Mishnah · Moed · Pesahim

Mishnah Pesahim — chapitre 10

Texte hébreu et traduction française originale, unité par unité.

S0 · édition évolutive9 mishnayotHébreu · français

Texte de base : Torat Emet 357, domaine public via Sefaria. Collation critique et annotation à poursuivre avant tout statut supérieur.

Pesahim 10,1
עַרְבֵי פְסָחִים סָמוּךְ לַמִּנְחָה, לֹא יֹאכַל אָדָם עַד שֶׁתֶּחְשָׁךְ. וַאֲפִלּוּ עָנִי שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל לֹא יֹאכַל עַד שֶׁיָּסֵב. וְלֹא יִפְחֲתוּ לוֹ מֵאַרְבַּע כּוֹסוֹת שֶׁל יַיִן, וַאֲפִלּוּ מִן הַתַּמְחוּי:

La veille de Pessah, à l’approche de Minha, une personne ne mange plus jusqu’à la nuit afin d’aborder le repas avec appétit. Même le pauvre d’Israël ne mange pas le repas pascal avant de s’être installé en position de liberté pour le repas. La communauté veille à ce qu’il ne reçoive pas moins de quatre coupes de vin, même si elles doivent provenir de la caisse de charité.

Pesahim 10,2
מָזְגוּ לוֹ כוֹס רִאשׁוֹן, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים, מְבָרֵךְ עַל הַיּוֹם, וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַיָּיִן. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים, מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן, וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַיּוֹם:

On verse la première coupe. La maison de Shammaï dit : on prononce d’abord la bénédiction sur le jour, puis sur le vin. La maison de Hillel dit : on prononce d’abord la bénédiction sur le vin, puis celle sur le jour.

Pesahim 10,3
הֵבִיאוּ לְפָנָיו, מְטַבֵּל בַּחֲזֶרֶת, עַד שֶׁמַּגִּיעַ לְפַרְפֶּרֶת הַפַּת. הֵבִיאוּ לְפָנָיו מַצָּה וַחֲזֶרֶת וַחֲרֹסֶת וּשְׁנֵי תַבְשִׁילִין, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין חֲרֹסֶת מִצְוָה. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי צָדוֹק אוֹמֵר, מִצְוָה. וּבַמִּקְדָּשׁ הָיוּ מְבִיאִים לְפָנָיו גּוּפוֹ שֶׁל פָּסַח:

On apporte les premiers aliments ; la personne trempe et mange de la laitue ou un autre légume jusqu’à parvenir à la partie du repas accompagnant le pain. Puis on apporte devant elle matsa, laitue, haroset et deux plats cuisinés. La Mishnah indique que le haroset n’est pas, selon l’opinion anonyme, une obligation en lui-même ; Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadoq dit qu’il constitue une mitsva. À l’époque du Temple, on apportait aussi devant le convive le corps même du sacrifice pascal.

Pesahim 10,4
מָזְגוּ לוֹ כוֹס שֵׁנִי, וְכָאן הַבֵּן שׁוֹאֵל אָבִיו, וְאִם אֵין דַּעַת בַּבֵּן, אָבִיו מְלַמְּדוֹ, מַה נִּשְׁתַּנָּה הַלַּיְלָה הַזֶּה מִכָּל הַלֵּילוֹת, שֶׁבְּכָל הַלֵּילוֹת אָנוּ אוֹכְלִין חָמֵץ וּמַצָּה, הַלַּיְלָה הַזֶּה כֻלּוֹ מַצָּה. שֶׁבְּכָל הַלֵּילוֹת אָנוּ אוֹכְלִין שְׁאָר יְרָקוֹת, הַלַּיְלָה הַזֶּה מָרוֹר. שֶׁבְּכָל הַלֵּילוֹת אָנוּ אוֹכְלִין בָּשָׂר צָלִי, שָׁלוּק, וּמְבֻשָּׁל, הַלַּיְלָה הַזֶּה כֻלּוֹ צָלִי. שֶׁבְּכָל הַלֵּילוֹת אָנוּ מַטְבִּילִין פַּעַם אַחַת, הַלַּיְלָה הַזֶּה שְׁתֵּי פְעָמִים. וּלְפִי דַעְתּוֹ שֶׁל בֵּן, אָבִיו מְלַמְּדוֹ. מַתְחִיל בִּגְנוּת וּמְסַיֵּם בְּשֶׁבַח, וְדוֹרֵשׁ מֵאֲרַמִּי אוֹבֵד אָבִי, עַד שֶׁיִּגְמֹר כֹּל הַפָּרָשָׁה כֻלָּהּ:

