Introduction — Siracide

Le Siracide, ou Ben Sira (Ecclésiastique dans une partie de la tradition latine), est un grand recueil de sagesse juive composé à Jérusalem au début du IIe siècle av. n. è. Son prologue grec est en outre un témoin exceptionnel de la conscience ancienne de la traduction biblique.

Lecture progressive et dossier scientifique. Trois profondeurs permettent de passer des repères essentiels au dossier universitaire. Les données textuelles, historiques et littéraires sont distinguées des hypothèses de recherche et des réceptions confessionnelles.

État scientifique du livre. Revue philologique curatée : 0/1401 versets · revue curatée non commencée · Validation scientifique : non attribuée. Voir l’état global →
1 · DécouvrirParcours, structure, thèmes et premières questions.
2 · ComprendreCanon, histoire, composition, genres et recherche.
3 · ÉtudierTextes sources, philologie, critique textuelle, réception et bibliographie.
DécouvrirPour entrer dans le livre sans prérequis.

En bref

Le livre rassemble enseignements, maximes, prières et éloges. Il relie la sagesse pratique à la crainte de Dieu, à la Torah, à la vie familiale, sociale et cultuelle.

Parcours du livre

Les chapitres 1–42 développent une vaste instruction sapientielle; 43–50 célèbrent la création puis les grandes figures d’Israël; le chapitre 51 conclut par prière, action de grâce et appel à rechercher la sagesse.

Fils conducteurs

sagesse et Torah; parole; amitié; richesse et pauvreté; famille; maîtrise de soi; prière; culte; mémoire d’Israël

Pourquoi lire Siracide dans son ensemble?

Siracide compte 51 chapitres. Une introduction ne remplace donc pas la lecture continue: elle fournit une carte. Le premier objectif est de reconnaître la progression du livre, ses ruptures, ses reprises et ses voix avant de résoudre les difficultés isolées. Le Siracide, ou Ben Sira (Ecclésiastique dans une partie de la tradition latine), est un grand recueil de sagesse juive composé à Jérusalem au début du IIe siècle av. n. è. Son prologue grec est en outre un témoin exceptionnel de la conscience ancienne de la traduction biblique. La lecture suivie permet de voir comment les thèmes annoncés au début sont confirmés, déplacés ou parfois volontairement laissés en tension.

Méthode de première lecture

Lire d’abord de larges unités sans multiplier les notes; repérer ensuite les changements de lieu, de locuteur, de genre et de temps; enfin revenir aux passages difficiles avec les outils d’étude. Pour chaque section, distinguer ce que le texte raconte ou affirme, la manière dont il le fait, et l’interprétation qu’en ont donnée les traditions ultérieures. Cette discipline évite de transformer immédiatement un verset en preuve doctrinale détachée de son contexte.

Questions directrices

  • Sagesse et Torah — où ce motif apparaît-il, comment évolue-t-il et quelles unités du livre le reconfigurent?
  • Parole — où ce motif apparaît-il, comment évolue-t-il et quelles unités du livre le reconfigurent?
  • Amitié — où ce motif apparaît-il, comment évolue-t-il et quelles unités du livre le reconfigurent?
  • Richesse et pauvreté — où ce motif apparaît-il, comment évolue-t-il et quelles unités du livre le reconfigurent?
  • Famille — où ce motif apparaît-il, comment évolue-t-il et quelles unités du livre le reconfigurent?
  • Maîtrise de soi — où ce motif apparaît-il, comment évolue-t-il et quelles unités du livre le reconfigurent?
  • Prière — où ce motif apparaît-il, comment évolue-t-il et quelles unités du livre le reconfigurent?
  • Culte — où ce motif apparaît-il, comment évolue-t-il et quelles unités du livre le reconfigurent?

Se repérer dans le canon

Sagesse — introduction · Isaïe — introduction

Plan de lecture détaillé

  1. Les chapitres 1–42 développent une vaste instruction sapientielle
  2. 43–50 célèbrent la création puis les grandes figures d’Israël; le chapitre 51 conclut par prière, action de grâce et appel à rechercher la sagesse.

