Introduction — Ruth
Ruth est un récit bref centré sur Naomi, Ruth et Booz. À travers migration, deuil, glanage, solidarité familiale et mariage, le livre articule vulnérabilité économique, appartenance au peuple et mémoire dynastique.
Lecture progressive et dossier scientifique. Trois profondeurs permettent de passer des repères essentiels au dossier universitaire. Les données textuelles, historiques et littéraires sont distinguées des hypothèses de recherche et des réceptions confessionnelles.
DécouvrirPour entrer dans le livre sans prérequis.
Titre et place dans les corpus
Le livre porte le nom de Ruth, femme moabite qui accompagne Naomi en Juda. Dans le Tanakh, Ruth appartient aux Écrits (Ketouvim) et est l’un des cinq Megillot ; dans de nombreux canons chrétiens, il est placé après Juges en raison de son cadre narratif « aux jours où jugeaient les juges ». Sa conclusion généalogique rattache Booz et Ruth à David.
Structure littéraire
Le récit est construit avec une grande économie. Le chapitre 1 mène de Bethléem à Moab puis au retour de Naomi et Ruth ; le chapitre 2 organise la rencontre de Ruth et Booz dans les champs ; le chapitre 3 déplace l’action sur l’aire de battage ; le chapitre 4 conduit à la procédure à la porte de la ville, au mariage, à la naissance d’Obed et à la généalogie. Les motifs du vide et du remplissement, du départ et du retour, ainsi que les bénédictions prononcées par les personnages, relient ces scènes.
Axes de lecture
La fidélité relationnelle — souvent associée au mot ḥesed —, la solidarité envers les personnes vulnérables, l’étranger, la descendance et la providence narrative sont au centre du livre. Le narrateur mentionne relativement peu d’interventions divines directes : une grande partie de l’action passe par les décisions humaines, les rencontres et les obligations sociales. Ruth demeure à la fois « la Moabite » et pleinement intégrée à la généalogie finale, tension identitaire que la traduction doit conserver.
ComprendrePour situer le livre historiquement et littérairement.
Composition et datation
La date de composition demeure discutée. Les propositions vont de la période monarchique à l’époque perse. La généalogie davidique finale a souvent conduit à situer le livre après David, tandis que certains traits linguistiques ont été invoqués tantôt en faveur d’une date ancienne, tantôt comme archaïsmes littéraires. L’importance de la figure moabite a aussi été mise en relation avec les débats postexiliques sur les mariages avec des étrangères, notamment dans Esdras et Néhémie ; cette lecture est possible mais ne suffit pas à dater le récit. (Hubbard 1988 ; Schipper 2016)
Contexte social et juridique
Le livre met en scène plusieurs institutions : glanage, solidarité du parent proche, rachat d’une propriété familiale et mariage assurant une continuité de descendance. Le terme go’el désigne un proche capable d’exercer certaines responsabilités de « racheteur » ou défenseur familial. La scène de Ruth 4 présente des contacts avec les lois du lévirat de Deutéronome 25, mais elle ne reproduit pas exactement cette procédure. La traduction doit donc éviter de transformer Booz en titulaire d’une fonction juridique moderne ou de fusionner des institutions voisines mais distinctes.
ÉtudierPour travailler le texte, ses témoins et les choix de traduction.
Texte et transmission
La Bible Savoy part du texte massorétique selon le Westminster Leningrad Codex / OSHB. Le texte hébreu est relativement bien conservé, mais plusieurs formes rares, archaïsantes ou dialectales ont suscité des discussions. La Septante, la Vulgate et d’autres versions anciennes sont utiles pour contrôler certains passages difficiles, sans constituer des textes pivots de traduction. (Campbell 1975 ; Nielsen 1997)
Passages à enjeu textuel ou philologique
Ruth 1,20–21 joue sur les noms Naomi (« agréable ») et Mara (« amère ») ; 2,12 emploie l’image de l’abri sous les « ailes » de YHWH, reprise lexicalement en 3,9 lorsque Ruth demande à Booz d’étendre son « aile / pan de vêtement » ; 3,4–9 contient des expressions corporelles susceptibles d’euphémismes, mais dont la portée exacte doit rester distinguée de l’interprétation ; 4,5 présente une construction textuelle et juridique difficile discutée dans les témoins et les commentaires.
Enjeux de traduction
Go’el, ḥesed, kanaph, les formules de bénédiction, les jeux sur les noms et les possibles euphémismes de Ruth 3 exigent de distinguer traduction et interprétation narrative. Le français doit également conserver la finesse des prises de parole : Naomi, Ruth et Booz ne disposent pas du même statut social et négocient pourtant activement leur avenir.
Repères bibliographiques
- Edward F. Campbell Jr., Ruth, Anchor Bible 7, Doubleday, 1975.
- Robert L. Hubbard Jr., The Book of Ruth, New International Commentary on the Old Testament, Eerdmans, 1988.
- Kirsten Nielsen, Ruth: A Commentary, Old Testament Library, Westminster John Knox Press, 1997.
- Jeremy Schipper, Ruth: A New Translation with Introduction and Commentary, Anchor Yale Bible 7D, Yale University Press, 2016.
- André LaCocque, Ruth: A Continental Commentary, Fortress Press, 2004.
- Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 4e éd., Fortress Press, 2022.
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Passerelles
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