Les affaires pécuniaires comme les affaires capitales exigent examen et enquête, car il est écrit : « Il y aura pour vous une seule règle de jugement. » Mais elles diffèrent sur plusieurs points. Les affaires pécuniaires sont jugées par trois, les capitales par vingt-trois. Dans les affaires pécuniaires, on peut commencer par des arguments pour acquitter ou condamner ; dans les capitales, on commence seulement par l’acquittement. En matière pécuniaire, une majorité d’une voix suffit dans les deux sens ; en matière capitale, une voix suffit pour acquitter mais deux sont requises pour condamner. Un jugement pécuniaire peut être rouvert dans un sens ou l’autre ; un jugement capital seulement en faveur de l’accusé, non pour aggraver. Tous peuvent enseigner en faveur ou à charge dans le civil ; dans le capital, tous peuvent enseigner en faveur, mais pas tous à charge. Celui qui avait plaidé à charge dans une affaire capitale peut ensuite plaider en faveur, mais celui qui avait plaidé en faveur ne revient pas ensuite à charge. Les affaires pécuniaires peuvent commencer le jour et se conclure la nuit ; les affaires capitales commencent et se concluent le jour. Une affaire pécuniaire peut être conclue le même jour dans un sens ou l’autre ; une affaire capitale peut être conclue le même jour pour acquitter, mais une condamnation est reportée au lendemain. C’est pourquoi on ne commence pas une affaire capitale la veille du shabbat ni la veille d’une fête.
Mishnah · Nezikin · Sanhedrin
Mishnah Sanhedrin — chapitre 4
Texte hébreu et traduction française originale, unité par unité.
Provenance : texte hébreu de la Mishnah via Wikisource hébraïque, copie figée le 18 septembre 2026. La page source et ses conditions de réutilisation restent la référence de provenance. Aucune traduction moderne n’a servi de pivot.
Dans les questions de pureté et d’impureté, on commence l’avis des juges par le plus grand. Dans les affaires capitales, on commence au contraire par les juges placés sur le côté ou de rang inférieur, afin que les jeunes puissent parler sans être influencés. Tous sont recevables pour juger des affaires pécuniaires ; tous ne le sont pas pour les affaires capitales, qui sont confiées selon ce texte à des prêtres, des lévites et des Israélites dont la lignée permet le mariage avec la prêtrise.
Le Sanhédrin siégeait en demi-cercle, comme une demi-aire de battage ronde, afin que tous puissent se voir. Deux scribes des juges se tenaient devant eux, l’un à droite et l’autre à gauche, et notaient les arguments en faveur et à charge. Rabbi Yehouda dit qu’ils étaient trois : l’un notait les arguments favorables, l’un les arguments défavorables et le troisième notait les deux.
Trois rangées d’élèves sages siégeaient devant les juges, chacun connaissant sa place. Lorsqu’il fallait ajouter un juge, on prenait quelqu’un de la première rangée ; quelqu’un de la deuxième montait à la première, quelqu’un de la troisième à la deuxième, puis on choisissait une nouvelle personne dans l’assemblée pour la troisième rangée. Le nouvel arrivant ne prenait pas la place exacte du précédent mais la place correspondant à son rang.
Comment avertit-on les témoins dans une affaire capitale ? On les fait entrer et on les met en garde : ne parlez pas d’après une estimation, une rumeur, un témoin indirect ou parce qu’une personne fiable vous l’a raconté. Sachez que nous vous examinerons minutieusement. Les affaires capitales ne sont pas comme les affaires d’argent : dans une affaire d’argent, celui qui a causé une perte peut la rembourser ; dans une affaire capitale, le sang de la victime et celui de sa descendance potentielle pèsent sur le faux témoin. La Mishnah cite Caïn et l’expression « les sangs de ton frère ». Elle ajoute que l’être humain a été créé unique afin d’enseigner la valeur d’une seule vie, d’empêcher qu’un homme dise à un autre « mon père est plus grand que le tien », d’écarter l’idée de plusieurs puissances au ciel et de manifester la grandeur de Dieu, qui crée des êtres humains différents à partir d’un même modèle. C’est pourquoi chacun doit pouvoir dire : « Le monde a été créé pour moi », c’est-à-dire reconnaître sa responsabilité. Les témoins ne doivent pas se dérober pour éviter les conséquences, car le témoin qui sait doit témoigner ; ils ne doivent pas non plus se réjouir d’une condamnation, même si le texte rappelle que la disparition du mal est présentée comme motif de joie.
Passerelles
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