On verse la deuxième coupe, et c’est ici que l’enfant interroge son père. S’il ne sait pas poser les questions, son père les lui enseigne : pourquoi cette nuit est-elle différente des autres nuits ? Les autres nuits nous pouvons manger hamets ou matsa ; cette nuit, seulement matsa. Les autres nuits nous mangeons toutes sortes de légumes ; cette nuit, maror. À l’époque du sacrifice, les autres nuits la viande pouvait être rôtie, bouillie ou cuite ; cette nuit, elle était entièrement rôtie. Les autres nuits nous trempons une fois ; cette nuit, deux fois. Le père adapte l’enseignement à l’intelligence de l’enfant. Il commence par ce qui est déshonorant ou misérable dans l’histoire et termine par la louange, puis développe le passage « Mon père était un Araméen errant » jusqu’à la fin de la section.

Note philologique. Ce texte conserve une forme ancienne des questions du Seder, comprenant encore la viande entièrement rôtie à l’époque du Temple.
Pesahim 10,5
רַבָּן גַּמְלִיאֵל הָיָה אוֹמֵר, כָּל שֶׁלֹּא אָמַר שְׁלֹשָׁה דְבָרִים אֵלּוּ בְּפֶסַח, לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ, וְאֵלּוּ הֵן, פֶּסַח, מַצָּה, וּמָרוֹר. פֶּסַח, עַל שׁוּם שֶׁפָּסַח הַמָּקוֹם עַל בָּתֵּי אֲבוֹתֵינוּ בְמִצְרַיִם. מַצָּה, עַל שׁוּם שֶׁנִּגְאֲלוּ אֲבוֹתֵינוּ בְמִצְרַיִם. מָרוֹר, עַל שׁוּם שֶׁמֵּרְרוּ הַמִּצְרִים אֶת חַיֵּי אֲבוֹתֵינוּ בְמִצְרָיִם. בְּכָל דּוֹר וָדוֹר חַיָּב אָדָם לִרְאוֹת אֶת עַצְמוֹ כְאִלּוּ הוּא יָצָא מִמִּצְרַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר (שמות יג), וְהִגַּדְתָּ לְבִנְךָ בַּיּוֹם הַהוּא לֵאמֹר, בַּעֲבוּר זֶה עָשָׂה ה' לִי בְּצֵאתִי מִמִּצְרָיִם. לְפִיכָךְ אֲנַחְנוּ חַיָּבִין לְהוֹדוֹת, לְהַלֵּל, לְשַׁבֵּחַ, לְפָאֵר, לְרוֹמֵם, לְהַדֵּר, לְבָרֵךְ, לְעַלֵּה, וּלְקַלֵּס, לְמִי שֶׁעָשָׂה לַאֲבוֹתֵינוּ וְלָנוּ אֶת כָּל הַנִּסִּים הָאֵלּוּ, הוֹצִיאָנוּ מֵעַבְדוּת לְחֵרוּת, מִיָּגוֹן לְשִׂמְחָה, וּמֵאֵבֶל לְיוֹם טוֹב, וּמֵאֲפֵלָה לְאוֹר גָּדוֹל, וּמִשִּׁעְבּוּד לִגְאֻלָּה. וְנֹאמַר לְפָנָיו, הַלְלוּיָהּ:

Rabban Gamliel disait : quiconque n’explique pas à Pessah ces trois réalités n’a pas pleinement accompli son devoir : Pessah, matsa et maror. Pessah, parce que le Seigneur a « passé par-dessus » les maisons de nos pères en Égypte ; matsa, parce que nos pères furent délivrés d’Égypte ; maror, parce que les Égyptiens rendirent amère la vie de nos pères. À chaque génération, une personne doit se considérer comme si elle-même était sortie d’Égypte, car le récit biblique dit que Dieu a agi « pour moi » lorsque je suis sorti d’Égypte. C’est pourquoi nous devons rendre grâce, louer, glorifier, exalter et bénir celui qui a accompli ces merveilles pour nos pères et pour nous : il nous a fait passer de l’esclavage à la liberté, de la détresse à la joie, du deuil à la fête, des ténèbres à une grande lumière et de la servitude à la délivrance. Et nous disons devant lui : Alléluia.

