Exode
IntroductionExode 5
Analyse du texte source · restitution Philologique
חָגַג, « célébrer une fête », renvoie à une célébration cultuelle et non à un simple divertissement. שַׁלַּח signifie « envoyer, laisser partir, renvoyer » et deviendra un verbe structurant du conflit avec Pharaon.
Le verset juxtapose deux refus : reconnaître YHWH et renvoyer Israël. יָדַע, « connaître », dépasse ici l’information nominale et engage la reconnaissance d’autorité ; la suite du récit répondra à la question « Qui est YHWH ? ».
נִקְרָא עָלֵינוּ est une tournure difficile, littéralement « s’est rencontré sur nous / nous est survenu », comprise comme manifestation ou rencontre divine. פגע, au second membre, signifie aussi « rencontrer, atteindre » et prend ici une valeur menaçante.
תַּפְרִיעוּ vient de פרע, avec l’idée de relâcher, laisser aller, soustraire à une tâche. סִבְלֹת, « fardeaux/corvées », reprend le vocabulaire de l’oppression déjà rencontré en 1,11 et 2,11.
Pharaon dit : « Voici, le peuple du pays est maintenant nombreux, et vous les faites cesser de leurs fardeaux. »
נֹגְשִׂים désigne ceux qui pressent et imposent le travail ; שֹׁטְרִים des agents/contremaîtres chargés de l’exécution. La hiérarchie administrative de la corvée est donc explicitement distinguée.
כִּתְמוֹל שִׁלְשֹׁם, litt. « comme hier, avant-hier », est un idiome pour « comme auparavant ». לִלְבֹּן הַלְּבֵנִים joue sur la même racine : litt. « briqueter les briques ».
מַתְכֹּנֶת désigne la quantité ou norme imposée. נִרְפִּים, « relâchés », est l’accusation de Pharaon traduite fonctionnellement par « paresseux » en Clarté/Proclamation ; elle ne décrit pas objectivement l’état des travailleurs.
דִּבְרֵי־שָׁקֶר est le jugement de Pharaon sur la demande cultuelle : « paroles de mensonge / vaines ». La traduction ne doit pas adopter cette qualification comme jugement narratif du texte lui-même.
La formule כֹּה אָמַר, « ainsi a dit », imite formellement la formule de messager déjà employée pour YHWH en 5,1 : Pharaon oppose ici sa propre parole souveraine à la parole divine.
Le contraste est absolu : la matière première est supprimée, mais עֲבֹדָה, la charge de service/travail, reste intacte. Cette tension structure tout le reste du chapitre.
קַשׁ désigne ici le chaume, ramassé comme substitut à תֶּבֶן, la paille préparée. Le changement de matériau accroît le temps de collecte sans réduire la production exigée.
אָצִים exprime la pression urgente. דְּבַר־יוֹם בְּיוֹמוֹ, litt. « affaire d’un jour en son jour », désigne le quota journalier exigé sans interruption.
חֹק désigne ici la prescription ou quota assigné. Le verset montre que les שֹׁטְרִים israélites sont eux-mêmes battus par l’échelon égyptien supérieur lorsqu’ils n’atteignent pas la norme.
Les contremaîtres des fils d’Israël vinrent et crièrent vers Pharaon, disant : « Pourquoi agis-tu ainsi envers tes serviteurs ? »
La fin וְחָטָאת עַמֶּךָ est textuellement et syntaxiquement difficile. Le consonantisme massorétique se prête à « et ton peuple est en faute / a péché », tandis que d’autres analyses discutent le rattachement syntaxique. Déployée garde l’alternative visible.
Le redoublement נִרְפִּים אַתֶּם נִרְפִּים intensifie l’accusation. La traduction « paresseux » restitue l’insulte en français courant ; « relâchés » préserve plus directement la valeur lexicale.
עִבְדוּ est l’impératif de עבד, « servir/travailler ». Le même verbe sert à dire le service rendu à Pharaon et, ailleurs, le service cultuel rendu à YHWH : le récit met ces deux maîtrises en tension.
בְּרָע, litt. « dans le mal », décrit leur situation devenue intenable. La formule quotidienne reprend 5,13 et souligne la fixité du quota malgré la suppression de la paille.
פגע signifie ici simplement « rencontrer ». Le participe נִצָּבִים, « se tenant debout », indique que Moïse et Aaron les attendent à leur sortie de l’audience.
הִבְאַשְׁתֶּם אֶת־רֵיחֵנוּ, litt. « vous avez fait puer notre odeur », est un idiome de réputation devenue odieuse. L’image de l’épée « mise dans leur main » traduit le sentiment que l’intervention de Moïse a fourni un prétexte à la violence.
הֲרֵעֹתָה, hifil de רעע, signifie litt. « faire du mal / rendre mauvaise la situation ». Le texte laisse Moïse imputer directement à Dieu l’aggravation de la condition du peuple ; la traduction ne doit pas atténuer cette plainte.
הַצֵּל לֹא־הִצַּלְתָּ associe infinitif absolu et verbe conjugué : litt. « délivrer, tu n’as pas délivré », négation fortement emphatique. Le reproche ferme le chapitre sur l’écart entre la promesse de 3,8 et l’expérience immédiate du peuple.