Mishnah · Nashim · Gittin

Mishnah Gittin — chapitre 9

Texte hébreu et traduction française originale, unité par unité.

S0 · édition évolutive10 mishnayotHébreu · français

Provenance : Torat Emet 357 via l’API Sefaria, texte hébreu indiqué « Public Domain ». Traduction française originale établie directement sur l’hébreu ; aucune traduction moderne n’a servi de pivot.

Gittin 9,1
הַמְגָרֵשׁ אֶת אִשְׁתּוֹ וְאָמַר לָהּ, הֲרֵי אַתְּ מֻתֶּרֶת לְכָל אָדָם אֶלָּא לִפְלוֹנִי, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מַתִּיר, וַחֲכָמִים אוֹסְרִין. כֵּיצַד יַעֲשֶׂה. יִטְּלֶנּוּ הֵימֶנָּה וְיַחֲזֹר וְיִתְּנֶנּוּ לָהּ וְיֹאמַר לָהּ הֲרֵי אַתְּ מֻתֶּרֶת לְכָל אָדָם. וְאִם כְּתָבוֹ בְתוֹכוֹ, אַף עַל פִּי שֶׁחָזַר וּמְחָקוֹ, פָּסוּל:

Un homme dit à sa femme : « Tu es permise à tout homme sauf untel. » Rabbi Eliezer permet un divorce assorti de cette exception ; les sages l’invalident parce que le guet ne la libère pas totalement. Pour corriger un acte remis oralement avec cette restriction, il le reprend et le lui remet de nouveau en disant : « Tu es permise à tout homme. » Si la restriction a été écrite dans le corps même du guet, même l’effacer ensuite ne suffit pas à rendre l’acte valable.

Gittin 9,2
הֲרֵי אַתְּ מֻתֶּרֶת לְכָל אָדָם אֶלָּא לְאַבָּא וּלְאָבִיךְ, לְאָחִי וּלְאָחִיךְ, לְעֶבֶד וּלְנָכְרִי, וּלְכָל מִי שֶׁאֵין לָהּ עָלָיו קִדּוּשִׁין, כָּשֵׁר. הֲרֵי אַתְּ מֻתֶּרֶת לְכָל אָדָם, אֶלָּא אַלְמָנָה לְכֹהֵן גָּדוֹל, גְּרוּשָׁה וַחֲלוּצָה לְכֹהֵן הֶדְיוֹט, מַמְזֶרֶת וּנְתִינָה לְיִשְׂרָאֵל, בַּת יִשְׂרָאֵל לְמַמְזֵר וּלְנָתִין, וּלְכָל מִי שֶׁיֵּשׁ לָהּ עָלָיו קִדּוּשִׁין אֲפִלּוּ בַעֲבֵרָה, פָּסוּל:

Une exception concernant quelqu’un avec qui aucun kiddushin n’est juridiquement possible de toute façon — son père, le père du mari, son frère, un esclave ou un non-Juif selon les catégories du traité — ne limite pas réellement la liberté matrimoniale et n’invalide donc pas l’acte de la même manière. En revanche, exclure une personne avec qui les kiddushin pourraient juridiquement prendre effet, même si l’union serait interdite — par exemple grand prêtre pour une veuve ou certaines unions de mamzer — invalide le guet parce qu’il ne la rend pas libre envers « tout homme ».

Gittin 9,3
גּוּפוֹ שֶׁל גֵּט, הֲרֵי אַתְּ מֻתֶּרֶת לְכָל אָדָם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, וְדֵין דְּיֶהֱוֵי לִיכִי מִנַּאי סֵפֶר תֵּרוּכִין וְאִגֶּרֶת שִׁבּוּקִין וְגֵט פִּטּוּרִין, לִמְהָךְ לְהִתְנְסָבָא לְכָל גְּבַר דְּתִצְבַּיִן. גּוּפוֹ שֶׁל גֵּט שִׁחְרוּר, הֲרֵי אַתְּ בַּת חוֹרִין, הֲרֵי אַתְּ לְעַצְמֵךְ:

La formule essentielle du guet est : « Voici, tu es permise à tout homme. » Rabbi Yehouda donne une formule araméenne plus développée : « Ceci sera pour toi de ma part un acte de séparation, une lettre de libération et un guet de congé, afin que tu puisses aller et épouser tout homme que tu voudras. » Pour l’acte d’affranchissement, la formule essentielle est : « Voici, tu es libre » ou « tu t’appartiens à toi-même ».