Note philologique. La formulation « à chaque génération » est un témoin majeur de la compréhension rabbinique de l’actualisation mémorielle de l’Exode.
Pesahim 10,6
עַד הֵיכָן הוּא אוֹמֵר, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים, עַד אֵם הַבָּנִים שְׂמֵחָה. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים, עַד חַלָּמִישׁ לְמַעְיְנוֹ מָיִם. וְחוֹתֵם בִּגְאֻלָּה. רַבִּי טַרְפוֹן אוֹמֵר, אֲשֶׁר גְּאָלָנוּ וְגָאַל אֶת אֲבוֹתֵינוּ מִמִּצְרָיִם, וְלֹא הָיָה חוֹתֵם. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר, כֵּן ה' אֱלֹהֵינוּ וֵאלֹהֵי אֲבוֹתֵינוּ יַגִּיעֵנוּ לְמוֹעֲדִים וְלִרְגָלִים אֲחֵרִים הַבָּאִים לִקְרָאתֵנוּ לְשָׁלוֹם, שְׂמֵחִים בְּבִנְיַן עִירֶךָ וְשָׂשִׂים בַּעֲבוֹדָתֶךָ, וְנֹאכַל שָׁם מִן הַזְּבָחִים וּמִן הַפְּסָחִים כוּ', עַד בָּרוּךְ אַתָּה ה' גָּאַל יִשְׂרָאֵל:

Jusqu’où récite-t-on alors le Hallel ? La maison de Shammaï dit : jusqu’au verset « la mère des fils est dans la joie ». La maison de Hillel dit : jusqu’à « le rocher en source d’eau ». On conclut par une bénédiction de rédemption. Rabbi Tarfon donnait une formule commençant par « celui qui nous a délivrés et a délivré nos pères d’Égypte », sans conclusion bénie formelle. Rabbi Aqiva poursuit la prière en demandant d’atteindre dans la paix d’autres fêtes et pèlerinages, de se réjouir de la reconstruction de Jérusalem et du service divin, puis conclut : « Béni sois-tu, Seigneur, qui as délivré Israël. »

Pesahim 10,7
מָזְגוּ לוֹ כוֹס שְׁלִישִׁי, מְבָרֵךְ עַל מְזוֹנוֹ. רְבִיעִי, גּוֹמֵר עָלָיו אֶת הַהַלֵּל, וְאוֹמֵר עָלָיו בִּרְכַּת הַשִּׁיר. בֵּין הַכּוֹסוֹת הַלָּלוּ, אִם רוֹצֶה לִשְׁתּוֹת, יִשְׁתֶּה. בֵּין שְׁלִישִׁי לָרְבִיעִי, לֹא יִשְׁתֶּה:

On verse la troisième coupe et on récite sur elle la bénédiction après le repas. Sur la quatrième, on achève le Hallel et on récite la bénédiction du chant. Entre les premières coupes, celui qui souhaite boire davantage peut le faire ; entre la troisième et la quatrième, il ne boit pas.

Pesahim 10,8
וְאֵין מַפְטִירִין אַחַר הַפֶּסַח אֲפִיקוֹמָן. יָשְׁנוּ מִקְצָתָן, יֹאכְלוּ. כֻּלָּן, לֹא יֹאכֵלוּ. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר, נִתְנַמְנְמוּ, יֹאכְלוּ. נִרְדְּמוּ, לֹא יֹאכֵלוּ:

Après le Pessah, on ne termine pas le repas par un afikoman, c’est-à-dire par un autre mets ou une dispersion vers un autre repas qui ferait perdre au sacrifice sa place finale. Si certains membres du groupe se sont endormis, ils peuvent reprendre le repas ; si tous se sont profondément endormis, ils ne reprennent pas. Rabbi Yossi distingue : s’ils n’ont fait que somnoler, ils peuvent manger ; s’ils se sont réellement endormis, ils ne le peuvent pas.

Pesahim 10,9
הַפֶּסַח אַחַר חֲצוֹת, מְטַמֵּא אֶת הַיָּדָיִם. הַפִּגּוּל וְהַנּוֹתָר, מְטַמְּאִין אֶת הַיָּדָיִם. בֵּרַךְ בִּרְכַּת הַפֶּסַח פָּטַר אֶת שֶׁל זֶבַח. בֵּרַךְ אֶת שֶׁל זֶבַח, לֹא פָטַר אֶת שֶׁל פֶּסַח, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר, לֹא זוֹ פוֹטֶרֶת זוֹ, וְלֹא זוֹ פוֹטֶרֶת זוֹ:

Après minuit, la chair du Pessah restant acquiert le statut rituel qui rend les mains impures selon la règle des restes. Le piggoul et le notar rendent également les mains impures. Selon Rabbi Yishmaël, celui qui a prononcé la bénédiction propre au Pessah n’a pas besoin d’une bénédiction distincte pour le sacrifice festif mangé avec lui, tandis que la bénédiction du sacrifice festif n’exempte pas celle du Pessah. Rabbi Aqiva dit qu’aucune des deux bénédictions n’exempte l’autre.

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