Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Ruben 3 — désir, sexualité et maîtrise de soi
Ce chapitre poursuit le testament de Ruben autour de désir, sexualité et maîtrise de soi. La parole paternelle relit l’expérience du patriarche pour orienter la conduite de ses descendants.
Texte — sept restitutions
Une seule analyse du texte source gouverne les sept restitutions. La version Lecture est ouverte par défaut.
Clarté
§1 À tous ces esprits s’ajoute un huitième, le sommeil, qui ressemble à une extase de la nature et porte l’image de la mort.
§2 Avec eux se mêlent les esprits de l’égarement.
§3 Le premier est l’inconduite sexuelle ; le deuxième, l’insatiable appétit du ventre.
§4 Le troisième est l’esprit de dispute dans le foie et la bile ; le quatrième, celui qui pousse à plaire et à tromper pour paraître beau.
§5 Le cinquième est l’orgueil ; le sixième, l’esprit de mensonge qui fabrique de fausses paroles contre les proches et les parents.
§6 Le septième est l’injustice, avec le vol, la cupidité et le désir de posséder ; car l’injustice agit avec les autres esprits par la ruse.
§7 À tous se joint l’esprit du sommeil, qui apporte égarement et imagination trompeuse.
§8 Ainsi périt tout jeune homme : son intelligence s’obscurcit, il ne comprend plus la vérité, ne cherche plus la Loi de Dieu et n’écoute plus l’enseignement de ses pères.
§9 Maintenant donc, mes enfants, aimez la vérité : elle vous gardera. Écoutez Ruben, votre père.
§10 Ne fixez pas votre attention sur la beauté d’une femme ; ne restez pas seuls avec une femme mariée et ne cherchez pas à vous mêler des affaires des femmes.
§11 Car si je n’avais pas vu Bilha se baigner dans un lieu retiré, je ne serais pas tombé dans une telle faute.
§12 Mon esprit fut saisi par sa nudité et je ne trouvai plus le sommeil jusqu’à avoir commis l’acte honteux.
§13 Pendant que Jacob, notre père, était allé auprès d’Isaac, son père, à Gader près d’Éphrata, à Bethléem, Bilha s’enivra et dormait découverte dans sa chambre.
§14 J’entrai, je vis sa nudité et je commis l’impiété ; puis je la laissai endormie et je sortis.
§15 Aussitôt un ange de Dieu révéla ma faute à mon père. Jacob vint, se lamenta sur moi et ne s’approcha plus d’elle.
Lecture
§1 Aux sept facultés s’ajoute le sommeil, comme une sortie de l’activité ordinaire de la nature et comme une image anticipée de la mort.
§2 Mais aux facultés humaines se mêlent aussi des forces d’égarement.
§3 La première conduit à l’inconduite sexuelle ; la deuxième à l’avidité insatiable du ventre.
§4 La troisième alimente la querelle et l’amertume ; la quatrième pousse à rechercher l’approbation et à user d’artifices pour se rendre attirant.
§5 La cinquième nourrit l’orgueil ; la sixième est celle du mensonge, qui invente des accusations et des paroles fausses contre les proches.
§6 La septième conduit à l’injustice, au vol et à l’avidité ; elle se joint volontiers aux autres égarements et agit par la tromperie.
§7 Le sommeil lui-même peut alors devenir le lieu de l’égarement et des images trompeuses.
§8 Voilà comment un jeune homme peut se perdre : son intelligence se couvre d’obscurité, il ne reconnaît plus la vérité, ne cherche plus la Loi de Dieu et n’écoute plus les avertissements de ses pères.
§9 Mes enfants, aimez donc la vérité : elle vous gardera. Écoutez ce que Ruben, votre père, vous dit.
§10 Ne nourrissez pas votre désir en fixant la beauté d’une femme ; ne recherchez pas les situations ambiguës avec une femme mariée et ne vous immiscez pas dans l’intimité d’autrui.
§11 Moi-même, si je n’avais aperçu Bilha alors qu’elle se baignait à l’écart, je ne serais pas tombé dans la faute qui a marqué ma vie.
§12 Mais mon esprit resta prisonnier de l’image de sa nudité ; je perdis le repos jusqu’au jour où je commis cet acte honteux.
