Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Juda 12 — désir, sexualité et maîtrise de soi
Ce chapitre poursuit le testament de Juda autour de désir, sexualité et maîtrise de soi. La parole paternelle relit l’expérience du patriarche pour orienter la conduite de ses descendants.
Texte — sept restitutions
Une seule analyse du texte source gouverne les sept restitutions. La version Lecture est ouverte par défaut.
Clarté
§1 Deux ans après ces événements, Tamar étant veuve, elle apprit que je montais tondre les brebis. Elle se para comme une jeune mariée et s’assit près de la porte, en face de la ville.
§2 Selon une coutume des Amorrites, une femme qui allait se marier s’asseyait sept jours près de la porte dans un contexte de prostitution.
§3 Comme j’étais ivre près des eaux de Chozéba, je ne reconnus pas Tamar à cause du vin ; sa beauté et sa parure me trompèrent.
§4 Je me détournai vers elle et dis : “Laisse-moi venir vers toi.” Elle répondit : “Que me donneras-tu ?” Je lui donnai mon bâton, ma ceinture et mon diadème royal ; je m’unis à elle et elle conçut.
§5 Ignorant ce qui s’était réellement passé, je voulus la faire mourir ; mais elle envoya secrètement les gages et me couvrit de honte.
§6 Je la fis venir et entendis aussi les paroles secrètes que je lui avais dites lorsque j’étais couché avec elle dans mon ivresse ; je ne pus la faire mourir, car je compris que cela venait du Seigneur.
§7 Je me demandais pourtant si elle n’avait pas agi avec ruse en obtenant les gages d’une autre personne.
§8 Je ne m’approchai plus jamais d’elle jusqu’à ma mort, car j’avais commis là une abomination en Israël.
§9 Les gens de la ville disaient qu’aucune femme consacrée à ce rite n’habitait chez eux ; Tamar était venue d’un autre lieu et s’était assise peu de temps à la porte.
§10 Elle pensait que personne ne savait que j’étais allé vers elle.
§11 Après cela, à cause de la famine, nous allâmes en Égypte auprès de Joseph.
§12 J’avais alors quarante-six ans, et je vécus encore soixante-treize ans en Égypte.
Lecture
§1 Deux ans après ces événements, Tamar étant restée veuve, elle apprit que je montais pour la tonte des brebis. Elle se para d’ornements nuptiaux et s’assit devant la ville, près de la porte.
§2 Car, selon une coutume attribuée ici aux Amorrites, la femme qui devait se marier demeurait sept jours près de la porte dans un rite associé à la prostitution.
§3 Comme j’étais ivre près des eaux de Chozéba, le vin m’empêcha de reconnaître Tamar ; sa beauté et l’apparence que lui donnait sa parure me trompèrent.
§4 Je me tournai vers elle et lui dis : “Laisse-moi venir vers toi.” Elle répondit : “Que me donneras-tu ?” Je lui remis mon bâton, ma ceinture et le diadème de la royauté ; je m’unis à elle et elle conçut.
§5 Ne sachant pas ce qu’elle avait fait, je voulus la faire mourir ; mais elle m’envoya en secret les gages et me confondit.
§6 Je la fis alors venir et j’entendis aussi les paroles confidentielles que je lui avais dites lorsque j’avais couché avec elle dans mon ivresse ; je ne pus la faire mourir, car je compris que l’affaire venait du Seigneur.
§7 Je me demandais encore si elle n’avait pas agi par ruse en recevant les gages de quelqu’un d’autre.
§8 Mais je ne m’approchai plus d’elle jusqu’à ma mort, car j’avais commis cette abomination au milieu d’Israël.
§9 Les habitants de la ville disaient qu’il n’y avait chez eux aucune femme accomplissant ce rite ; Tamar, venue d’un autre lieu, n’était restée que peu de temps assise à la porte.
§10 Elle pensait que personne n’avait découvert que j’étais entré auprès d’elle.
§11 Après cela, à cause de la famine, nous descendîmes en Égypte auprès de Joseph.
§12 J’avais quarante-six ans, et je vécus là encore soixante-treize années.
Proclamation
§1 Deux ans passèrent. Tamar était veuve. Apprenant que je montais pour la tonte, elle se para comme une épouse et s’assit près de la porte de la ville.
§2 Le récit évoque une coutume amorrite : sept jours près de la porte, dans un rite lié à la prostitution.
