Introduction — Josué
Josué raconte le passage du Jourdain, les traditions de conquête, la répartition du pays entre les tribus et les derniers discours de Josué. Le livre se situe à la charnière entre la Torah et l’histoire d’Israël dans le pays.
Lecture progressive et dossier scientifique. Trois profondeurs permettent de passer des repères essentiels au dossier universitaire. Les données textuelles, historiques et littéraires sont distinguées des hypothèses de recherche et des réceptions confessionnelles.
DécouvrirPour entrer dans le livre sans prérequis.
Titre et place dans les corpus
Le livre porte le nom de son personnage principal, Josué (Yehoshuaʿ). Dans le Tanakh, il ouvre les « Prophètes antérieurs » ; dans les canons chrétiens, il inaugure habituellement les livres historiques. Son ouverture reprend directement la mort de Moïse à la fin du Deutéronome et transfère l’autorité narrative à Josué.
Structure littéraire
Les chapitres 1–5 préparent l’entrée dans le pays ; 6–12 regroupent les récits de conquête ; 13–21 décrivent la répartition territoriale et les villes ; 22 traite de l’autel construit par les tribus transjordaniennes ; 23–24 rassemblent les discours finaux et le renouvellement de l’alliance à Sichem. Le contraste entre déclarations de conquête générale et mentions de territoires restant à prendre appartient à la forme même du livre et ne doit pas être effacé par harmonisation.
Axes de lecture
Terre, fidélité à la Torah, mémoire, frontière, identité collective et accomplissement de promesses structurent le livre. Rahab, les Gabaonites et les tribus situées de part et d’autre du Jourdain compliquent les frontières simples entre « Israël » et « autres ». Le motif du ḥerem, qui implique selon les contextes mise à l’écart, consécration irrévocable ou destruction, exige une attention particulière : le traduire ne revient ni à justifier moralement la violence racontée ni à l’atténuer.
ComprendrePour situer le livre historiquement et littérairement.
Composition et datation
Josué est fréquemment étudié dans le cadre de l’« Histoire deutéronomiste », modèle qui relie Deutéronome, Josué, Juges, Samuel et Rois par des thèmes, un vocabulaire et une interprétation de l’histoire communs. Depuis Martin Noth, ce modèle a été profondément diversifié : certains chercheurs proposent une grande rédaction exilique, d’autres plusieurs éditions ou des processus plus complexes. Les liens littéraires avec le Deutéronome sont manifestes ; leur explication historique précise reste discutée. (Nelson 1997 ; Römer 2007)
Histoire, archéologie et récit de conquête
Les données archéologiques de la transition entre Bronze récent et Fer I ne correspondent pas à un scénario uniforme de conquête militaire de toutes les villes mentionnées par le livre. Certains sites montrent des destructions dans les périodes pertinentes, d’autres étaient peu occupés ou posent des problèmes de chronologie, et l’augmentation des villages dans les hautes terres suggère des processus démographiques complexes. Les modèles proposés pour l’émergence d’Israël incluent immigration, transformation interne de populations cananéennes et combinaisons de plusieurs phénomènes. L’archéologie ne permet donc pas de lire Josué comme un compte rendu militaire moderne ; elle n’impose pas davantage une reconstruction historique unique. (Killebrew 2005 ; Grabbe 2007)
ÉtudierPour travailler le texte, ses témoins et les choix de traduction.
Texte et transmission
La Bible Savoy part du texte massorétique selon le Westminster Leningrad Codex / OSHB. Josué présente cependant un dossier textuel particulièrement important : la Septante est souvent plus brève et diffère parfois dans l’ordre ou la formulation de sections entières, tandis que des fragments de Qumrân montrent que plusieurs formes du livre ont circulé dans l’Antiquité. Il est donc possible que certaines divergences reflètent non de simples erreurs de copie mais des états littéraires différents du livre. Chaque cas doit être évalué séparément. (Tov 2022 ; Nelson 1997)
Passages à enjeu textuel ou philologique
Josué 5,2–9 présente dans la Septante et le texte massorétique des différences significatives autour de la circoncision ; 8,30–35, l’autel du mont Ébal et la lecture de la Torah, occupe une position différente dans certaines traditions ; 10,12–13 cite le « Livre du Juste » et contient une poésie dont le rapport au récit en prose demande attention ; 24 possède dans la Septante plusieurs développements et différences de clôture importants pour l’histoire littéraire du livre.
Enjeux de traduction
Le terme ḥerem ne possède pas d’équivalent français unique. Les frontières territoriales, listes de lieux, verbes militaires et formules deutéronomiques demandent également un contrôle terminologique soutenu. Les toponymes ne doivent pas être modernisés comme si leur identification était toujours certaine. Lorsque le texte alterne résumé global et constat d’inachèvement, la traduction doit laisser subsister cette tension.
Repères bibliographiques
- Richard D. Nelson, Joshua, Old Testament Library, Westminster John Knox Press, 1997.
- Thomas B. Dozeman, Joshua 1–12, Anchor Yale Bible 6B, Yale University Press, 2015.
- L. Daniel Hawk, Joshua, Berit Olam, Liturgical Press, 2000.
- Trent C. Butler, Joshua, Word Biblical Commentary 7, Word Books, 1983.
- Ann E. Killebrew, Biblical Peoples and Ethnicity: An Archaeological Study of Egyptians, Canaanites, Philistines, and Early Israel, Society of Biblical Literature, 2005.
- Thomas Römer, The So-Called Deuteronomistic History: A Sociological, Historical, and Literary Introduction, T&T Clark, 2007.
- Lester L. Grabbe, Ancient Israel: What Do We Know and How Do We Know It?, T&T Clark, 2007.
- Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 4e éd., Fortress Press, 2022.
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Passerelles
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