Si le tribunal ne connaît pas personnellement un témoin, on envoie avec lui une personne capable d’attester son identité. À l’origine, on recevait le témoignage du mois de toute personne. Lorsque certains groupes commencèrent à falsifier les témoignages, on institua de ne plus recevoir que les témoins connus ou authentifiés.
Mishnah · Moed · Rosh Hashanah
Mishnah Rosh Hashanah — chapitre 2
Texte hébreu et traduction française originale, unité par unité.
Texte de base : Torat Emet 357, domaine public via Sefaria. Collation critique et annotation à poursuivre avant tout statut supérieur.
À l’origine, on annonçait la fixation du mois par des feux allumés de montagne en montagne. Lorsque les Koutéens perturbèrent volontairement ce système, on institua l’envoi de messagers.
Comment allumait-on les feux ? On prenait de longues perches de cèdre, des roseaux, du bois résineux et de l’étoupe de lin, liés ensemble par une corde. On montait au sommet de la montagne, on allumait le feu puis on le balançait de côté en côté, en haut et en bas, jusqu’à voir le signal identique sur la montagne suivante, puis sur la suivante.
D’où partaient les feux ? Du mont des Oliviers vers Sartaba, de Sartaba vers Grofina, de Grofina vers Havran, de Havran vers Beit Baltin. À Beit Baltin, on continuait de balancer la torche jusqu’à ce que tout l’exil babylonien apparaisse comme une vaste mer de feux.
Il y avait à Jérusalem une grande cour appelée Beit Yaazek où tous les témoins se rassemblaient et où le tribunal les examinait. On leur préparait de grands repas afin qu’ils prennent l’habitude de venir témoigner. À l’origine, ils ne pouvaient quitter cette cour de toute la journée après avoir profané le sabbat pour venir. Rabban Gamliel l’Ancien institua qu’ils disposent ensuite de deux mille coudées dans chaque direction. La même règle fut appliquée à la sage-femme venue assister un accouchement et à toute personne venue sauver d’un incendie, de soldats, d’une rivière ou d’un effondrement : elles sont traitées comme les habitants de la ville et disposent de deux mille coudées dans chaque direction.
Comment examinait-on les témoins ? On commençait par la première paire arrivée. On faisait entrer d’abord le plus important et on lui demandait : « Comment as-tu vu la lune ? Était-elle devant le soleil ou derrière lui ? Au nord ou au sud ? À quelle hauteur ? Dans quelle direction inclinait-elle ? Quelle était la largeur du croissant ? » Si le témoin disait qu’elle se trouvait devant le soleil dans une configuration astronomiquement impossible, son témoignage était rejeté. On faisait ensuite entrer le second et on comparait les réponses. Si elles concordaient, le témoignage était accepté. Les autres paires étaient ensuite interrogées plus brièvement, non parce qu’on avait encore besoin d’elles, mais afin qu’elles ne repartent pas découragées et continuent à venir à l’avenir.
Le président du tribunal proclame : « Le mois est consacré », et tout le peuple répond : « Consacré, consacré. » Que le croissant soit apparu au moment attendu ou non, le tribunal procède à la proclamation. Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadoq dit : si le croissant n’a pas été vu au moment attendu, il n’est pas nécessaire de proclamer le nouveau mois, puisqu’il est déjà déterminé par l’ordre des jours.
Rabban Gamliel possédait sur une tablette et sur le mur de son étage des représentations des différentes formes possibles du croissant lunaire ; il les montrait à des témoins peu instruits en leur demandant : « L’as-tu vu comme ceci ou comme cela ? » Deux témoins vinrent un jour dire : « Nous l’avons vu le matin à l’est et le soir à l’ouest. » Rabbi Yohanan ben Nouri déclara leur témoignage faux ; Rabban Gamliel l’accepta lorsqu’ils arrivèrent à Yavné. Deux autres dirent : « Nous l’avons vu au moment prévu, mais il n’était plus visible la nuit suivante où nous pensions que le mois devait être prolongé. » Rabban Gamliel les accepta. Rabbi Dosa ben Harkinas protesta : « Ce sont de faux témoins. Peut-on témoigner qu’une femme a accouché puis, le lendemain, voir encore son ventre entre ses dents ? » Rabbi Josué approuva son objection.
Rabban Gamliel envoya alors à Rabbi Josué : « Je t’ordonne de venir auprès de moi avec ton bâton et ton argent le jour qui, selon ton propre calcul, devrait être Yom Kippour. » Rabbi Aqiva trouva Rabbi Josué affligé et lui expliqua que toute décision calendérique prise par Rabban Gamliel devait être tenue pour valide, puisque la Torah dit : « les temps fixés que vous proclamerez » — qu’ils soient proclamés au moment attendu ou non, ce sont eux les temps fixés d’Israël. Rabbi Josué alla ensuite auprès de Rabbi Dosa ben Harkinas, qui lui dit : « Si nous voulons remettre en cause le tribunal de Rabban Gamliel, il faudrait remettre en cause chaque tribunal depuis Moïse. Les noms des anciens ne sont pas tous donnés précisément pour enseigner que tout tribunal légitimement établi en Israël possède son autorité. » Rabbi Josué prit alors son bâton et son argent et se rendit à Yavné le jour qui, selon son calcul, était Yom Kippour. Rabban Gamliel se leva, l’embrassa sur la tête et lui dit : « Viens en paix, mon maître et mon disciple : mon maître en sagesse, mon disciple parce que tu as accepté ma décision. »
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