§3 Moi, j’étais ivre près des eaux de Chozéba. Le vin m’empêcha de la reconnaître ; sa beauté et sa parure me trompèrent.
§4 Je lui dis : “Laisse-moi venir vers toi.” Elle demanda : “Que me donneras-tu ?” Je lui remis mon bâton, ma ceinture, mon diadème royal. Je m’unis à elle ; elle conçut.
§5 Plus tard, ne sachant pas la vérité, je voulus la faire mourir. Alors elle envoya les gages en secret, et la honte retomba sur moi.
§6 Je la fis venir ; elle rapporta même les paroles que j’avais dites dans mon ivresse. Je ne pus la condamner : je compris que l’affaire venait du Seigneur.
§7 Pourtant je soupçonnais encore une ruse, comme si les gages avaient pu venir d’un autre.
§8 Je ne m’approchai plus d’elle jusqu’à ma mort, car ce que j’avais fait était pour moi une abomination en Israël.
§9 Les habitants dirent qu’aucune femme de ce rite n’habitait leur ville ; Tamar n’était venue que brièvement s’asseoir à la porte.
§10 Elle pensait que nul ne savait que j’étais allé vers elle.
§11 Puis la famine nous conduisit en Égypte, auprès de Joseph.
§12 J’avais quarante-six ans ; je vécus encore soixante-treize ans là-bas.
Déployée
§1 Deux ans après la mort de ses maris, Tamar, toujours veuve, apprend que Juda monte pour la tonte. Elle revêt une parure nuptiale et se place près de la porte de la ville.
§2 Le narrateur explique ce geste par une coutume attribuée aux Amorrites, selon laquelle une femme destinée au mariage demeurait sept jours près de la porte dans un rite que le texte associe à la prostitution.
§3 Juda affirme qu’il était ivre près des eaux de Chozéba ; il explique son incapacité à reconnaître Tamar par le vin, la beauté de Tamar et sa parure.
§4 Il lui propose une relation sexuelle ; Tamar exige un gage et reçoit le bâton, la ceinture et le diadème royal de Juda. Leur union conduit à une conception.
§5 Juda, ignorant l’identité de la femme, veut ensuite faire mourir Tamar ; elle produit secrètement les objets remis en gage et révèle ainsi qu’il est lui-même impliqué.
§6 La confrontation est renforcée par des paroles privées que Tamar peut répéter ; Juda renonce alors à la faire mourir et interprète l’événement comme venant du Seigneur.
§7 Il reconnaît cependant avoir encore soupçonné une possible ruse concernant l’origine des gages.
§8 Il affirme ne plus avoir eu de relation avec Tamar et qualifie l’événement d’abomination en Israël.
§9 Le récit cherche aussi à préciser que Tamar ne faisait pas partie des femmes rituellement associées à la porte de cette ville : elle serait venue d’ailleurs et n’y serait restée que brièvement.
§10 Tamar pensait ainsi que la relation resterait inconnue.
§11 Le récit rejoint ensuite l’histoire de Joseph : la famine conduit la famille en Égypte.
§12 Juda donne enfin son âge au moment de la migration et la durée de sa vie en Égypte.
Littérale
§1 Après ces paroles, Tamar étant veuve, après deux ans, ayant entendu que je montais tondre les brebis, s’étant ornée d’un ornement nuptial, elle s’assit en face de la ville près de la porte.
§2 Car c’était une loi des Amorrites que celle qui se mariait s’assît d’abord sept jours près de la porte dans la prostitution.
§3 Moi donc, m’étant enivré aux eaux de Chozéba, je ne la reconnus pas à cause du vin ; et sa beauté me trompa par la forme de son ornement.
§4 Et m’étant détourné vers elle je dis : “Que j’entre vers toi.” Elle me dit : “Que me donneras-tu ?” Et je lui donnai mon bâton, ma ceinture et le diadème de la royauté ; m’étant uni à elle, elle conçut.
§5 Ignorant ce qu’elle avait fait, je voulus la tuer ; mais ayant envoyé secrètement les arrhes, elle me fit honte.
§6 L’ayant appelée, j’entendis aussi les paroles dites dans le secret, celles que j’avais prononcées couchant avec elle dans mon ivresse ; et je ne pus la tuer, parce que cela était du Seigneur.
§7 Mais je disais : “Peut-être a-t-elle fait cela avec ruse, ayant reçu les arrhes d’une autre.”