Comment travailler ce plan

Pour chaque unité de Siracide, noter le genre, le locuteur principal, les destinataires, les termes répétés et la manière dont l’unité se raccorde à la suivante. Un plan n’est pas seulement une table des matières: il formule une hypothèse sur la logique du livre. Lorsque plusieurs plans savants existent, les comparer permet de voir où se situent les véritables articulations discutées.

ComprendrePour situer le livre historiquement et littérairement.

Place dans les corpus

Le Siracide est deutérocanonique dans la tradition catholique et reçu dans plusieurs traditions orthodoxes; il n’appartient pas au canon rabbinique. Sa réception ancienne est néanmoins très large dans le judaïsme et le christianisme.

Composition et datation

L’auteur se présente comme Jésus/Jeshua fils de Sira. La composition hébraïque est généralement située vers le début du IIe siècle av. n. è. Son petit-fils traduisit ensuite l’ouvrage en grec en Égypte; le prologue fournit des indications chronologiques et une réflexion explicite sur les difficultés de traduction.

Contexte historique et littéraire

Le livre appartient au judaïsme hellénistique de Jérusalem, dans un monde où traditions scribales juives et culture grecque coexistent. Il défend une sagesse enracinée dans l’héritage d’Israël sans se réduire à une polémique simple contre l’hellénisme.

Genre et stratégie littéraire

Les livres sapientiaux et poétiques travaillent par proverbe, dialogue, chant, prière, méditation, instruction ou fiction didactique. Ils ne proposent pas tous la même sagesse et peuvent même se contredire de manière productive. Job, Qohélet, Proverbes, Siracide ou Sagesse interrogent différemment ordre du monde, justice, mort, bonheur, souffrance et connaissance.

Monde historique, social et culturel

La sagesse biblique participe à un vaste environnement du Proche-Orient et de la Méditerranée: instructions égyptiennes, proverbes mésopotamiens, débats sur le juste souffrant, poésie amoureuse et réflexion hellénistique. Les parallèles éclairent des formes et des thèmes, mais ne suppriment pas la spécificité littéraire de chaque ouvrage.

Histoire de la recherche

La recherche a déplacé l’accent d’une classification rigide des « genres de sagesse » vers l’étude des collections, des voix, des cadres scolaires, du temple, de la performance poétique et de la rédaction. Pour les Psaumes, la forme finale du Psautier et les manuscrits de Qumrân ont profondément renouvelé la discussion; pour Job ou Qohélet, la pluralité des voix reste centrale.

Relations avec les autres livres bibliques

La position canonique de Siracide crée des relations de lecture avec les livres qui le précèdent et le suivent, mais l’ordre canonique n’est pas nécessairement l’ordre de composition. Ces livres dialoguent entre eux et avec Torah, prophètes et récits. Les Psaumes réemploient création, Exode et royauté; Proverbes et Siracide partagent des formes d’instruction; Sagesse relit traditions d’Israël dans un grec hellénistique. Le Nouveau Testament reprend de nombreux psaumes et motifs sapientiaux, mais le sens de ces réemplois doit rester distingué du contexte premier.

Ce qu’une introduction ne doit pas trancher trop vite

Les questions d’auteur, de date, de sources, d’historicité et de théologie ne possèdent pas toutes le même degré de certitude. La Bible Savoy distingue donc: données directement observables dans le texte; témoignages manuscrits ou historiques externes; hypothèses explicatives largement partagées; modèles minoritaires; et interprétations confessionnelles. Cette hiérarchie de preuve doit rester visible jusque dans les notes de traduction.

Canon, ordre et numérotation

L’ordre et parfois la numérotation varient selon les traditions. Le Psautier présente le cas le plus visible avec les divergences de numérotation entre hébreu et grec/latin. Sagesse et Siracide possèdent en outre un statut deutérocanonique dans le catholicisme.

Données externes et contrôle historique

Les comparaisons utiles comprennent instructions égyptiennes, sagesse mésopotamienne, littérature sapientielle juive du Second Temple, manuscrits poétiques de Qumrân et, pour Ben Sira, témoins hébreux médiévaux et de la mer Morte/Massada. Le but est d’éclairer vocabulaire, formes et milieux de sagesse sans dissoudre chaque œuvre dans un fonds culturel commun.

