Mishnah · Nashim · Gittin

Mishnah Gittin — chapitre 4

Texte hébreu et traduction française originale, unité par unité.

S0 · édition évolutive9 mishnayotHébreu · français

Provenance : Torat Emet 357 via l’API Sefaria, texte hébreu indiqué « Public Domain ». Traduction française originale établie directement sur l’hébreu ; aucune traduction moderne n’a servi de pivot.

Gittin 4,1
הַשּׁוֹלֵחַ גֵּט לְאִשְׁתּוֹ וְהִגִּיעַ בַּשָּׁלִיחַ, אוֹ שֶׁשָּׁלַח אַחֲרָיו שָׁלִיחַ וְאָמַר לוֹ, גֵּט שֶׁנָּתַתִּי לְךָ בָּטֵל הוּא, הֲרֵי זֶה בָטֵל. קָדַם אֵצֶל אִשְׁתּוֹ אוֹ שֶׁשָּׁלַח אֶצְלָהּ שָׁלִיחַ וְאָמַר לָהּ, גֵּט שֶׁשָּׁלַחְתִּי לִיךְ בָּטֵל הוּא, הֲרֵי זֶה בָטֵל. אִם מִשֶּׁהִגִּיעַ גֵּט לְיָדָהּ, שׁוּב אֵינוֹ יָכוֹל לְבַטְּלוֹ:

Un mari envoie un guet à sa femme puis rejoint l’agent, ou envoie un autre agent après lui, et déclare : « Le guet que je t’ai remis est annulé » : il est annulé tant qu’il n’a pas encore été remis à la femme. Il peut aussi la devancer elle-même et lui annoncer l’annulation. Mais une fois que le guet est arrivé dans sa main et a produit le divorce, il ne peut plus l’annuler rétroactivement.

Gittin 4,2
בָּרִאשׁוֹנָה הָיָה עוֹשֶׂה בֵית דִּין בְּמָקוֹם אַחֵר וּמְבַטְּלוֹ. הִתְקִין רַבָּן גַּמְלִיאֵל הַזָּקֵן שֶׁלֹּא יְהוּ עוֹשִׂין כֵּן, מִפְּנֵי תִקּוּן הָעוֹלָם. בָּרִאשׁוֹנָה הָיָה מְשַׁנֶּה שְׁמוֹ וּשְׁמָהּ, שֵׁם עִירוֹ וְשֵׁם עִירָהּ. וְהִתְקִין רַבָּן גַּמְלִיאֵל הַזָּקֵן שֶׁיְּהֵא כוֹתֵב, אִישׁ פְּלוֹנִי וְכָל שֵׁם שֶׁיֵּשׁ לוֹ, אִשָּׁה פְלוֹנִית וְכָל שׁוּם שֶׁיֵּשׁ לָהּ, מִפְּנֵי תִקּוּן הָעוֹלָם:

À l’origine, le mari pouvait réunir un tribunal ailleurs et annuler le guet sans que l’agent ou la femme le sachent. Rabban Gamliel l’Ancien interdit cette pratique « pour la réparation du monde », afin d’éviter qu’une femme se croie divorcée alors que l’acte avait été secrètement annulé. De même, on régularisa l’usage des différents noms : le guet doit mentionner le nom principal de l’homme et tous les noms pertinents qu’il porte, ainsi que ceux de la femme et de leurs villes, pour éviter les erreurs d’identité.

Gittin 4,3
אֵין אַלְמָנָה נִפְרַעַת מִנִּכְסֵי יְתוֹמִים אֶלָּא בִשְׁבוּעָה. נִמְנְעוּ מִלְּהַשְׁבִּיעָהּ, הִתְקִין רַבָּן גַּמְלִיאֵל הַזָּקֵן שֶׁתְּהֵא נוֹדֶרֶת לַיְתוֹמִים כָּל מַה שֶּׁיִּרְצוּ, וְגוֹבָה כְתֻבָּתָהּ. הָעֵדִים חוֹתְמִין עַל הַגֵּט, מִפְּנֵי תִקּוּן הָעוֹלָם. הִלֵּל הִתְקִין פְּרוֹזְבּוּל מִפְּנֵּי תִקּוּן הָעוֹלָם:

Une veuve ne recouvre normalement sa ketouba sur les biens des orphelins qu’après serment. Lorsque les tribunaux hésitèrent à lui faire prêter ce serment, Rabban Gamliel institua qu’elle puisse faire un vœu selon une formule choisie par les héritiers puis recouvrer sa ketouba. Les témoins signent le guet « pour la réparation du monde », afin de faciliter son authentification. Hillel institua de même le prosboul afin d’éviter que l’année sabbatique n’empêche les prêts et n’aboutisse à la fermeture du crédit.

