2 Rois
Introduction2 Rois 3
Analyse du texte source · restitution Philologique
Et Yehoram fils d’Achab régna sur Israël à Samarie dans la dix-huitième année de Josaphat, roi de Juda ; il régna douze ans. [Synchronisme annalistique standard ; le règne de Joram est situé par rapport à Josaphat.]
Il fit le mal aux yeux de YHWH, seulement pas comme son père et comme sa mère ; il ôta la `matsevat habba‘al` que son père avait faite. [`matsevat habba‘al` : stèle cultuelle de Baal. Le narrateur nuance l’évaluation de Joram sans l’absoudre.]
Seulement, aux péchés de Jéroboam fils de Nebat, qui fit pécher Israël, il resta `daveq` ; il ne s’en détourna pas. [`daveq` : « il s’attacha/resta collé » aux péchés de Jéroboam ; contraste avec l’enlèvement de la stèle de Baal.]
Et Mésha, roi de Moab, était `noqed`; il faisait revenir au roi d’Israël cent mille agneaux et cent mille béliers, laine. [`noqed` : éleveur/propriétaire de petit bétail. La syntaxe de `me’ah elef ’elim tsamer` peut être comprise comme cent mille béliers « en laine », tribut en animaux et laine.]
Et il arriva, à la mort d’Achab, que le roi de Moab se révolta contre le roi d’Israël. [Reprise narrative de 2 R 1,1 ; `pasha‘ be` marque la rupture de vassalité.]
Et le roi Yehoram sortit ce jour-là de Samarie et `wayyifqod` tout Israël. [`wayyifqod` : recenser/passer en revue/mobiliser les troupes.]
Et il envoya vers Josaphat, roi de Juda… « Moi comme toi, mon peuple comme ton peuple, mes chevaux comme tes chevaux. » [La formule d’alliance reprend presque mot pour mot 1 R 22,4.]
Il dit : « Quel chemin monterons-nous ? » Et il dit : « Le chemin du désert d’Édom. » [L’itinéraire contourne Moab par le sud et implique le roi d’Édom au v. 9.]
Et allèrent le roi d’Israël, le roi de Juda et le roi d’Édom ; ils tournèrent un chemin de sept jours, et il n’y avait pas d’eau pour le camp ni pour la bête qui était à leurs pieds. [`wayyasobbu derekh shiv‘at yamim` : ils tournèrent/contournèrent pendant sept jours ; le manque d’eau devient la crise centrale.]
Et le roi d’Israël dit : « Ah ! Car YHWH a appelé ces trois rois pour les donner dans la main de Moab ! » [`qara’` signifie ici appeler/rassembler ; Joram interprète immédiatement la crise comme dessein divin de défaite.]
Et Josaphat dit : « N’y a-t-il pas ici un prophète pour YHWH, et que nous `darash` YHWH d’auprès de lui ? »… « Ici Élisée fils de Shaphat, qui versait l’eau sur les mains d’Élie. » [« Verser l’eau sur les mains » décrit le service personnel d’Élisée auprès d’Élie et fonctionne comme attestation de sa succession.]
Josaphat dit : « Il y a avec lui la parole de YHWH. » Et descendirent vers lui le roi d’Israël, Josaphat et le roi d’Édom. [`yesh ’oto devar YHWH` : litt. « il y a avec lui la parole de YHWH » ; reconnaissance de l’autorité prophétique.]
Élisée dit au roi d’Israël : « Qu’ai-je à faire avec toi ? Va vers les prophètes de ton père et de ta mère ! » Le roi d’Israël lui répondit : « Non, car YHWH a appelé ces trois rois pour les livrer aux mains de Moab. » [`mah-li walakh` est un idiome de prise de distance : « Qu’y a-t-il à moi et à toi ? » Les « prophètes de ton père et de ta mère » renvoient au milieu cultuel d’Achab et Jézabel.]
Élisée dit : « Vie de YHWH des armées, devant qui je me tiens : si je ne portais la face de Josaphat, roi de Juda, je ne regarderais vers toi ni ne te verrais. » [`nosa’ panim` : porter/élever la face, idiome de considération ou faveur. L’oracle est accordé à cause de Josaphat, non de Joram.]