Niveaux de certitude

Pour Siracide, une date approximative, une relation littéraire ou l’identification d’un contexte peuvent être plus ou moins probables sans être démontrées au même degré. Le dossier éditorial doit donc employer un vocabulaire gradué — certain, très probable, probable, possible, hypothétique — et éviter les formulations absolues lorsque la recherche demeure ouverte.

ÉtudierPour travailler le texte, ses témoins et les choix de traduction.

Texte et transmission

Le Siracide possède une histoire textuelle exceptionnellement complexe. Une part substantielle de l’hébreu a été retrouvée dans la Gueniza du Caire, à Massada et parmi les manuscrits du désert de Juda; le grec, le syriaque et d’autres versions anciennes restent indispensables pour les passages non conservés en hébreu et pour l’histoire du texte.

Dossiers textuels et philologiques

Les témoins hébreux et grecs divergent parfois dans l’ordre, la longueur ou la formulation. Les numérotations de chapitres et de versets varient aussi selon les éditions. Il faut donc identifier le témoin réellement traduit et distinguer reconstruction, variante et expansion.

Enjeux de traduction

Aucune langue témoin ne doit être utilisée comme correction silencieuse d’une autre. Lorsque l’hébreu ancien est conservé, il doit être étudié pour lui-même; lorsqu’il manque, le témoin de base doit être annoncé. Le prologue grec est conservé ci-dessous comme document textuel et traductologique majeur.

Repères bibliographiques

  • Patrick W. Skehan & Alexander A. Di Lella, The Wisdom of Ben Sira
  • Pancratius C. Beentjes, The Book of Ben Sira in Hebrew
  • Benjamin G. Wright, No Small Difference: Sirach’s Relationship to Its Hebrew Parent Text

Langue, style et rhétorique

La poésie hébraïque se construit souvent par cola parallèles, ellipses, reprises, images et rythme syntaxique plutôt que par métrique française. Les hapax, termes rares, vocalisations massorétiques et images corporelles sont fréquents. La traduction doit résister à l’envie d’expliciter chaque métaphore ou de transformer une ambiguïté poétique en thèse univoque.

Intertextualité et réemploi

Ces livres dialoguent entre eux et avec Torah, prophètes et récits. Les Psaumes réemploient création, Exode et royauté; Proverbes et Siracide partagent des formes d’instruction; Sagesse relit traditions d’Israël dans un grec hellénistique. Le Nouveau Testament reprend de nombreux psaumes et motifs sapientiaux, mais le sens de ces réemplois doit rester distingué du contexte premier.

Réception et histoire de l’interprétation

La réception liturgique des Psaumes, l’interprétation morale de Proverbes, les lectures christologiques de certains textes et les usages philosophiques de Qohélet ou Sagesse ont produit des traditions considérables. Une introduction exhaustive signale ces trajectoires comme histoire de réception, sans les confondre avec l’établissement du sens philologique premier.

Critique textuelle : protocole de travail

Pour chaque difficulté de Siracide, la première question n’est pas « quelle traduction préfère-t-on? » mais « quel texte cherche-t-on à traduire? ». Le dossier doit inventorier les témoins pertinents, leur date et leur parenté, distinguer faute de copie, variante intentionnelle et éventuelle forme littéraire différente, puis évaluer les lectures sans compter mécaniquement les manuscrits. La leçon retenue, lorsqu’elle diffère de la base de travail, doit être documentée et réversible.

Du texte source aux six restitutions

Une seule analyse source alimente Clarté, Lecture, Proclamation, Déployée, Littérale et Philologique. Clarté peut lever un obstacle de compréhension; Lecture cherche un français continu; Proclamation travaille rythme et oralité; Déployée explicite seulement les nuances réellement justifiées; Littérale rend visibles ordre, répétitions et constructions; Philologique expose ambiguïtés, morphologie, syntaxe et décisions. Aucune restitution ne doit devenir le texte pivot dont les autres seraient dérivées.

Contrôles avancés à effectuer

  1. Vérifier la délimitation de l’unité et son genre.
  2. Comparer la base textuelle aux témoins anciens pertinents.
  3. Identifier les mots rares, polysémiques et constructions ambiguës.
  4. Relever répétitions, parallélismes, inclusions et changements de voix.
  5. Comparer les citations ou allusions à leur texte source.
  6. Distinguer contexte historique reconstruit et monde raconté.
  7. Consulter plusieurs commentaires de méthodes et traditions différentes.
  8. Documenter la décision de traduction et son degré de certitude.

