La cérémonie de la génisse à la nuque brisée se fait en hébreu. Lorsqu’un cadavre est trouvé sans meurtrier connu, trois membres du grand tribunal de Jérusalem sortent pour effectuer la mesure vers les villes voisines ; Rabbi Yehouda en exige cinq, interprétant « tes anciens » comme deux, « tes juges » comme deux, puis ajoutant un cinquième afin que le tribunal ne soit pas pair.
La cérémonie ne s’applique pas si le corps est enfoui sous un amas, suspendu à un arbre ou flottant sur l’eau, la Mishnah interprétant littéralement les mots « dans la terre », « tombé » et « dans le champ ». Elle ne s’applique pas non plus près d’une frontière dangereuse, d’une ville à majorité non juive ou d’une ville sans tribunal. On ne mesure que vers une ville disposant d’un tribunal. Si le corps se trouve exactement entre deux villes, Rabbi Eliezer fait apporter deux génisses. Jérusalem n’apporte pas de génisse à la nuque brisée.
Si la tête du mort est trouvée à un endroit et le corps ailleurs, Rabbi Eliezer dit qu’on déplace la tête vers le corps pour établir le point de mesure ; Rabbi Aqiva dit qu’on déplace le corps vers la tête.
D’où mesure-t-on la distance ? Rabbi Eliezer : depuis le nombril. Rabbi Aqiva : depuis le nez. Rabbi Eliezer ben Yaakov : depuis l’endroit où la personne a été mortellement atteinte, qu’il situe au cou dans le cas ordinaire décrit.
Une fois la mesure accomplie, les anciens de Jérusalem repartent. Les anciens de la ville la plus proche prennent une jeune vache qui n’a jamais travaillé ni tiré sous le joug. Un défaut physique ne l’invalide pas automatiquement comme un sacrifice. Ils la font descendre dans un nahal etan, compris d’abord comme un lieu dur ou non travaillé ; même si le terrain n’a pas cette qualité parfaite, le rite peut demeurer valable. On lui brise la nuque avec un couperet par derrière. Le lieu devient interdit au labour et aux semailles, mais certains travaux sans culture, comme peigner le lin ou tailler des pierres, y restent permis.
Les anciens de la ville se lavent les mains à l’endroit du rite et disent : « Nos mains n’ont pas répandu ce sang et nos yeux n’ont pas vu. » La Mishnah demande : soupçonne-t-on vraiment les juges d’avoir tué ? Elle répond que la déclaration signifie : cet homme n’est pas venu devant nous sans que nous l’ayons renvoyé sans nourriture, et nous ne l’avons pas vu partir sans accompagnement ou protection. Les prêtres disent ensuite : « Pardonne à ton peuple Israël que tu as racheté, Seigneur, et ne place pas le sang innocent au milieu de ton peuple Israël. » La phrase suivante, « le sang leur sera pardonné », est comprise comme une assurance divine : si vous accomplissez ainsi la procédure, l’expiation est accordée.
Si le meurtrier est découvert avant la mise à mort de la génisse, celle-ci retourne au troupeau. S’il est découvert après que la génisse a été mise à mort, elle est enterrée sur place : elle avait été apportée pour un doute et a déjà accompli son rôle expiatoire sur ce doute. Si le meurtrier est ensuite identifié avec les preuves nécessaires, il reste néanmoins soumis au jugement pour le meurtre.
Un témoin dit : « J’ai vu le meurtrier », un autre : « Tu ne l’as pas vu » ; ou une femme affirme avoir vu et une autre le nie : la cérémonie a lieu. Si un témoin affirme avoir vu et deux le contredisent, elle a lieu. Si deux disent avoir vu et un seul les contredit, elle n’a pas lieu, parce qu’une identification suffisamment établie du meurtrier supprime le cas d’un homicide inconnu.
Lorsque les meurtriers se multiplièrent, la cérémonie de la génisse à la nuque brisée cessa, puisqu’elle avait pour fonction un homicide exceptionnel dont l’auteur restait inconnu. La Mishnah associe cette période à Eliezer ben Dinaï, surnommé d’abord Tehina ben Perisha puis « fils du meurtrier ». Lorsque les adultères se multiplièrent, les eaux amères cessèrent aussi ; Rabban Yohanan ben Zakkaï mit fin à leur usage et cita Osée 4, qui dénonce une société où l’infidélité n’est plus l’exception. À la mort de Yossi ben Yoezer de Tsereda et Yossi ben Yohanan de Jérusalem, « les grappes » — image des sages accomplis — disparurent, selon une lecture de Michée 7.