§8 Mais je ne m’approchai plus d’elle jusqu’à ma mort, car j’avais fait cette abomination dans tout Israël.
§9 Et ceux de la ville disaient qu’il n’y avait pas dans la ville de femme accomplissant le rite ; car venue d’un autre lieu elle s’était assise peu de temps à la porte.
§10 Et elle pensait que personne n’avait su que j’étais entré vers elle.
§11 Et après cela nous vînmes en Égypte vers Joseph à cause de la famine.
§12 J’avais quarante-six ans, et je vécus là soixante-treize ans.
Philologique
§1 Tamar, veuve depuis deux ans, apprend que Juda monte pour la tonte ; elle se pare d’un kosmos nymphikos, ornement nuptial, et s’assied près de la porte.
§2 Le texte invoque un nomos des Amorrites : la future épouse devait « s’asseoir auparavant » sept jours près de la porte en porneia ; la valeur historique de cette notice demande un examen indépendant.
§3 Juda, ivre aux eaux de Chozéba, ne reconnaît pas Tamar ; il attribue l’erreur au vin, à sa beauté et au schēma de sa parure.
§4 Il lui propose d’« entrer vers elle » ; Tamar exige un contre-don et reçoit rhabdos, zōnē et diadēma tēs basileias, bâton, ceinture et diadème royal. Leur union conduit à la conception.
§5 Juda veut ensuite la tuer, mais Tamar lui envoie en secret les arrabōnes, gages, qui l’exposent publiquement.
§6 Tamar rapporte également des paroles dites en mystērion durant l’ivresse ; Juda renonce à la tuer, estimant que l’événement est para kyriou, du Seigneur.
§7 Il avoue toutefois avoir soupçonné qu’elle avait pu obtenir les gages d’une autre personne.
§8 Il affirme ensuite ne plus l’avoir approchée et qualifie l’acte de bdelygma en Israël.
§9 Les habitants de la ville nient qu’une femme « consacrée » à ce rite ait résidé parmi eux ; le texte précise que Tamar venait d’un autre lieu et ne s’était assise que brièvement à la porte.
§10 Elle pensait que la venue de Juda auprès d’elle n’était connue de personne.
§11 La famine conduit ensuite la famille en Égypte auprès de Joseph.
§12 Juda indique avoir quarante-six ans à ce moment et vivre encore soixante-treize ans en Égypte.
Paraphrase
§1 Juda raconte ensuite l’épisode de Tamar en reconnaissant sa propre responsabilité. Deux ans après son veuvage, Tamar apprend qu’il va participer à la tonte et se présente près de la route sous une apparence nuptiale.
§2 Le récit explique son emplacement par une coutume locale ancienne associée à la sexualité rituelle ; cette notice appartient au cadre littéraire du texte et n’est pas une preuve historique suffisante à elle seule.
§3 Juda est ivre et ne reconnaît pas Tamar ; il dit avoir été trompé par le vin et par son apparence.
§4 Il sollicite une relation sexuelle et laisse en gage des objets qui l’identifient clairement : son bâton, sa ceinture et son insigne royal. Tamar devient enceinte.
§5 Plus tard, Juda veut la faire condamner sans savoir qu’il est lui-même le père ; Tamar lui renvoie alors les gages et le met face à sa propre conduite.
§6 Les paroles privées qu’elle rapporte confirment encore l’identité de l’homme ; Juda abandonne son projet de mise à mort et interprète l’affaire à la lumière de Dieu.
§7 Il avoue pourtant avoir d’abord soupçonné une manipulation.
§8 Il dit ensuite avoir cessé toute relation avec Tamar et juge sévèrement l’acte commis.
§9 Le récit cherche en outre à expliquer comment Tamar a pu se faire passer pour une femme liée à la porte sans appartenir réellement à ce groupe.
§10 Elle comptait sur l’anonymat de la rencontre.
§11 Peu après, la famine entraîne toute la famille vers Joseph en Égypte.
§12 Juda termine cette séquence en donnant son âge lors de cette migration et le nombre d’années qu’il y vécut.