Questions ouvertes

Même une introduction très développée ne ferme pas le dossier. Pour Siracide, les débats de composition, de contexte, de transmission et de réception doivent rester versionnés. Une hypothèse peut devenir plus ou moins probable à mesure que de nouveaux travaux, éditions critiques ou données manuscrites apparaissent. Le bon statut scientifique est donc celui d’un dossier argumenté, daté et révisable.

Bibliographie complémentaire de méthode

  • James L. Crenshaw, Old Testament Wisdom
  • Michael V. Fox, Proverbs and Ecclesiastes studies
  • John J. Collins, Jewish Wisdom in the Hellenistic Age
  • The Oxford Handbook of the Psalms
  • Robert Alter, The Art of Biblical Poetry

Pour aller plus loin, compléter ces repères par les commentaires spécialisés déjà cités dans cette introduction, les éditions critiques du texte source et la bibliographie générale de Bible Savoy.

Outils Bible Savoy à mobiliser

L’interlinéaire sert à contrôler l’alignement source/français; le lexique rassemble lemme, formes et morphologie; la concordance vérifie les emplois dans le corpus; le dictionnaire fournit les notices de contexte; les parallèles repèrent citations et rapprochements; Histoire & archéologie documente les données externes. Aucun outil n’est une autorité isolée: leur intérêt vient de la convergence ou de la tension entre données indépendantes.

Ordre recommandé pour une difficulté

  1. Lire l’unité entière dans la restitution Lecture.
  2. Comparer Littérale et Philologique pour repérer la difficulté réelle.
  3. Vérifier le texte source et sa morphologie dans l’interlinéaire.
  4. Consulter les variantes textuelles pertinentes.
  5. Interroger concordance et lexique avant les dictionnaires théologiques.
  6. Examiner le contexte historique seulement après avoir établi ce que dit le texte.
  7. Comparer plusieurs commentaires savants de méthodes différentes.
  8. Revenir à Clarté, Proclamation et Déployée pour contrôler que la décision reste intelligible, orale et justifiable.

Bibliographie : comment la lire

Une bibliographie exhaustive n’est pas une liste d’autorités à additionner. Il faut identifier la date de chaque ouvrage, son type — commentaire, monographie, édition critique, étude historique ou article — et sa méthode. Les commentaires plus anciens conservent souvent une grande valeur philologique; les travaux récents peuvent intégrer de nouveaux manuscrits, découvertes ou modèles. Lorsqu’un point important est disputé, le dossier Bible Savoy doit citer au moins deux positions représentatives plutôt que présenter une seule école comme consensus.

Document ancien — Prologue du traducteur grecConserver et lire les six restitutions du prologue déjà publiées.

Prologue du traducteur — Siracide

Le prologue transmis avec la version grecque est éditorialement distinct du chapitre 1. Il est donc présenté ici sans créer de « chapitre 0 » dans la numérotation du livre.

Clarté

1 Beaucoup de grandes choses nous ont été transmises par la Loi, les Prophètes et les autres écrits qui les ont suivis. Israël mérite d’être loué pour l’instruction et la sagesse qu’il en a reçues. Ceux qui les lisent doivent non seulement devenir eux-mêmes instruits, mais aussi pouvoir aider ceux qui désirent apprendre, par la parole et par l’écrit. C’est pourquoi mon grand-père Jésus, après s’être consacré avec beaucoup de soin à la lecture de la Loi, des Prophètes et des autres livres de nos pères, et avoir acquis une grande familiarité avec eux, s’est lui-même mis à écrire sur l’instruction et la sagesse, afin que ceux qui aiment apprendre puissent progresser davantage encore en vivant selon la Loi.

2 Je vous demande donc de lire ce livre avec bienveillance et attention, et d’être indulgents là où, malgré tout le soin apporté à la traduction, certaines expressions peuvent paraître moins bien rendues. Car ce qui est dit en hébreu n’a pas exactement la même force lorsqu’on le traduit dans une autre langue. Cela vaut non seulement pour ce livre, mais aussi pour la Loi, les Prophètes et les autres écrits : leur expression change sensiblement lorsqu’ils passent de leur langue originale dans une autre.