§13 Notre père Jacob était alors parti voir Isaac, son propre père, à Gader, près d’Éphrata et de Bethléem. Bilha avait bu ; elle dormait dans sa chambre, découverte.
§14 J’entrai, la vis nue et commis l’impiété. Je la laissai endormie et sortis.
§15 Mais un ange de Dieu fit connaître ma faute à mon père. Jacob revint, se lamenta à mon sujet et cessa désormais de s’unir à Bilha.
Proclamation
§1 Et au-dessus de ces esprits vient le sommeil : repos de la nature, image de la mort.
§2 Mais l’erreur se mêle à nos facultés.
§3 D’abord l’inconduite ; puis l’appétit qui ne connaît plus de mesure.
§4 Puis la querelle et l’amertume ; puis le désir de plaire, qui déguise et trompe pour paraître beau.
§5 Puis l’orgueil ; puis le mensonge, qui fabrique des paroles contre les proches.
§6 Puis l’injustice : vol, cupidité, désir de posséder ; elle se glisse avec les autres par la ruse.
§7 Même le sommeil se mêle alors aux égarements et aux images trompeuses.
§8 Ainsi se perd le jeune homme : son intelligence s’assombrit ; il oublie la vérité, ne cherche plus la Loi de Dieu, n’écoute plus ses pères.
§9 Mes enfants, aimez la vérité, et elle vous gardera ! Écoutez Ruben, votre père.
§10 Ne nourrissez pas votre regard de la beauté d’une femme ; ne cherchez pas la solitude avec une femme mariée ; ne vous mêlez pas de ce qui ne vous appartient pas.
§11 Moi, si je n’avais pas vu Bilha se baigner à l’écart, je ne serais pas tombé.
§12 Sa nudité saisit mon esprit ; je ne trouvai plus le sommeil jusqu’à l’acte honteux.
§13 Jacob était parti chez Isaac, près d’Éphrata et de Bethléem. Bilha avait bu ; elle dormait découverte dans sa chambre.
§14 J’entrai. Je vis. Je commis l’impiété. Puis je la laissai endormie et je sortis.
§15 Mais Dieu révéla ma faute à mon père. Jacob revint, pleura sur moi et ne s’approcha plus d’elle.
Déployée
§1 À ces sept facultés, le texte ajoute un huitième « esprit », celui du sommeil, compris comme une suspension de l’activité naturelle et comme une image de la mort.
§2 Il explique ensuite que les facultés créées peuvent être envahies ou détournées par des « esprits d’égarement », c’est-à-dire par des tendances qui faussent leur usage.
§3 La première tendance nommée est la porneia, l’inconduite sexuelle ; la deuxième est l’insatiabilité du ventre, lorsque l’appétit devient domination.
§4 La troisième est l’esprit de conflit associé au foie et à la bile, images antiques de la colère et de l’amertume ; la quatrième recherche l’approbation et utilise l’artifice pour donner une apparence séduisante.
§5 La cinquième est l’orgueil ; la sixième est le mensonge, capable d’inventer des paroles fausses et accusatrices jusque contre ceux de sa propre parenté.
§6 La septième est l’injustice : elle prend la forme du vol, de l’avidité et de la volonté de s’emparer du bien d’autrui ; elle coopère avec les autres dérèglements par la tromperie.
§7 Même le sommeil peut servir d’espace à l’égarement lorsque l’imagination trompeuse s’y mêle.
§8 Ainsi périt le jeune homme lorsque son intelligence s’obscurcit : il ne comprend plus la vérité, ne cherche plus la Loi de Dieu et n’écoute plus l’enseignement de ses pères.
§9 Ruben oppose donc à ces égarements l’amour de la vérité : « Mes enfants, aimez la vérité et écoutez Ruben, votre père. »
§10 Il formule ensuite des règles de prudence sexuelle selon les catégories morales de son époque : ne pas nourrir le désir par un regard insistant, éviter l’intimité avec la femme d’un autre et ne pas rechercher ce qui relève de l’intimité féminine.
§11 Il rattache cette exhortation à sa propre histoire : le fait d’avoir aperçu Bilha se baignant à l’écart a déclenché en lui le désir qui l’a conduit à sa faute.
§12 L’image de sa nudité domina sa pensée et lui ôta le repos jusqu’à ce qu’il commette l’acte qu’il nomme lui-même une abomination.