Texte source
§1 Μετὰ δὲ τοὺς λόγους τούτους, χηρευούσης τῆς Θάμαρ, μετὰ δύο ἔτη ἀκούσασα, ὅτι ἀνέρχομαι κεῖραι τὰ πρόβατα, κοσμηθεῖσα κόσμῳ νυμφικῷ, ἐκάθισεν ἀπέναντι τῇ πόλει πρὸς τὴν πύλην. §2 Νόμος γὰρ Ἀμορραίων, τὴν γαμοῦσαν προκαθίσαι ἐν πορνείᾳ ἑπτὰ ἡμέρας παρὰ τὴν πύλην. §3 Μεθυσθεὶς οὖν ἐγὼ ἐν ὕδασι Χωζήβ, οὐκ ἐπέγνων αὐτὴν ἀπὸ τοῦ οἴνου: καὶ ἠπάτησέ με τὸ κάλλος αὐτῆς διὰ τοῦ σχήματος τῆς κοσμήσεως. §4 Καὶ ἐκκλίνας πρὸς αὐτὴν εἶπον: Εἰσέλθω πρός σε. Καὶ εἶπέ μοι: Τί μοι δώσεις; Καὶ ἔδωκα αὐτῇ τὴν ῥάβδον μου καὶ τὴν ζώνην καὶ τὸ διάδημα τῆς βασιλείας, καὶ συνελθὼν αὐτῇ συνείληφεν. §5 Ἀγνοῶν δὲ ὃ ἐποίησεν, ἤθελον ἀνελεῖν αὐτήν: πέμψασα δὲ ἐν κρυπτῷ τοὺς ἀρραβῶνας, κατῄσχυνέ με. §6 Καλέσας δὲ αὐτήν, ἤκουσα καὶ τοὺς ἐν μυστηρίῳ λόγους, καθεύδων σὺν αὐτῇ ἐν τῇ μέθῃ μου οὓς ἐλάλησα: καὶ οὐκ ἠδυνήθην ἀνελεῖν αὐτήν, ὅτι παρὰ Κυρίου ἦν. §7 Ἔλεγον δέ: Μήποτε ἐν δολιότητι ἐποίησε, παρὰ ἄλλης λαβοῦσα τὸν ἀρραβῶνα. §8 Ἀλλ' οὐδὲ ἤγγισα αὐτῇ ἔτι ἕως θανάτου μου, ὅτι βδέλυγμα ἐποίησα τοῦτο ἐν παντὶ Ἰσραήλ. §9 Καίγε οἱ ἐν [τ]ῇ πόλει ἔλεγον, μὴ εἶναι ἐν τῇ πόλει τελισκομένην: ὅτι ἐξ ἄλλου χωρίου ἐλθοῦσα πρὸς βραχὺ ἐκάθισεν ἐν πύλῃ: §10 καὶ ἐνόμιζεν, ὅτι οὐδεὶς ἔγνω ὅτι εἰσῆλθον πρὸς αὐτήν. §11 Καὶ μετὰ ταῦτα ἤλθομεν εἰς Αἴγυπτον πρὸς Ἰωσὴφ διὰ τὸν λιμόν. [ §12 Τεσ]σαράκοντα ἓξ ἐτῶν ἤμην καὶ ἑβδομήκοντα τρία ἔτη ἔζησα ἐκεῖ.
Notes textuelles
- Traduction directe du grec ; Charles 1908 demeure l’édition de contrôle. La transcription grecque publique sert à normaliser l’OCR ; une édition grecque critique ultérieure sert uniquement de témoin de segmentation.
- La coutume attribuée aux Amorrites appartient au dispositif narratif du Testament de Juda ; son historicité ne doit pas être déduite du seul témoignage de ce texte.
Place dans l’ouvrage
Dans le Testament
Chapitre 12 sur 26 du Testament de Juda, centré dans l’ensemble sur force, royauté, désir et fidélité.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire comme testament pseudépigraphique : récit autobiographique, exhortation morale et prophétie y sont volontairement articulés.
- Les formulations chrétiennes éventuelles doivent être examinées au cas par cas et non présumées pour tout le chapitre.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Sefaria API working witness; English text based on R. H. Charles 1908
Lecture éditoriale. Le témoin anglais sert au repérage ; la validation finale doit revenir aux témoins grecs, arméniens, slaves et aux éditions critiques pertinentes.
Bibliographie de travail
- R. H. Charles, The Testaments of the Twelve Patriarchs (1908)
- H. C. Kee, Testaments of the Twelve Patriarchs
- Marinus de Jonge, Studies on the Testaments of the Twelve Patriarchs
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.