Gittin 4,4
עֶבֶד שֶׁנִּשְׁבָּה וּפְדָאוּהוּ, אִם לְשׁוּם עֶבֶד, יִשְׁתַּעְבֵּד. אִם לְשׁוּם בֶּן חוֹרִין, לֹא יִשְׁתַּעְבֵּד. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר, בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ יִשְׁתַּעְבֵּד. עֶבֶד שֶׁעֲשָׂאוֹ רַבּוֹ אַפּוֹתִיקִי לַאֲחֵרִים וְשִׁחְרְרוֹ, שׁוּרַת הַדִּין, אֵין הָעֶבֶד חַיָּב כְּלוּם. אֶלָּא מִפְּנֵי תִקּוּן הָעוֹלָם, כּוֹפִין אֶת רַבּוֹ וְעוֹשֶׂה אוֹתוֹ בֶן חוֹרִין, וְכוֹתֵב שְׁטָר עַל דָּמָיו. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר, אֵינוֹ כוֹתֵב אֶלָּא מְשַׁחְרֵר:

Un esclave capturé puis racheté : s’il a été racheté comme esclave, il retourne au service selon l’opinion anonyme ; s’il a été racheté comme homme libre, il ne retourne pas en servitude. Rabban Shimon ben Gamliel le maintient au service dans les deux cas selon son analyse. Un maître avait affecté son esclave comme garantie d’une dette puis l’a affranchi. Selon la stricte logique patrimoniale, l’esclave n’est pas personnellement débiteur ; mais pour la réparation du monde on régularise l’affranchissement et on inscrit la valeur due de manière à protéger le créancier. Rabban Shimon ben Gamliel répartit autrement la responsabilité entre celui qui affranchit et celui qui détenait la garantie.

Gittin 4,5
מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶן חוֹרִין, עוֹבֵד אֶת רַבּוֹ יוֹם אֶחָד וְאֶת עַצְמוֹ יוֹם אֶחָד, דִּבְרֵי בֵית הִלֵּל. אָמְרוּ לָהֶם בֵּית שַׁמַּאי, תִּקַּנְתֶּם אֶת רַבּוֹ, וְאֶת עַצְמוֹ לֹא תִקַּנְתֶּם. לִשָּׂא שִׁפְחָה אִי אֶפְשָׁר, שֶׁכְּבָר חֶצְיוֹ בֶן חוֹרִין. בַּת חוֹרִין אִי אֶפְשָׁר, שֶׁכְּבָר חֶצְיוֹ עָבֶד. יִבָּטֵל, וַהֲלֹא לֹא נִבְרָא הָעוֹלָם אֶלָּא לִפְרִיָּה וְלִרְבִיָּה, שֶׁנֶּאֱמַר (ישעיה מה) לֹא תֹהוּ בְרָאָהּ, לָשֶׁבֶת יְצָרָהּ. אֶלָּא מִפְּנֵי תִקּוּן הָעוֹלָם, כּוֹפִין אֶת רַבּוֹ וְעוֹשֶׂה אוֹתוֹ בֶן חוֹרִין, וְכוֹתֵב שְׁטָר עַל חֲצִי דָמָיו. וְחָזְרוּ בֵית הִלֵּל לְהוֹרוֹת כְּדִבְרֵי בֵית שַׁמָּאי:

Une personne est juridiquement moitié esclave, moitié libre. Hillel proposait qu’elle travaille un jour pour son maître et un jour pour elle-même. Shammaï objecta : cela règle les intérêts du maître mais non la vie de la personne, qui ne peut épouser ni esclave en raison de sa moitié libre, ni femme libre en raison de sa moitié servile. Puisque le monde a été créé « pour être habité », on contraint le maître à l’affranchir complètement, tandis que la personne lui reconnaît une dette correspondant à la moitié restante de sa valeur. Hillel adopta finalement cette solution.

Gittin 4,6
הַמּוֹכֵר עַבְדּוֹ לְגוֹי אוֹ לְחוּצָה לָאָרֶץ, יָצָא בֶן חוֹרִין. אֵין פּוֹדִין אֶת הַשְּׁבוּיִים יוֹתֵר עַל כְּדֵי דְמֵיהֶן, מִפְּנֵי תִקּוּן הָעוֹלָם. וְאֵין מַבְרִיחִין אֶת הַשְּׁבוּיִין, מִפְּנֵי תִקּוּן הָעוֹלָם. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר, מִפְּנֵי תַקָּנַת הַשְּׁבוּיִין. וְאֵין לוֹקְחִים סְפָרִים, תְּפִלִּין וּמְזוּזוֹת מִן הַגּוֹיִם יוֹתֵר עַל כְּדֵי דְמֵיהֶן, מִפְּנֵי תִקּוּן הָעוֹלָם:

Celui qui vend son esclave à un non-Juif ou hors de la terre d’Israël provoque son affranchissement selon la sanction instituée. On ne rachète pas les captifs au-delà d’un prix excessif, « pour la réparation du monde », afin de ne pas encourager les enlèvements ou ruiner la communauté. On ne facilite pas non plus leur évasion d’une manière qui mettrait les autres captifs en danger ; Rabban Shimon ben Gamliel formule cette raison explicitement du point de vue des captifs. On ne rachète pas non plus auprès de non-Juifs rouleaux bibliques, tefillin ou mezouzot à des prix excessifs, pour la même politique communautaire.