« Et maintenant, prenez-moi un `menaggen`. » Et il arriva, comme jouait le musicien, que la main de YHWH fut sur lui. [`menaggen` : joueur/musicien ; la musique précède la venue de « la main de YHWH » sur le prophète, formule d’impulsion prophétique.]
Et il dit : « Ainsi parle YHWH : faites de ce torrent `gevim gevim`. » [`gevim gevim` : répétition intensive, « fosses/fossés, fossés » ; il s’agit de préparer des réceptacles pour l’eau.]
Car ainsi parle YHWH : « Vous ne verrez pas de `rouaḥ`, vous ne verrez pas de pluie, et ce torrent sera rempli d’eaux ; vous boirez, vous, vos troupeaux et vos bêtes. » [L’absence visible de vent et de pluie souligne le caractère inattendu de l’approvisionnement ; le v. 20 précise que l’eau vient du côté d’Édom.]
Et légère est cette chose aux yeux de YHWH ; il donnera aussi Moab dans votre main. [`venaqal zot be‘enei YHWH` : « cela est léger/petit aux yeux de YHWH » ; l’eau n’est que la première partie de l’oracle.]
Et vous frapperez toute ville fortifiée, toute ville de choix ; tout bon arbre vous ferez tomber, toute source d’eaux vous boucherez, et toute bonne parcelle vous ferez souffrir par les pierres. [Le commandement inclut destruction d’arbres et obstruction des eaux ; tension à relever avec Dt 20,19–20, dont le contexte porte sur les arbres de siège en Canaan.]
Et il arriva au matin, à la montée de la `minḥah` : voici des eaux venant du chemin d’Édom, et la terre fut remplie des eaux. [`ka‘alot hamminḥah` : au moment de la montée de l’offrande ; repère cultuel temporel. L’eau arrive `midderekh ’Edom`.]
Et tout Moab entendit que les rois étaient montés pour combattre contre eux ; ils furent convoqués, depuis tout `ḥoger ḥagorah` et au-dessus, et se tinrent sur la frontière. [`mikkol ḥoger ḥagorah wama‘lah` : litt. « depuis tout ceignant une ceinture et au-dessus », idiome pour les hommes aptes au combat.]
Ils se levèrent tôt le matin, et le soleil resplendit sur les eaux ; Moab vit, d’en face, les eaux rouges comme le sang. [Le phénomène est décrit du point de vue moabite : réflexion solaire sur l’eau, interprétée ensuite comme sang.]
Et ils dirent : « Du sang, ceci ! `Haḥarev neḥervu` les rois, et ils ont frappé chacun son compagnon. Maintenant, au butin, Moab ! » [`haḥarev neḥervu` est une construction intensive difficile : « détruire, ils se sont détruits » ; les Moabites concluent à une lutte interne de la coalition.]
Ils vinrent au camp d’Israël ; Israël se leva et frappa Moab, et ils s’enfuirent de devant eux ; ils entrèrent en elle, frappant Moab. [Le texte hébreu de la seconde moitié est difficile/irrégulier ; le sens général est la poursuite de l’attaque dans le territoire moabite.]
Les villes ils démolirent ; toute bonne parcelle, chacun jeta sa pierre et ils la remplirent ; toute source d’eaux ils bouchèrent, tout bon arbre ils firent tomber, jusqu’à ne laisser que ses pierres dans Qir-Haréset ; les frondeurs l’encerclèrent et la frappèrent. [`Qir-Ḥareset` est le dernier point fort mentionné. Le texte accomplit point par point l’oracle du v. 19.]
Et le roi de Moab vit que la guerre était forte au-dessus de lui ; il prit avec lui sept cents hommes tirant l’épée pour faire brèche vers le roi d’Édom, et ils ne purent. [La tentative vise le roi d’Édom, probablement maillon le plus vulnérable de la coalition ; le texte n’en donne pas la raison.]
Et il prit son fils, le premier-né qui devait régner à sa place, et le fit monter `‘olah` sur la muraille ; et il y eut un `qetsef gadol` contre Israël. Ils partirent de dessus lui et retournèrent au pays. [Le sujet de `qetsef gadol ‘al-Yisrael` (« grande colère/indignation contre Israël ») n’est pas identifié. Le texte ne précise ni de qui vient cette colère ni le mécanisme par lequel le sacrifice provoque le retrait ; toute explicitation serait conjecturale.]