3 La trente-huitième année du règne du roi Évergète, je suis venu en Égypte et j’y ai séjourné quelque temps. J’y ai trouvé un exemplaire d’une grande valeur pour l’instruction. J’ai alors estimé nécessaire de consacrer moi-même beaucoup de soin et de travail à traduire ce livre. Durant cette période, j’y ai employé de nombreuses veilles et toute mon habileté, jusqu’à achever et publier l’ouvrage. Je l’ai fait aussi pour ceux qui vivent à l’étranger et désirent apprendre, afin qu’ils puissent se préparer à vivre selon la Loi.

Lecture

1 De nombreux et grands enseignements nous ont été transmis par la Loi, les Prophètes et les autres écrits venus à leur suite ; à cause d’eux, il convient de louer Israël pour son instruction et sa sagesse. Et puisque ceux qui lisent doivent non seulement devenir eux-mêmes compétents, mais encore rendre service, par la parole et par l’écrit, à ceux qui désirent apprendre, mon grand-père Jésus, après s’être appliqué plus encore à la lecture de la Loi, des Prophètes et des autres livres de nos pères, et avoir acquis dans ces écrits une solide pratique, fut conduit à composer lui aussi quelque chose touchant l’instruction et la sagesse, afin que les amis du savoir, devenus familiers de ces choses, progressent davantage dans une vie conforme à la Loi.

2 Vous êtes donc invités à entreprendre cette lecture avec bienveillance et attention, et à faire preuve d’indulgence là où, malgré le travail consacré à la traduction, certaines expressions sembleraient manquer de force. Car les choses dites dans leur hébreu propre n’ont pas la même puissance lorsqu’elles sont traduites dans une autre langue. Et il n’en va pas ainsi seulement de ce livre : la Loi elle-même, les Prophètes et le reste des livres présentent une différence non négligeable lorsqu’ils sont exprimés dans leur langue d’origine.

3 Dans la trente-huitième année du roi Évergète, étant arrivé en Égypte et y ayant séjourné un certain temps, je trouvai un exemplaire d’une instruction considérable. J’estimai alors qu’il était très nécessaire que je consacre moi-même du soin et du labeur à traduire ce livre. Au prix de nombreuses veilles et d’une grande application durant cet intervalle, j’achevai l’ouvrage et le publiai également pour ceux qui vivent dans la diaspora et désirent apprendre, afin qu’ils disposent leur conduite à vivre selon la Loi.

Proclamation

1 Beaucoup de grandes choses nous ont été transmises par la Loi, les Prophètes et les autres écrits. Pour cette instruction et cette sagesse, Israël mérite louange. Ceux qui lisent doivent devenir instruits — mais aussi rendre service, par la parole et par l’écrit, à ceux qui veulent apprendre. Voilà pourquoi mon grand-père Jésus, longuement formé par la Loi, les Prophètes et les autres livres de nos pères, s’est mis lui aussi à écrire sur l’instruction et la sagesse : afin que ceux qui aiment apprendre progressent davantage dans une vie selon la Loi.

2 Lisez donc avec bienveillance et attention. Et soyez indulgents si, malgré tout le travail de traduction, certaines expressions paraissent moins fortes. Car ce qui est dit en hébreu ne garde pas exactement la même puissance lorsqu’il passe dans une autre langue. C’est vrai de ce livre — et aussi de la Loi, des Prophètes et des autres écrits.

3 La trente-huitième année du roi Évergète, je vins en Égypte. J’y trouvai un écrit d’une grande richesse d’enseignement. Alors je me mis au travail pour traduire ce livre. J’y consacrai de longues veilles, jusqu’à l’achever et le publier — pour ceux aussi qui vivent à l’étranger et veulent apprendre, afin de préparer leur vie selon la Loi.

Déployée

1 Le traducteur situe l’ouvrage dans la continuité de trois ensembles déjà reconnus : la Loi, les Prophètes et les « autres livres » hérités des pères. Il présente son grand-père Jésus comme un lecteur assidu de cette tradition, devenu à son tour auteur sapientiel. Son but n’est pas seulement la connaissance : l’étude doit conduire à une vie réglée par la Loi et permettre aux lecteurs instruits de devenir utiles à d’autres.

