas crue pour imposer elle-même ce nouveau lien. On tient néanmoins compte de son récit : elle fait halitsa mais pas yibbum.
Une femme dit : « Un fils m’est né à l’étranger. » Si elle ajoute : « Mon fils est mort puis mon mari », elle est crue dans la configuration qui la laisse libre. Si elle dit : « Mon mari est mort puis mon fils », et que cette séquence ferait naître ou modifier le yibbum, elle n’est pas pleinement crue ; on tient compte du doute et elle fait halitsa sans yibbum.
Une femme dit : « Un yavam m’est né ou s’est révélé à l’étranger. » Lorsqu’elle rapporte la mort du mari et du yavam dans un ordre qui la libère, sa parole est admise selon les présomptions établies ; dans d’autres configurations où elle créerait elle-même une permission nouvelle, elle n’est pas crue. Principe général : une femme n’est pas crue simplement pour dire « mon yavam est mort » afin de pouvoir épouser un autre homme, ni « ma sœur est morte » afin d’entrer dans sa maison par mariage avec le beau-frère. De même, un homme n’est pas cru sur sa seule parole pour dire « mon frère est mort » afin de faire yibbum avec sa femme, ni « mon épouse est morte » afin d’épouser sa sœur.
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