Introduction — Siracide
Le Siracide, ou Ben Sira (Ecclésiastique dans une partie de la tradition latine), est un grand recueil de sagesse juive composé à Jérusalem au début du IIe siècle av. n. è. Son prologue grec est en outre un témoin exceptionnel de la conscience ancienne de la traduction biblique.
Lecture progressive et dossier scientifique. Trois profondeurs permettent de passer des repères essentiels au dossier universitaire. Les données textuelles, historiques et littéraires sont distinguées des hypothèses de recherche et des réceptions confessionnelles.
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En bref
Le livre rassemble enseignements, maximes, prières et éloges. Il relie la sagesse pratique à la crainte de Dieu, à la Torah, à la vie familiale, sociale et cultuelle.
Parcours du livre
Les chapitres 1–42 développent une vaste instruction sapientielle; 43–50 célèbrent la création puis les grandes figures d’Israël; le chapitre 51 conclut par prière, action de grâce et appel à rechercher la sagesse.
Fils conducteurs
sagesse et Torah; parole; amitié; richesse et pauvreté; famille; maîtrise de soi; prière; culte; mémoire d’Israël
ComprendrePour situer le livre historiquement et littérairement.
Place dans les corpus
Le Siracide est deutérocanonique dans la tradition catholique et reçu dans plusieurs traditions orthodoxes; il n’appartient pas au canon rabbinique. Sa réception ancienne est néanmoins très large dans le judaïsme et le christianisme.
Composition et datation
L’auteur se présente comme Jésus/Jeshua fils de Sira. La composition hébraïque est généralement située vers le début du IIe siècle av. n. è. Son petit-fils traduisit ensuite l’ouvrage en grec en Égypte; le prologue fournit des indications chronologiques et une réflexion explicite sur les difficultés de traduction.
Contexte historique et littéraire
Le livre appartient au judaïsme hellénistique de Jérusalem, dans un monde où traditions scribales juives et culture grecque coexistent. Il défend une sagesse enracinée dans l’héritage d’Israël sans se réduire à une polémique simple contre l’hellénisme.
ÉtudierPour travailler le texte, ses témoins et les choix de traduction.
Texte et transmission
Le Siracide possède une histoire textuelle exceptionnellement complexe. Une part substantielle de l’hébreu a été retrouvée dans la Gueniza du Caire, à Massada et parmi les manuscrits du désert de Juda; le grec, le syriaque et d’autres versions anciennes restent indispensables pour les passages non conservés en hébreu et pour l’histoire du texte.
Dossiers textuels et philologiques
Les témoins hébreux et grecs divergent parfois dans l’ordre, la longueur ou la formulation. Les numérotations de chapitres et de versets varient aussi selon les éditions. Il faut donc identifier le témoin réellement traduit et distinguer reconstruction, variante et expansion.
Enjeux de traduction
Aucune langue témoin ne doit être utilisée comme correction silencieuse d’une autre. Lorsque l’hébreu ancien est conservé, il doit être étudié pour lui-même; lorsqu’il manque, le témoin de base doit être annoncé. Le prologue grec est conservé ci-dessous comme document textuel et traductologique majeur.
Repères bibliographiques
- Patrick W. Skehan & Alexander A. Di Lella, The Wisdom of Ben Sira
- Pancratius C. Beentjes, The Book of Ben Sira in Hebrew
- Benjamin G. Wright, No Small Difference: Sirach’s Relationship to Its Hebrew Parent Text
Document ancien — Prologue du traducteur grecConserver et lire les six restitutions du prologue déjà publiées.
Prologue du traducteur — Siracide
Le prologue transmis avec la version grecque est éditorialement distinct du chapitre 1. Il est donc présenté ici sans créer de « chapitre 0 » dans la numérotation du livre.
Clarté
1 Beaucoup de grandes choses nous ont été transmises par la Loi, les Prophètes et les autres écrits qui les ont suivis. Israël mérite d’être loué pour l’instruction et la sagesse qu’il en a reçues. Ceux qui les lisent doivent non seulement devenir eux-mêmes instruits, mais aussi pouvoir aider ceux qui désirent apprendre, par la parole et par l’écrit. C’est pourquoi mon grand-père Jésus, après s’être consacré avec beaucoup de soin à la lecture de la Loi, des Prophètes et des autres livres de nos pères, et avoir acquis une grande familiarité avec eux, s’est lui-même mis à écrire sur l’instruction et la sagesse, afin que ceux qui aiment apprendre puissent progresser davantage encore en vivant selon la Loi.
