Comment se déroule le jeûne public ? On sort l’arche de la synagogue sur la place de la ville. On place des cendres de bois sur l’arche, sur la tête du chef de la communauté et sur celle du président du tribunal ; chacun met aussi des cendres sur sa propre tête. Le plus ancien prononce alors des paroles d’exhortation : « Nos frères, il n’est pas dit des habitants de Ninive que Dieu vit leurs sacs et leur jeûne, mais qu’il vit leurs œuvres, parce qu’ils revinrent de leur mauvaise voie. » Et Joël dit : « Déchirez vos cœurs, non vos vêtements. »
Note philologique. La Mishnah insiste sur la conversion des actes, non sur le jeûne en lui-même, en prenant Ninive comme modèle.
Lorsqu’ils se mettent à prier, on fait descendre devant l’arche un ancien habitué à la prière, père de famille, dont la maison est pauvre, afin que son cœur soit entièrement engagé. Il récite devant eux vingt-quatre bénédictions : les dix-huit habituelles et six supplémentaires.
Les six ajouts utilisent les passages des Souvenirs et des Shofars, puis les psaumes « Vers le Seigneur, dans ma détresse, j’ai crié », « Je lève mes yeux vers les montagnes », « Des profondeurs je t’appelle, Seigneur » et « Prière du pauvre lorsqu’il défaille ». Rabbi Yehouda dit qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser Souvenirs et Shofars ; il les remplace par des passages bibliques sur famine et sécheresse, puis conclut chaque section par une bénédiction appropriée.
À la première section on dit : « Celui qui répondit à Abraham sur le mont Moria vous répondra et entendra aujourd’hui votre cri. Béni sois-tu, Seigneur, qui délivres Israël. » À la deuxième : « Celui qui répondit à nos pères près de la mer Rouge vous répondra… Béni sois-tu, Seigneur, qui te souviens de ce qui est oublié. » À la troisième : « Celui qui répondit à Josué à Guilgal… Béni sois-tu, Seigneur, qui entends la teroua. » À la quatrième : « Celui qui répondit à Samuel à Mitspa… Béni sois-tu, Seigneur, qui entends le cri. » À la cinquième : « Celui qui répondit à Élie au mont Carmel… Béni sois-tu, Seigneur, qui entends la prière. » À la sixième : « Celui qui répondit à Jonas dans les entrailles du poisson… Béni sois-tu, Seigneur, qui réponds au temps de détresse. » À la septième : « Celui qui répondit à David et à Salomon son fils à Jérusalem… Béni sois-tu, Seigneur, qui as compassion de la terre. »
Il arriva aux jours de Rabbi Halafta et Rabbi Hanania ben Teradion qu’un officiant acheva toute la bénédiction sans que l’assemblée réponde « Amen ». Les prêtres sonnèrent ensuite, puis on proclama : « Celui qui répondit à Abraham notre père au mont Moria vous répondra… » Puis ils firent retentir une teroua et l’on proclama la réponse divine à nos pères près de la mer Rouge. Lorsque cette pratique fut rapportée aux sages, ils dirent : « Nous ne pratiquions ainsi qu’à la Porte orientale et sur le mont du Temple. »
Lors des trois premiers jeûnes, selon Rabbi Josué, les prêtres de garde jeûnent mais n’achèvent pas toute la journée ; les membres du groupe sacerdotal de service ce jour-là ne jeûnent pas. Lors des trois suivants, les prêtres de garde jeûnent complètement et les membres du groupe du jour jeûnent sans achever. Lors des sept derniers, tous jeûnent complètement. Les sages sont plus indulgents : lors des trois premiers, aucun ne jeûne ; lors des trois suivants, seuls les prêtres de garde jeûnent sans achever ; lors des sept derniers, les prêtres de garde jeûnent complètement et ceux du groupe du jour sans achever.
Les prêtres de garde peuvent boire du vin la nuit mais non le jour. Les membres du groupe sacerdotal affecté au service du jour n’en boivent ni jour ni nuit. Les prêtres de garde et les membres du maamad ne se coupent pas les cheveux et ne lavent pas leurs vêtements pendant leur semaine de service ; le jeudi, ils peuvent le faire en l’honneur du sabbat.
Pour les jours mentionnés dans la Megillat Taanit comme interdits d’éloge funèbre, le jour précédent est également interdit et le lendemain permis ; Rabbi Yossi interdit les deux. Pour les jours où seul le jeûne est interdit, le jour précédent et le lendemain sont permis ; Rabbi Yossi interdit le jour précédent mais permet le lendemain.
On ne commence pas une série de jeûnes publics un jeudi afin de ne pas provoquer une hausse soudaine des prix à l’approche du sabbat. Les trois premiers sont donc lundi, jeudi, lundi ; les trois suivants jeudi, lundi, jeudi. Rabbi Yossi dit que, de même qu’on ne commence pas les premiers un jeudi, on ne commence pas non plus les séries suivantes un jeudi.
On ne décrète pas un jeûne public pour Rosh Hodesh, Hanoucca ou Pourim. Si une série avait déjà commencé, on ne l’interrompt pas, selon Rabban Gamliel. Rabbi Meïr précise : même s’il dit qu’on ne l’interrompt pas, Rabban Gamliel reconnaît qu’on n’achève pas entièrement le jeûne ce jour-là. La même règle est évoquée pour un neuf Av tombant un vendredi.