§13 Pendant que Jacob, leur père, était allé auprès d’Isaac à Gader, près d’Éphrata-Bethléem, Bilha avait bu et dormait découverte dans sa chambre.
§14 Ruben dit être entré, avoir vu sa nudité et avoir commis l’impiété, avant de repartir en la laissant endormie.
§15 La faute, ajoute-t-il, fut révélée à Jacob par un ange de Dieu ; Jacob revint, se lamenta sur son fils et ne reprit plus de relation avec Bilha.
Littérale
§1 Et sur tous ceux-ci, huitième, l’esprit du sommeil, avec lequel advient l’extase de la nature et l’image de la mort.
§2 Et avec ceux-ci se mêlent les esprits de l’égarement.
§3 Premier, l’esprit de porneia ; deuxième, l’esprit de l’insatiabilité du ventre.
§4 Troisième, l’esprit de querelle dans le foie et la bile ; quatrième, l’esprit de complaisance et de tromperie afin que, par artifice, on paraisse beau.
§5 Cinquième, l’esprit d’orgueil ; sixième, l’esprit de mensonge, en perdition et en jalousie, pour fabriquer des paroles et les cacher aux parents et aux proches.
§6 Septième, l’esprit d’injustice, avec lequel sont vols et cupidités, afin que le cœur fasse toutes choses avec tromperie ; car l’injustice coopère avec les autres esprits par la ruse.
§7 Et avec tous ceux-ci se mêle l’esprit du sommeil, avec égarement et imagination.
§8 Et ainsi périt tout jeune homme, obscurcissant son intelligence loin de la vérité, ne comprenant pas la Loi de Dieu et n’écoutant pas l’enseignement de ses pères.
§9 Et maintenant, mes enfants, aimez la vérité et elle vous gardera ; écoutez Ruben, votre père.
§10 Ne prenez pas garde à la beauté d’une femme et ne demeurez pas seuls avec une femme mariée, et ne cherchez pas les affaires des femmes.
§11 Car si je n’avais pas vu Bilha se baignant dans un lieu caché, je ne serais pas tombé dans cette grande impiété.
§12 Mon esprit, ayant reçu l’image de sa nudité, ne me laissa pas dormir jusqu’à ce que j’aie accompli l’abomination.
§13 Car Jacob notre père étant parti vers Isaac son père, à Gader près d’Éphrata en Bethléem, Bilha s’enivra et dormait découverte dans sa chambre.
§14 Et moi, étant entré, je vis sa nudité et je commis l’impiété ; puis, la laissant endormie, je sortis.
§15 Et aussitôt un ange de Dieu annonça à mon père mon impiété ; il vint, se lamenta sur moi et ne la toucha plus.
Philologique
§1 Puis sur tous ceux-ci, huitième, l’esprit du sommeil, avec lequel advient l’extase de la nature et l’image de la mort.
§2 Puis avec ceux-ci se mêlent les esprits de l’égarement.
§3 Premier, l’esprit de inconduite sexuelle ; deuxième, l’esprit de l’insatiabilité du ventre.
§4 Troisième, l’esprit de querelle dans le foie et la bile ; quatrième, l’esprit de complaisance et de tromperie pour que, par artifice, on paraisse beau.
§5 Cinquième, l’esprit d’orgueil ; sixième, l’esprit de mensonge, en perdition et en jalousie, pour fabriquer des paroles et les cacher aux parents et aux proches.
§6 Septième, l’esprit d’injustice, avec lequel sont vols et cupidités, pour que le cœur fasse toutes choses avec tromperie ; car l’injustice coopère avec les autres esprits par la ruse.
§7 Puis avec tous ceux-ci se mêle l’esprit du sommeil, avec égarement et imagination.
§8 Puis ainsi périt tout jeune, obscurcissant son intelligence loin de la vérité, ne comprenant pas la Loi de Dieu et n’écoutant pas l’enseignement de ses pères.
§9 Puis maintenant, mes enfants, aimez la vérité et elle vous gardera ; écoutez Ruben, votre père.
§10 Ne prenez pas garde à la beauté d’une femme et ne demeurez pas seuls avec une femme mariée, et ne cherchez pas les affaires des femmes.
