Jérémie
IntroductionJérémie 25
Analyse du texte source · restitution Philologique
La parole qui fut sur Jérémie au sujet de tout le peuple de Juda, dans la quatrième année de Joïaqim fils de Josias, roi de Juda ; elle était la première année de Nabuchodonosor, roi de Babylone. [Datation synchronique explicite du texte.]
Jérémie le prophète parla sur tout le peuple de Juda et vers tous les habitants de Jérusalem, en disant. [`dibber ‘al / el` : parler au sujet de / vers.]
Depuis la treizième année de Josias fils d’Amon jusqu’à ce jour — vingt-trois ans — la parole du SEIGNEUR a été vers moi ; je vous ai parlé `hashkem wedabber`, « me levant tôt et parlant », formule de persévérance prophétique, et vous n’avez pas écouté.
Le SEIGNEUR vous a envoyé tous ses serviteurs les prophètes, `hashkem weshaloah`, « se levant tôt et envoyant » ; mais vous n’avez pas écouté ni incliné votre oreille. [Anthropomorphisme idiomatique de diligence.]
« Revenez donc » traduit `shuvu-na` ; le retour demandé porte sur la `derekh` mauvaise et le mal des `ma‘alalim`, les actes/conduites. La permanence sur la terre est formulée `lemin-‘olam we‘ad-‘olam`.
« N’allez pas après d’autres dieux » : formule d’allégeance cultuelle. `ma‘aseh yedekhem`, « œuvre de vos mains », vise ici le produit idolâtre autant que l’action qui l’accompagne.
Le dernier groupe `lera‘ lakhem` signifie littéralement « pour du mal pour vous » : l’irritation cultuelle aboutit à leur propre malheur.
`Ya‘an asher lo shema‘tem` : « à cause du fait que vous n’avez pas écouté ». La proposition causale introduit l’oracle de jugement.
Nabuchodonosor est appelé `‘avdi`, « mon serviteur » : titre fonctionnel d’instrument du jugement, non approbation morale. `heḥaramtim` : vouer à l’interdit / à la destruction.
La série associe signes sociaux et domestiques de vie normale : `sasson / simḥah`, fiancé/fiancée, meule et lampe.
`shiv‘im shanah`, « soixante-dix ans » ; durée symbolico-historique de domination babylonienne, à comparer avec 29:10.
`paqad ‘al` : visiter / demander compte. L’instrument du jugement reste lui-même moralement responsable ; le texte articule souveraineté divine et culpabilité babylonienne.
La mention de « tout ce qui est écrit dans ce livre » est une indication importante de mise par écrit du corpus prophétique contre les nations.
Le verbe `‘avad` joue sur servir/asservir. La rétribution selon `po‘al` et `ma‘aseh yadayim` reprend le principe de correspondance entre acte et jugement.
`kos hayyayin haḥemah` : « coupe du vin de la fureur/colère ». La coupe est une métaphore internationale du jugement.
`hitgo‘ashu / hitholalu` : chanceler, être agité / se comporter en insensé ou délirer. L’ivresse figure la désorientation du jugement.
L’acte est narré comme accompli prophétiquement : prendre et faire boire la coupe signifie prononcer l’oracle contre chaque nation.
Le catalogue commence par Juda. `kayyom hazzeh`, « comme ce jour », ancre l’oracle dans une situation déjà perceptible au moment de la formulation.
L’Égypte ouvre la série des puissances étrangères nommées après Juda.
`ha‘erev` : population mêlée / mélange de peuples. Le texte énumère ensuite plusieurs centres philistins majeurs.
Édom, Moab et les fils d’Ammon : trois voisins transjordaniens régulièrement associés aux oracles contre les nations.
`ha’i asher be‘ever hayyam` peut désigner île, côte ou territoire maritime au-delà de la mer.
`qetsutse pe’ah` : « ceux qui ont le coin/la tempe coupé(e) », marque culturelle de groupes du désert.
La répétition de `kol-malkhei` universalise progressivement la scène.
`Madai` désigne les Mèdes. L’identification précise de Zimri est incertaine.
`Sheshak` est généralement compris comme cryptogramme atbash de `Babel`, Babylone. Le bourreau impérial est donc lui aussi inclus dans la coupe.
La série impérative `shetu, shikhru, qeyu, niflu` produit une montée : boire, s’enivrer, vomir, tomber.
`shato tishteu` : infinitif absolu + verbe fini, littéralement « boire, vous boirez », construction emphatique d’inéluctabilité.
`hinnaqeh tinnaqu` est une interrogation emphatique suivie de `lo tinnaqu`, « vous ne serez pas acquittés ». Le jugement commence par la ville portant le nom divin.
`sha’og yish’ag` : « rugir, il rugira », intensif ; `hedad` : cri des fouleurs de raisin. Deux images, lion et pressoir, se superposent.
`riv laYHWH baggoyim` : « un procès est au SEIGNEUR avec les nations ». `nishpat ... lekhol basar` : entrer en jugement avec toute chair.
`ra‘ah yotset miggoy el-goy` : le malheur « sort » de nation en nation ; `sa‘ar gadol` : grande tempête.
`ḥallelei YHWH` : transpercés/victimes du SEIGNEUR. La triple négation — ni pleurés, ni recueillis, ni enterrés — marque la privation des rites funéraires.
`addirê hatson` : puissants/maîtres du troupeau. `kikhli ḥemdah` : comme un vase/objet précieux, désirable.
`avad manos` : le refuge/la possibilité de fuir a disparu ; `peletah` : échappée, survivance.
Le renversement pastoral est complet : les bergers deviennent ceux qui hurlent tandis que leur `mar‘it`, pâturage/troupeau, est dévasté.
`ne’ot hashalom` : pâturages/demeures de paix ; le mot `shalom` contraste avec le tumulte du jugement.
Le dernier vers comporte une difficulté : `ḥaron hayyonah` est textuellement obscur ; le contexte exige une puissance dévastatrice. La traduction principale conserve l’idée de destructeur/oppresseur.