Mishnah · Zeraïm · Peah

Mishnah Peah — chapitre 5

Texte hébreu et traduction française originale, unité par unité.

S0 · édition évolutive8 mishnayotHébreu · français

Texte de base : Torat Emet 357, domaine public via Sefaria. La collation critique systématique avec Kaufmann A50, Parme et les éditions savantes reste à effectuer avant tout statut supérieur.

Peah 5,1
גָּדִישׁ שֶׁלֹּא לֻקַּט תַּחְתָּיו, כָּל הַנּוֹגֵעַ בָּאָרֶץ הֲרֵי הוּא שֶׁל עֲנִיִּים. הָרוּחַ שֶׁפִּזְּרָה אֶת הָעֳמָרִים, אוֹמְדִים אוֹתָהּ כַּמָּה לֶקֶט הִיא רְאוּיָה לַעֲשׂוֹת, וְנוֹתֵן לָעֲנִיִּים. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר, נוֹתֵן לָעֲנִיִּים בִּכְדֵי נְפִילָה:

Pour un tas de gerbes sous lequel le leket n’a pas été recueilli, tout ce qui touche le sol appartient aux pauvres. Si le vent a dispersé les gerbes, on estime la quantité de leket que cette récolte était susceptible de produire et on la donne aux pauvres. Rabban Shimon ben Gamliel dit : on leur donne selon la quantité normalement tombée.

Peah 5,2
שִׁבֹּלֶת שֶׁבַּקָּצִיר וְרֹאשָׁהּ מַגִּיעַ לַקָּמָה, אִם נִקְצְרָה עִם הַקָּמָה, הֲרֵי הִיא שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת, וְאִם לָאו, הֲרֵי הִיא שֶׁל עֲנִיִּים. שִׁבֹּלֶת שֶׁל לֶקֶט שֶׁנִּתְעָרְבָה בַגָּדִישׁ, מְעַשֵּׂר שִׁבֹּלֶת אַחַת וְנוֹתֵן לוֹ. אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, וְכִי הֵיאַךְ הֶעָנִי הַזֶּה מַחֲלִיף דָּבָר שֶׁלֹּא בָא בִרְשׁוּתוֹ. אֶלָּא מְזַכֶּה אֶת הֶעָנִי בְּכָל הַגָּדִישׁ, וּמְעַשֵּׂר שִׁבֹּלֶת אַחַת וְנוֹתֵן לוֹ:

Un épi resté dans la partie moissonnée dont la tête atteint encore la récolte sur pied : s’il peut être coupé en même temps qu’elle, il appartient au propriétaire ; sinon, aux pauvres. Si un épi de leket s’est mêlé au tas, on prélève la dîme sur un épi puis on le donne au pauvre. Rabbi Eliezer dit : comment ce pauvre pourrait-il échanger une chose qui n’est jamais entrée en sa possession ? Il faut donc lui faire acquérir une part dans tout le tas, prélever la dîme sur un épi puis le lui donner.

Peah 5,3
אֵין מְגַלְגְּלִין בְּטוֹפֵחַ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים מַתִּירִין, מִפְּנֵי שֶׁאֶפְשָׁר:

On ne fait pas l’opération dite « rouler dans le tofèaḥ », selon Rabbi Meïr. Les sages le permettent, parce qu’il est possible de procéder ainsi.

Note philologique. Passage techniquement difficile : tofèaḥ et le verbe megalgelin relèvent d’une pratique agricole dont l’identification précise devra être reprise lors de la collation S1. La traduction conserve volontairement le terme technique.
Peah 5,4
בַּעַל הַבַּיִת שֶׁהָיָה עוֹבֵר מִמָּקוֹם לְמָקוֹם, וְצָרִיךְ לִטֹּל לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה וּמַעְשַׂר עָנִי, יִטֹּל, וּכְשֶׁיַּחֲזֹר לְבֵיתוֹ יְשַׁלֵּם, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים, עָנִי הָיָה בְּאוֹתָהּ שָׁעָה:

Un propriétaire qui voyage d’un lieu à un autre et se trouve dans le besoin peut prendre le leket, la shikheha, la Peah et la dîme des pauvres ; lorsqu’il rentrera chez lui, il remboursera, selon Rabbi Eliezer. Les sages disent : à ce moment-là, il était pauvre.

Peah 5,5
הַמַּחֲלִיף עִם הָעֲנִיִּים, בְּשֶׁלּוֹ פָּטוּר, וּבְשֶׁל עֲנִיִּים חַיָּב. שְׁנַיִם שֶׁקִּבְּלוּ אֶת הַשָּׂדֶה בַּאֲרִיסוּת, זֶה נוֹתֵן לָזֶה חֶלְקוֹ מַעְשַׂר עָנִי, וְזֶה נוֹתֵן לָזֶה חֶלְקוֹ מַעְשַׂר עָנִי. הַמְקַבֵּל שָׂדֶה לִקְצֹר, אָסוּר בְּלֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה וּמַעְשַׂר עָנִי. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה, אֵימָתַי, בִּזְמַן שֶׁקִּבֵּל מִמֶּנּוּ לְמֶחֱצָה, לִשְׁלִישׁ וְלִרְבִיעַ. אֲבָל אִם אָמַר לוֹ שְׁלִישׁ מַה שֶּׁאַתָּה קוֹצֵר שֶׁלָּךְ, מֻתָּר בְּלֶקֶט וּבְשִׁכְחָה וּבְפֵאָה, וְאָסוּר בְּמַעְשַׂר עָנִי:

Celui qui échange des produits avec les pauvres : ce qui provient de sa propre récolte est exempt de dîme, ce qui provient des pauvres y est soumis. Deux métayers qui ont pris un champ en fermage donnent chacun à l’autre sa part de dîme des pauvres. Celui qui prend un champ à moissonner n’a pas droit au leket, à la shikheha, à la Peah ni à la dîme des pauvres. Rabbi Yehouda dit : quand cela ? Lorsqu’il l’a pris pour la moitié, le tiers ou le quart de la récolte. Mais si le propriétaire lui a dit : « Un tiers de ce que tu moissonneras sera à toi », il peut prendre le leket, la shikheha et la Peah, mais non la dîme des pauvres.

Peah 5,6
הַמּוֹכֵר אֶת שָׂדֵהוּ, הַמּוֹכֵר מֻתָּר וְהַלּוֹקֵחַ אָסוּר. לֹא יִשְׂכֹּר אָדָם אֶת הַפּוֹעֲלִים עַל מְנָת שֶׁיְּלַקֵּט בְּנוֹ אַחֲרָיו. מִי שֶׁאֵינוֹ מַנִּיחַ אֶת הָעֲנִיִּים לִלְקֹט, אוֹ שֶׁהוּא מַנִּיחַ אֶת אֶחָד וְאֶחָד לֹא, אוֹ שֶׁהוּא מְסַיֵּעַ אֶת אֶחָד מֵהֶן, הֲרֵי זֶה גּוֹזֵל אֶת הָעֲנִיִּים. עַל זֶה נֶאֱמַר (משלי כב) אַל תַּסֵּג גְּבוּל עוֹלִים:

Celui qui vend son champ peut lui-même bénéficier des dons aux pauvres, mais l’acheteur ne le peut pas. On n’engagera pas des ouvriers à condition que le fils du propriétaire puisse glaner derrière eux. Celui qui empêche les pauvres de glaner, qui laisse glaner l’un mais non l’autre, ou qui aide l’un d’eux, dépouille les pauvres. À son sujet il est dit : « Ne déplace pas la limite des anciens. »

Peah 5,7
הָעֹמֶר שֶׁשְּׁכָחוּהוּ פוֹעֲלִים וְלֹא שְׁכָחוֹ בַעַל הַבַּיִת, שְׁכָחוֹ בַעַל הַבַּיִת וְלֹא שְׁכָחוּהוּ פוֹעֲלִים, עָמְדוּ עֲנִיִּים בְּפָנָיו אוֹ שֶׁחִפּוּהוּ בְקַשׁ, הֲרֵי זֶה אֵינוֹ שִׁכְחָה:

Une gerbe oubliée par les ouvriers mais non par le propriétaire, ou oubliée par le propriétaire mais non par les ouvriers, n’est pas une shikheha. De même, si des pauvres se sont placés devant elle ou l’ont recouverte de paille, elle n’a pas le statut de gerbe oubliée.

Peah 5,8
הַמְעַמֵּר לְכֹבָעוֹת וּלְכֻמְסָאוֹת, לַחֲרָרָה וְלָעֳמָרִים, אֵין לוֹ שִׁכְחָה. מִמֶּנּוּ וְלַגֹּרֶן, יֶשׁ לוֹ שִׁכְחָה. הַמְעַמֵּר לַגָּדִישׁ, יֶשׁ לוֹ שִׁכְחָה. מִמֶּנּוּ וְלַגֹּרֶן, אֵין לוֹ שִׁכְחָה. זֶה הַכְּלָל, כָּל הַמְעַמֵּר לְמָקוֹם שֶׁהוּא גְמָר מְלָאכָה, יֶשׁ לוֹ שִׁכְחָה. מִמֶּנּוּ וְלַגֹּרֶן, אֵין לוֹ שִׁכְחָה. לְמָקוֹם שֶׁאֵינוֹ גְמַר מְלָאכָה, אֵין לוֹ שִׁכְחָה. מִמֶּנּוּ וְלַגֹּרֶן, יֶשׁ לוֹ שִׁכְחָה:

Celui qui rassemble des gerbes en tas intermédiaires — en meules, en dépôts ou en petites piles — n’est pas soumis à la shikheha à ce stade ; lorsqu’il les transporte de là vers l’aire, la shikheha s’applique. Celui qui rassemble directement vers le grand tas est soumis à la shikheha ; de ce tas vers l’aire, elle ne s’applique plus. Règle générale : lorsqu’on rassemble vers le lieu qui marque l’achèvement de l’opération, la shikheha s’applique ; de là vers l’aire, elle ne s’applique plus. Lorsqu’on rassemble vers un lieu qui n’est pas l’achèvement de l’opération, elle ne s’applique pas encore ; de là vers l’aire, elle s’applique.

Note philologique. Les noms des différents regroupements de gerbes sont techniquement difficiles. La traduction restitue la logique juridique du passage sans prétendre identifier définitivement chaque forme de tas.

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