Gittin 9,4
שְׁלֹשָׁה גִטִּין פְּסוּלִין, וְאִם נִשֵּׂאת, הַוָּלָד כָּשֵׁר. כָּתַב בִּכְתַב יָדוֹ וְאֵין עָלָיו עֵדִים, יֵשׁ עָלָיו עֵדִים וְאֵין בּוֹ זְמַן, יֶשׁ בּוֹ זְמַן וְאֵין בּוֹ אֶלָּא עֵד אֶחָד, הֲרֵי אֵלּוּ שְׁלֹשָׁה גִטִּין פְּסוּלִין. וְאִם נִשֵּׂאת, הַוָּלָד כָּשֵׁר. רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין עָלָיו עֵדִים אֶלָּא שֶׁנְּתָנוֹ לָהּ בִּפְנֵי עֵדִים, כָּשֵׁר וְגוֹבָה מִנְּכָסִים מְשֻׁעְבָּדִים, שֶׁאֵין הָעֵדִים חוֹתְמִין עַל הַגֵּט אֶלָּא מִפְּנֵי תִקּוּן הָעוֹלָם:

Trois types de guet sont invalides a priori, mais si la femme s’est remariée sur leur base, l’enfant reste légitime selon la règle : un acte entièrement écrit de la main du mari sans témoins ; un acte avec témoins mais sans date ; un acte daté avec un seul témoin. Rabbi Elazar met l’accent sur les témoins de remise : même sans signatures sur le document, s’il est remis devant témoins, il peut être valable et permettre ensuite le recouvrement sur des biens grevés, car les signatures écrites ont surtout été instituées pour la stabilité et la preuve « pour la réparation du monde ».

Gittin 9,5
שְׁנַיִם שֶׁשָּׁלְחוּ שְׁנֵי גִטִּין שָׁוִין וְנִתְעָרְבוּ, נוֹתֵן שְׁנֵיהֶם לָזוֹ וּשְׁנֵיהֶם לָזוֹ. לְפִיכָךְ, אָבַד אַחַד מֵהֶן, הֲרֵי הַשֵּׁנִי בָטֵל. חֲמִשָּׁה שֶׁכָּתְבוּ כְלָל בְּתוֹךְ הַגֵּט, אִישׁ פְּלוֹנִי מְגָרֵשׁ פְּלוֹנִית וּפְלוֹנִי פְּלוֹנִית, וְהָעֵדִים מִלְּמַטָּה, כֻּלָּן כְּשֵׁרִין, וְיִנָּתֵן לְכָל אַחַת וְאֶחָת. הָיָה כָתוּב טֹפֶס לְכָל אַחַת וְאַחַת, וְהָעֵדִים מִלְּמַטָּה, אֶת שֶׁהָעֵדִים נִקְרִין עִמּוֹ, כָּשֵׁר:

Deux hommes envoient deux guet distincts mais identiques et les documents se mélangent. On remet les deux actes à chacune des femmes afin que chacune reçoive certainement le sien. Si l’un des deux documents est perdu, le document restant ne peut à lui seul être attribué à l’une avec certitude. Si cinq hommes ont fait rédiger dans un même document continu cinq formules individuelles de divorce suivies d’une seule série de signatures, chaque femme peut recevoir la partie qui lui correspond si la structure relie les signatures à l’ensemble. Si chaque formule est matériellement indépendante et que les témoins ne se rattachent qu’à la dernière, seule celle-ci est valide.