Gittin 4,7
הַמּוֹצִיא אֶת אִשְׁתּוֹ מִשּׁוּם שֵׁם רָע, לֹא יַחֲזִיר. מִשּׁוּם נֶדֶר, לֹא יַחֲזִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, כָּל נֶדֶר שֶׁיָּדְעוּ בוֹ רַבִּים, לֹא יַחֲזִיר. וְשֶׁלֹּא יָדְעוּ בוֹ רַבִּים, יַחֲזִיר. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר, כָּל נֶדֶר שֶׁצָּרִיךְ חֲקִירַת חָכָם, לֹא יַחֲזִיר. וְשֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ חֲקִירַת חָכָם, יַחֲזִיר. אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, לֹא אָסְרוּ זֶה אֶלָּא מִפְּנֵי זֶה. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה, מַעֲשֶׂה בְצַיְדָּן בְּאֶחָד שֶׁאָמַר לְאִשְׁתּוֹ, קוֹנָם אִם אֵינִי מְגָרְשֵׁךְ, וְגֵרְשָׁהּ. וְהִתִּירוּ לוֹ חֲכָמִים שֶׁיַּחֲזִירֶנָּה, מִפְּנֵי תִקּוּן הָעוֹלָם:

Un homme divorce de sa femme à cause d’une mauvaise réputation publique ou à cause d’un vœu déterminé : selon la règle, il ne doit pas ensuite la reprendre, afin de ne pas pouvoir prétendre plus tard qu’il aurait gardé le mariage s’il avait connu la vérité et ainsi fragiliser la situation de ses futurs enfants. Rabbi Yehouda distingue les vœux connus publiquement ; Rabbi Meïr ceux qui nécessitent l’intervention d’un sage. Rabbi Eliezer comprend l’interdiction comme un garde-fou général. On rapporte néanmoins à Sidon un cas où un homme avait juré de divorcer : les sages lui permirent ensuite de reprendre sa femme lorsque les conditions montraient que le motif n’était pas celui que l’institution cherchait à prévenir.

Gittin 4,8
הַמּוֹצִיא אֶת אִשְׁתּוֹ מִשּׁוּם אַיְלוֹנִית, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, לֹא יַחֲזִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים, יַחֲזִיר. נִשֵּׂאת לְאַחֵר וְהָיוּ לָהּ בָּנִים הֵימֶנּוּ, וְהִיא תוֹבַעַת כְּתֻבָּתָהּ, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה, אוֹמְרִים לָהּ, שְׁתִיקוּתִיךְ יָפָה לִיךְ מִדִּבּוּרִיךְ:

Un homme divorce de sa femme parce qu’il la croit aylonit. Rabbi Yehouda dit qu’il ne la reprend pas ; les sages le permettent. Si elle épouse ensuite un autre homme et a des enfants, puis réclame sa ketouba au premier mari, Rabbi Yehouda lui fait répondre que le silence lui est préférable : réclamer sur la base du premier diagnostic risquerait de rouvrir la question du premier divorce.

Gittin 4,9
הַמּוֹכֵר אֶת עַצְמוֹ וְאֶת בָּנָיו לְגוֹי, אֵין פּוֹדִין אוֹתוֹ, אֲבָל פּוֹדִין אֶת הַבָּנִים לְאַחַר מִיתַת אֲבִיהֶן. הַמּוֹכֵר שָׂדֵהוּ לְגוֹי וְחָזַר וּלְקָחָהּ מִמֶּנּוּ יִשְׂרָאֵל, הַלּוֹקֵחַ מֵבִיא מִמֶּנּוּ בִכּוּרִים, מִפְּנֵי תִקּוּן הָעוֹלָם:

Celui qui se vend lui-même, ainsi que ses enfants, à un non-Juif de manière répétée n’est pas nécessairement racheté par la communauté, afin de ne pas encourager cette conduite ; ses enfants sont cependant rachetés après la mort du père. Celui qui a vendu un champ de terre d’Israël à un non-Juif et qu’un Israélite le rachète ensuite doit apporter les prémices, mesure instituée afin de décourager la vente de terres du pays.

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