2 Le traducteur formule ici une véritable théorie ancienne de la traduction. Il reconnaît que le passage d’une langue à une autre produit nécessairement une perte ou un déplacement de force sémantique. Cette remarque ne concerne pas seulement son propre travail : elle vaut également pour les traductions grecques de la Loi, des Prophètes et des autres livres bibliques. Le prologue constitue ainsi un témoignage exceptionnel sur la conscience philologique des traducteurs juifs de l’époque hellénistique.

3 Le traducteur donne un repère historique précis : la trente-huitième année du règne d’un roi surnommé Évergète, généralement identifié à Ptolémée VIII Évergète II, ce qui situe son arrivée en Égypte vers 132 av. J.-C. Il décrit ensuite son travail comme une entreprise prolongée, menée au prix de veilles et d’efforts, destinée notamment aux Juifs de la diaspora désireux d’ordonner leur vie selon la Loi.

Littérale

1 De beaucoup et de grandes choses nous ayant été données par la Loi, les Prophètes et les autres qui les ont suivis, au sujet desquelles il convient de louer Israël pour instruction et sagesse, et puisqu’il faut que non seulement ceux qui lisent deviennent eux-mêmes savants, mais encore que ceux qui aiment apprendre puissent être utiles à ceux du dehors, parlant et écrivant, mon grand-père Jésus, s’étant davantage adonné à la lecture de la Loi, des Prophètes et des autres livres ancestraux, et s’y étant acquis une pratique suffisante, fut conduit lui aussi à écrire quelque chose de ce qui concerne instruction et sagesse, afin que les amis du savoir, devenus familiers de ces choses, progressent bien davantage par une vie conforme à la Loi.

2 Vous êtes donc exhortés à faire la lecture avec bienveillance et attention, et à avoir indulgence là où, malgré le labeur consacré à l’interprétation, nous pourrions paraître impuissants dans quelques-unes des expressions. Car les choses dites dans leur propre langue hébraïque n’ont pas la même force lorsqu’elles sont transférées dans une autre langue. Et non seulement celles-ci, mais la Loi elle-même, les Prophéties et le reste des livres ont une différence non petite lorsqu’ils sont dits dans leur langue propre.

3 Car dans la trente-huitième année, sous le roi Évergète, étant arrivé en Égypte et y ayant séjourné quelque temps, je trouvai une copie d’une instruction non petite. Et je jugeai très nécessaire que moi aussi j’applique quelque diligence et labeur à traduire ce livre. Ayant consacré beaucoup de veille et de savoir-faire pendant cet intervalle de temps, je menai le livre à son terme pour le publier aussi à ceux de la résidence étrangère qui désirent apprendre, préparant d’avance leur caractère à vivre conformément à la Loi.

Philologique

1 Le prologue nomme successivement ho nomos, hoi prophētai et ta alla patria biblia, « la Loi, les Prophètes et les autres livres ancestraux ». Cette tripartition est importante pour l’histoire de la formation du corpus juif. philomatheis désigne les « amis du savoir / ceux qui aiment apprendre ». ennomos biōsis signifie littéralement une « manière de vivre conforme à la Loi ». Le « grand-père Jésus » est l’auteur hébreu du Siracide, tandis que le prologue est l’œuvre de son petit-fils traducteur.

2 hermēneia signifie ici « traduction/interprétation ». Le verbe adynamein exprime l’idée de « ne pas avoir la force suffisante », d’où le constat d’une perte possible dans le transfert linguistique. L’expression en heautois hebraisti legomena renvoie à ce qui est « dit en hébreu dans sa langue propre ». Le prologue affirme explicitement l’écart entre texte source et traduction, observation méthodologique majeure pour toute lecture de la Septante et du Siracide grec.

3 L’expression epi tou Euergetou basileōs, « sous le roi Évergète », est traditionnellement rapportée à Ptolémée VIII Évergète II. La « trente-huitième année » conduit vers 132 av. J.-C., selon le mode de calcul du règne. paroikia désigne la condition de résidence à l’étranger et, par extension, la diaspora. ēthos peut désigner le caractère, les dispositions ou les habitudes ; le but de la traduction est pratique : préparer les lecteurs à une conduite conforme à la Loi.

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