2 Je vous demande donc de lire ce livre avec bienveillance et attention, et d’être indulgents là où, malgré tout le soin apporté à la traduction, certaines expressions peuvent paraître moins bien rendues. Car ce qui est dit en hébreu n’a pas exactement la même force lorsqu’on le traduit dans une autre langue. Cela vaut non seulement pour ce livre, mais aussi pour la Loi, les Prophètes et les autres écrits : leur expression change sensiblement lorsqu’ils passent de leur langue originale dans une autre.
3 La trente-huitième année du règne du roi Évergète, je suis venu en Égypte et j’y ai séjourné quelque temps. J’y ai trouvé un exemplaire d’une grande valeur pour l’instruction. J’ai alors estimé nécessaire de consacrer moi-même beaucoup de soin et de travail à traduire ce livre. Durant cette période, j’y ai employé de nombreuses veilles et toute mon habileté, jusqu’à achever et publier l’ouvrage. Je l’ai fait aussi pour ceux qui vivent à l’étranger et désirent apprendre, afin qu’ils puissent se préparer à vivre selon la Loi.
Lecture
1 De nombreux et grands enseignements nous ont été transmis par la Loi, les Prophètes et les autres écrits venus à leur suite ; à cause d’eux, il convient de louer Israël pour son instruction et sa sagesse. Et puisque ceux qui lisent doivent non seulement devenir eux-mêmes compétents, mais encore rendre service, par la parole et par l’écrit, à ceux qui désirent apprendre, mon grand-père Jésus, après s’être appliqué plus encore à la lecture de la Loi, des Prophètes et des autres livres de nos pères, et avoir acquis dans ces écrits une solide pratique, fut conduit à composer lui aussi quelque chose touchant l’instruction et la sagesse, afin que les amis du savoir, devenus familiers de ces choses, progressent davantage dans une vie conforme à la Loi.
2 Vous êtes donc invités à entreprendre cette lecture avec bienveillance et attention, et à faire preuve d’indulgence là où, malgré le travail consacré à la traduction, certaines expressions sembleraient manquer de force. Car les choses dites dans leur hébreu propre n’ont pas la même puissance lorsqu’elles sont traduites dans une autre langue. Et il n’en va pas ainsi seulement de ce livre : la Loi elle-même, les Prophètes et le reste des livres présentent une différence non négligeable lorsqu’ils sont exprimés dans leur langue d’origine.
3 Dans la trente-huitième année du roi Évergète, étant arrivé en Égypte et y ayant séjourné un certain temps, je trouvai un exemplaire d’une instruction considérable. J’estimai alors qu’il était très nécessaire que je consacre moi-même du soin et du labeur à traduire ce livre. Au prix de nombreuses veilles et d’une grande application durant cet intervalle, j’achevai l’ouvrage et le publiai également pour ceux qui vivent dans la diaspora et désirent apprendre, afin qu’ils disposent leur conduite à vivre selon la Loi.
Proclamation
1 Beaucoup de grandes choses nous ont été transmises par la Loi, les Prophètes et les autres écrits. Pour cette instruction et cette sagesse, Israël mérite louange. Ceux qui lisent doivent devenir instruits — mais aussi rendre service, par la parole et par l’écrit, à ceux qui veulent apprendre. Voilà pourquoi mon grand-père Jésus, longuement formé par la Loi, les Prophètes et les autres livres de nos pères, s’est mis lui aussi à écrire sur l’instruction et la sagesse : afin que ceux qui aiment apprendre progressent davantage dans une vie selon la Loi.
2 Lisez donc avec bienveillance et attention. Et soyez indulgents si, malgré tout le travail de traduction, certaines expressions paraissent moins fortes. Car ce qui est dit en hébreu ne garde pas exactement la même puissance lorsqu’il passe dans une autre langue. C’est vrai de ce livre — et aussi de la Loi, des Prophètes et des autres écrits.
3 La trente-huitième année du roi Évergète, je vins en Égypte. J’y trouvai un écrit d’une grande richesse d’enseignement. Alors je me mis au travail pour traduire ce livre. J’y consacrai de longues veilles, jusqu’à l’achever et le publier — pour ceux aussi qui vivent à l’étranger et veulent apprendre, afin de préparer leur vie selon la Loi.