Gittin 9,6
שְׁנֵי גִטִּין שֶׁכְּתָבָן זֶה בְצַד זֶה וּשְׁנַיִם עֵדִים עִבְרִים בָּאִים מִתַּחַת זֶה לְתַחַת זֶה וּשְׁנַיִם עֵדִים יְוָנִים בָּאִים מִתַּחַת זֶה לְתַחַת זֶה, אֶת שֶׁהָעֵדִים הָרִאשׁוֹנִים נִקְרָאִין עִמּוֹ, כָּשֵׁר. עֵד אֶחָד עִבְרִי וְעֵד אֶחָד יְוָנִי, עֵד אֶחָד עִבְרִי וְעֵד אֶחָד יְוָנִי בָּאִין מִתַּחַת זֶה לְתַחַת זֶה, שְׁנֵיהֶן פְּסוּלִין:

Deux guet sont écrits côte à côte avec des colonnes de signatures hébraïques ou grecques disposées sous eux. L’acte auquel les témoins peuvent être juridiquement rattachés par la disposition de leurs signatures est valide. Si la disposition mêle un témoin hébreu et un grec sous chacun de manière que l’on ne puisse établir deux témoins cohérents pour un acte déterminé, les deux sont invalides.

Gittin 9,7
שִׁיֵּר מִקְצַת הַגֵּט וּכְתָבוֹ בַדַּף הַשֵּׁנִי, וְהָעֵדִים מִלְּמַטָּה, כָּשֵׁר. חָתְמוּ עֵדִים בְּרֹאשׁ הַדַּף, מִן הַצַּד, אוֹ מֵאַחֲרָיו בְּגֵט פָּשׁוּט, פָּסוּל. הִקִּיף רֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה בְצַד רֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה, וְהָעֵדִים בָּאֶמְצַע, שְׁנֵיהֶם פְּסוּלִין. סוֹפוֹ שֶׁל זֶה בְצַד סוֹפוֹ שֶׁל זֶה, וְהָעֵדִים בָּאֶמְצַע, אֶת שֶׁהָעֵדִים נִקְרִין עִמּוֹ, כָּשֵׁר. רֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה בְצַד סוֹפוֹ שֶׁל זֶה, וְהָעֵדִים בָּאֶמְצַע, אֶת שֶׁהָעֵדִים נִקְרִין בְּסוֹפוֹ, כָּשֵׁר:

Si une partie du guet se poursuit sur une seconde colonne ou une seconde feuille et que les témoins signent à la fin de la continuation, l’acte est valide si le texte forme un document continu. Des témoins signant en haut de la page, sur le côté ou au verso d’un acte simple ne valident pas normalement le document. Lorsque deux actes sont disposés tête contre tête, fin contre fin ou tête contre fin avec les témoins entre eux, on détermine la validité selon l’acte auquel les signatures se lisent naturellement comme appartenant.

Gittin 9,8
גֵּט שֶׁכְּתָבוֹ עִבְרִית וְעֵדָיו יְוָנִית, יְוָנִית וְעֵדָיו עִבְרִית, עֵד אֶחָד עִבְרִי וְעֵד אֶחָד יְוָנִי, כָּתַב סוֹפֵר וְעֵד, כָּשֵׁר. אִישׁ פְּלוֹנִי עֵד, כָּשֵׁר. בֶּן אִישׁ פְּלוֹנִי עֵד, כָּשֵׁר. אִישׁ פְּלוֹנִי בֶּן אִישׁ פְּלוֹנִי, וְלֹא כָתַב עֵד, כָּשֵׁר. וְכָךְ הָיוּ נְקִיֵּי הַדַּעַת שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם עוֹשִׂין. כָּתַב חֲנִיכָתוֹ וַחֲנִיכָתָהּ, כָּשֵׁר. גֵּט מְעֻשֶּׂה, בְּיִשְׂרָאֵל, כָּשֵׁר. וּבְגוֹיִם, פָּסוּל. וּבְגוֹיִם, חוֹבְטִין אוֹתוֹ וְאוֹמְרִים לוֹ עֲשֵׂה מַה שֶּׁיִּשְׂרָאֵל אוֹמְרִים לְךָ, וְכָשֵׁר:

Un guet peut être rédigé en hébreu avec témoins grecs ou en grec avec témoins hébreux selon les formes reconnues, et certaines combinaisons de témoins de langues différentes sont admises. Une signature peut être simplement « Untel, témoin », « fils d’Untel, témoin », ou même un nom suffisamment identifiable sans le mot « témoin », pratique attribuée à des personnes réputées précises de Jérusalem. Les surnoms connus du mari et de la femme peuvent suffire lorsqu’ils identifient sans ambiguïté. Un guet imposé par un tribunal juif est valide lorsque la contrainte est juridiquement légitime. Une autorité non juive ne produit pas elle-même cette validité, mais elle peut contraindre matériellement l’homme à obéir à l’ordre préalable du tribunal juif : « fais ce qu’Israël te dit », et le guet est alors valide.

Gittin 9,9
יָצָא שְׁמָהּ בָּעִיר מְקֻדֶּשֶׁת, הֲרֵי זוֹ מְקֻדֶּשֶׁת. מְגֹרֶשֶׁת, הֲרֵי זוֹ מְגֹרֶשֶׁת. וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהֵא שָׁם אֲמַתְלָא. אֵיזוֹ הִיא אֲמַתְלָא. גֵּרַשׁ אִישׁ פְּלוֹנִי אֶת אִשְׁתּוֹ עַל תְּנַאי, זָרַק לָהּ קִדּוּשֶׁיהָ, סָפֵק קָרוֹב לָהּ סָפֵק קָרוֹב לוֹ, זוֹ הִיא אֲמַתְלָא:

Si une rumeur publique solide affirme dans la ville qu’une femme a été fiancée, elle est traitée comme fiancée ; si une rumeur solide affirme qu’elle a été divorcée, on peut la traiter comme divorcée, à condition qu’il n’existe pas d’explication reconnue affaiblissant cette rumeur. Exemple d’explication : le divorce était conditionnel, ou des kiddushin avaient été jetés à distance incertaine, peut-être plus près d’elle, peut-être plus près de lui. Une telle circonstance rend la rumeur ambiguë.

Gittin 9,10
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים, לֹא יְגָרֵשׁ אָדָם אֶת אִשְׁתּוֹ אֶלָּא אִם כֵּן מָצָא בָהּ דְּבַר עֶרְוָה, שֶׁנֶּאֱמַר (דברים כד), כִּי מָצָא בָהּ עֶרְוַת דָּבָר. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים, אֲפִלּוּ הִקְדִּיחָה תַבְשִׁילוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר (שם), כִּי מָצָא בָהּ עֶרְוַת דָּבָר. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר, אֲפִלּוּ מָצָא אַחֶרֶת נָאָה הֵימֶנָּה, שֶׁנֶּאֱמַר (שם), וְהָיָה אִם לֹא תִמְצָא חֵן בְּעֵינָיו:

La maison de Shammaï dit qu’un homme ne doit divorcer de sa femme que s’il trouve chez elle une faute sexuelle, lisant Deutéronome 24 : « il a trouvé en elle une chose honteuse ». La maison de Hillel étend la permission à des motifs beaucoup plus larges, allant jusqu’au fait d’avoir gâché son plat, en séparant dans le verset « honte » et « chose ». Rabbi Aqiva va plus loin encore : même s’il trouve une autre femme plus belle, il lit « si elle ne trouve plus grâce à ses yeux » comme autorisant le divorce. Le traité se termine ainsi sur un désaccord profond quant au seuil moral et juridique du divorce.

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