§11 Car si je n’avais pas vu Bilha se baignant dans un lieu caché, je ne serais pas tombé dans cette grande impiété.
§12 Mon esprit, ayant reçu l’image de sa nudité, ne me laissa pas dormir jusqu’à ce que j’aie accompli l’abomination.
§13 Car Jacob notre père étant parti vers Isaac son père, à Gader près d’Éphrata en Bethléem, Bilha s’enivra et dormait découverte dans sa chambre.
§14 Puis moi, étant entré, je vis sa nudité et je commis l’impiété ; puis, la laissant endormie, je sortis.
§15 Puis aussitôt un ange de Dieu annonça à mon père mon impiété ; il vint, se lamenta sur moi et ne la toucha plus.
Paraphrase
§1 Ruben poursuit son enseignement en expliquant que le sommeil lui-même rappelle la fragilité humaine : chaque nuit, l’activité consciente s’interrompt comme dans une image provisoire de la mort.
§2 Mais surtout, il veut montrer que nos facultés peuvent être détournées par des habitudes mauvaises.
§3 Il nomme d’abord la sexualité déréglée et l’appétit devenu insatiable.
§4 Puis viennent le goût de la dispute, l’amertume, la recherche de l’approbation et les artifices employés pour séduire.
§5 Il ajoute l’orgueil et le mensonge, qui peuvent aller jusqu’à inventer des accusations contre sa propre famille.
§6 Enfin vient l’injustice : voler, convoiter, vouloir posséder ce qui appartient à autrui et utiliser la ruse pour y parvenir.
§7 Même l’imagination nocturne, dit-il, peut entretenir ces égarements.
§8 Le vrai danger est alors l’obscurcissement du jugement : quand un jeune n’aime plus la vérité, n’écoute plus la Loi ni ceux qui veulent l’instruire, il devient vulnérable à tous ces dérèglements.
§9 Ruben résume donc son conseil : aimez la vérité, car elle vous protégera ; écoutez l’avertissement que je vous donne à partir de ma propre histoire.
§10 Son expérience le conduit ensuite à recommander une grande prudence dans les relations sexuelles et dans le regard porté sur autrui, selon les normes morales anciennes de son milieu.
§11 Il raconte que son désir a commencé lorsqu’il a aperçu Bilha se baignant à l’écart.
§12 Cette image a envahi sa pensée jusqu’à lui faire perdre le sommeil et l’a conduit finalement à l’acte qu’il regrette.
§13 À ce moment-là, Jacob était absent auprès de son père Isaac. Bilha, après avoir bu, dormait découverte.
§14 Ruben entra, la vit et commit l’acte qu’il qualifie d’impiété, puis repartit pendant qu’elle dormait encore.
§15 La faute fut ensuite révélée à Jacob ; celui-ci pleura sur son fils et, selon le récit, cessa désormais d’avoir des relations avec Bilha.
Notes textuelles
- L’association du foie et de la bile à la dispute reflète une anthropologie physiologique antique et ne constitue pas une affirmation médicale moderne.
- Les prescriptions relatives aux femmes relèvent d’un discours ascétique et patriarcal antique. La traduction les rend sans les transformer en norme éditoriale contemporaine.
- Le récit relit Gn 35,22 sous forme autobiographique développée ; ses détails narratifs propres au Testament ne doivent pas être réinjectés dans la Genèse.
Place dans l’ouvrage
Dans le Testament
Chapitre 3 sur 7 du Testament de Ruben, centré dans l’ensemble sur repentance, désir et maîtrise de soi.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire comme testament pseudépigraphique : récit autobiographique, exhortation morale et prophétie y sont volontairement articulés.
- Les formulations chrétiennes éventuelles doivent être examinées au cas par cas et non présumées pour tout le chapitre.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Sefaria API working witness; English text based on R. H. Charles 1908
Lecture éditoriale. Le témoin anglais sert au repérage ; la validation finale doit revenir aux témoins grecs, arméniens, slaves et aux éditions critiques pertinentes.
Bibliographie de travail
- R. H. Charles, The Testaments of the Twelve Patriarchs (1908)
- H. C. Kee, Testaments of the Twelve Patriarchs
- Marinus de Jonge, Studies on the Testaments of the Twelve Patriarchs
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.