Déployée
1 Le traducteur situe l’ouvrage dans la continuité de trois ensembles déjà reconnus : la Loi, les Prophètes et les « autres livres » hérités des pères. Il présente son grand-père Jésus comme un lecteur assidu de cette tradition, devenu à son tour auteur sapientiel. Son but n’est pas seulement la connaissance : l’étude doit conduire à une vie réglée par la Loi et permettre aux lecteurs instruits de devenir utiles à d’autres.
2 Le traducteur formule ici une véritable théorie ancienne de la traduction. Il reconnaît que le passage d’une langue à une autre produit nécessairement une perte ou un déplacement de force sémantique. Cette remarque ne concerne pas seulement son propre travail : elle vaut également pour les traductions grecques de la Loi, des Prophètes et des autres livres bibliques. Le prologue constitue ainsi un témoignage exceptionnel sur la conscience philologique des traducteurs juifs de l’époque hellénistique.
3 Le traducteur donne un repère historique précis : la trente-huitième année du règne d’un roi surnommé Évergète, généralement identifié à Ptolémée VIII Évergète II, ce qui situe son arrivée en Égypte vers 132 av. J.-C. Il décrit ensuite son travail comme une entreprise prolongée, menée au prix de veilles et d’efforts, destinée notamment aux Juifs de la diaspora désireux d’ordonner leur vie selon la Loi.
Littérale
1 De beaucoup et de grandes choses nous ayant été données par la Loi, les Prophètes et les autres qui les ont suivis, au sujet desquelles il convient de louer Israël pour instruction et sagesse, et puisqu’il faut que non seulement ceux qui lisent deviennent eux-mêmes savants, mais encore que ceux qui aiment apprendre puissent être utiles à ceux du dehors, parlant et écrivant, mon grand-père Jésus, s’étant davantage adonné à la lecture de la Loi, des Prophètes et des autres livres ancestraux, et s’y étant acquis une pratique suffisante, fut conduit lui aussi à écrire quelque chose de ce qui concerne instruction et sagesse, afin que les amis du savoir, devenus familiers de ces choses, progressent bien davantage par une vie conforme à la Loi.
2 Vous êtes donc exhortés à faire la lecture avec bienveillance et attention, et à avoir indulgence là où, malgré le labeur consacré à l’interprétation, nous pourrions paraître impuissants dans quelques-unes des expressions. Car les choses dites dans leur propre langue hébraïque n’ont pas la même force lorsqu’elles sont transférées dans une autre langue. Et non seulement celles-ci, mais la Loi elle-même, les Prophéties et le reste des livres ont une différence non petite lorsqu’ils sont dits dans leur langue propre.
3 Car dans la trente-huitième année, sous le roi Évergète, étant arrivé en Égypte et y ayant séjourné quelque temps, je trouvai une copie d’une instruction non petite. Et je jugeai très nécessaire que moi aussi j’applique quelque diligence et labeur à traduire ce livre. Ayant consacré beaucoup de veille et de savoir-faire pendant cet intervalle de temps, je menai le livre à son terme pour le publier aussi à ceux de la résidence étrangère qui désirent apprendre, préparant d’avance leur caractère à vivre conformément à la Loi.
Philologique
1 Le prologue nomme successivement ho nomos, hoi prophētai et ta alla patria biblia, « la Loi, les Prophètes et les autres livres ancestraux ». Cette tripartition est importante pour l’histoire de la formation du corpus juif. philomatheis désigne les « amis du savoir / ceux qui aiment apprendre ». ennomos biōsis signifie littéralement une « manière de vivre conforme à la Loi ». Le « grand-père Jésus » est l’auteur hébreu du Siracide, tandis que le prologue est l’œuvre de son petit-fils traducteur.
2 hermēneia signifie ici « traduction/interprétation ». Le verbe adynamein exprime l’idée de « ne pas avoir la force suffisante », d’où le constat d’une perte possible dans le transfert linguistique. L’expression en heautois hebraisti legomena renvoie à ce qui est « dit en hébreu dans sa langue propre ». Le prologue affirme explicitement l’écart entre texte source et traduction, observation méthodologique majeure pour toute lecture de la Septante et du Siracide grec.
3 L’expression epi tou Euergetou basileōs, « sous le roi Évergète », est traditionnellement rapportée à Ptolémée VIII Évergète II. La « trente-huitième année » conduit vers 132 av. J.-C., selon le mode de calcul du règne. paroikia désigne la condition de résidence à l’étranger et, par extension, la diaspora. ēthos peut désigner le caractère, les dispositions ou les habitudes ; le but de la traduction est pratique : préparer les lecteurs à une conduite conforme à la Loi.
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