Note philologique. La Mishnah affirme explicitement que la procédure des eaux amères fut abandonnée lorsque l’adultère devint trop fréquent.
Yohanan le grand prêtre mit fin à la confession des dîmes dans les conditions historiques de son époque. Il abolit aussi certaines pratiques appelées « éveilleurs » et « frappeurs ». Jusqu’à ses jours, le bruit du marteau retentissait encore à Jérusalem dans certaines activités ; sous lui, la surveillance du demai fut organisée de telle manière qu’on n’avait plus besoin d’interroger individuellement chaque vendeur selon l’ancienne procédure.
Lorsque le Sanhédrin cessa de fonctionner, le chant disparut des maisons de banquet, conformément à la lecture d’Isaïe : « On ne boit plus le vin au son des chants. »
Lorsque les premiers prophètes disparurent, les Urim et Tummim cessèrent. Après la destruction du Temple disparurent aussi le shamir, certains produits réputés exceptionnels et les hommes de fidélité exemplaire. Rabban Shimon ben Gamliel rapporte au nom de Rabbi Josué qu’à partir de la destruction il n’y a pas de jour sans quelque malédiction, que la rosée ne descend plus avec la même bénédiction et que la saveur des fruits s’est amoindrie. Rabbi Yossi ajoute que leur richesse ou leur « graisse » s’est également réduite.
Rabbi Shimon ben Elazar dit : l’abandon de la pureté a retiré goût et parfum ; la négligence des dîmes a retiré la richesse du grain. Les sages ajoutent une formule morale plus générale : débauche et pratiques magiques ont tout consumé.
Pendant la guerre de Vespasien, les sages interdirent certaines couronnes nuptiales des hommes et certains instruments ou ornements musicaux. Pendant la guerre de Titus, ils interdirent certaines couronnes nuptiales des femmes et l’enseignement systématique du grec aux fils selon le contexte politique du temps. Lors de la dernière guerre, ils interdirent à la mariée de circuler en palanquin dans la ville ; les maîtres ultérieurs assouplirent cette dernière interdiction.
La conclusion énumère ce qui, selon la mémoire rabbinique, disparut avec plusieurs maîtres : avec Rabbi Meïr, les auteurs de paraboles ; avec Ben Azzai, les assidus ; avec Ben Zoma, les grands interprètes ; avec Rabbi Josué, une forme de bonté ; avec Rabban Shimon ben Gamliel, la prospérité et la sécurité ; avec Rabbi Elazar ben Azaria, la richesse des sages ; avec Rabbi Aqiva, l’honneur de la Torah ; avec Rabbi Hanina ben Dosa, les hommes d’action spirituelle ; avec Rabbi Yossi Qetonta, les derniers hassidim ; avec Rabban Yohanan ben Zakkaï, l’éclat de la sagesse ; avec Rabban Gamliel l’Ancien, l’honneur de la Torah, la pureté et l’abstinence ; avec Rabbi Yishmaël ben Pavi, l’éclat du sacerdoce ; avec Rabbi Yehouda HaNassi, l’humilité et la crainte du péché. Rabbi Pinhas ben Yaïr décrit ensuite le monde après la destruction : les hommes intègres se font rares, les violents et les beaux parleurs dominent, et l’on ne sait plus sur qui s’appuyer sinon « notre Père qui est aux cieux ». Une tradition eschatologique décrit les « talons du Messie » comme un temps d’insolence, de cherté, de confusion religieuse, d’effondrement social et de vérité absente. Le traité se clôt par une chaîne d’élévation : empressement conduit à propreté morale, propreté à pureté, pureté à abstinence, abstinence à sainteté, sainteté à humilité, humilité à crainte du péché, crainte à piété, piété à esprit saint, esprit saint à résurrection des morts ; et la résurrection est reliée à Élie, de mémoire bénie. Amen.
Note philologique. La conclusion du traité rassemble une mémoire de pertes institutionnelles et une chaîne spirituelle allant de l’empressement à la résurrection.