Bibliothèque ancienne · Introduction critique

Passion, terre nouvelle et peuple recréé

Ce chapitre de l’Épître de Barnabé développe : « Passion, terre nouvelle et peuple recréé ». Barnabé développe d’abord une herméneutique de l’alliance et de l’Écriture (1–17), puis transmet une forme des Deux Voies (18–20) avant l’exhortation finale (21).

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Texte — sept restitutions

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Clarté

§1 Après avoir accompli le commandement, que dit-il ? « Qui veut me juger ? Qu’il se présente contre moi. Qui prétend me donner raison ? Qu’il s’approche du serviteur du Seigneur. »

§2 « Malheur à vous : vous vieillirez tous comme un vêtement et la mite vous dévorera. » Le prophète dit encore qu’il a été posé comme une pierre solide : « Voici, je place dans les fondations de Sion une pierre précieuse, choisie, pierre d’angle honorée. »

§3 Puis il dit : « Celui qui mettra son espérance en elle vivra pour toujours. » Notre espérance serait-elle donc dans une pierre ? Certainement pas. Il parle ainsi parce que le Seigneur a établi sa chair dans la puissance. « Il m’a placé comme un roc solide. »

§4 Le prophète dit encore : « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre principale de l’angle. » Et encore : « Voici le grand et merveilleux jour que le Seigneur a fait. »

§5 Je vous écris simplement pour que vous compreniez, moi qui me considère comme entièrement donné à votre amour.

§6 Que dit encore le prophète ? « Une assemblée de méchants m’a entouré ; ils m’ont encerclé comme des abeilles autour d’un rayon de miel. » Et : « Ils ont tiré au sort mon vêtement. »

§7 Puisqu’il devait apparaître dans la chair et souffrir, sa passion fut annoncée d’avance. Le prophète dit au sujet d’Israël : « Malheur à leur âme : ils ont formé contre eux-mêmes un mauvais projet en disant : Attachons le juste, car il nous gêne. »

§8 Et Moïse leur dit : « Entrez dans la bonne terre que le Seigneur a juré de donner à Abraham, Isaac et Jacob ; recevez en héritage cette terre où coulent le lait et le miel. »

§9 Mais que dit la connaissance spirituelle ? « Mettez votre espérance en Jésus, qui doit vous apparaître dans la chair. » L’être humain est une terre qui souffre : Adam a été façonné à partir de la terre.

§10 Que signifie donc, selon Barnabé, cette « bonne terre où coulent le lait et le miel » ? Béni soit notre Seigneur, frères : il a mis en nous sagesse et intelligence pour comprendre ses mystères. Le prophète annonce une parabole du Seigneur ; seul le sage, l’homme de connaissance et celui qui aime son Seigneur peut la comprendre.

§11 Par le pardon des péchés, Dieu nous a renouvelés et a fait de nous une création d’un autre type : notre âme devient comme celle de petits enfants, comme s’il nous façonnait à nouveau.

§12 L’Écriture parle ainsi de nous, selon l’auteur, quand Dieu dit au Fils : « Faisons l’être humain à notre image et à notre ressemblance ; qu’ils dominent sur les animaux, les oiseaux et les poissons. » Puis le Seigneur dit devant sa belle créature : « Croissez, multipliez-vous et remplissez la terre. » Barnabé lit ces paroles comme adressées au Fils.

§13 Il veut encore montrer que Dieu parle de nous : il aurait accompli dans les derniers temps une seconde création. « Voici, je fais les dernières choses comme les premières. » C’est pourquoi le prophète annonce : « Entrez dans une terre où coulent le lait et le miel, et prenez-en possession. »

§14 Voyez donc : nous avons été refaçonnés. Un autre prophète dit : « J’enlèverai de ceux-ci leurs cœurs de pierre et je mettrai des cœurs de chair. » Car celui qui devait se manifester dans la chair voulait aussi habiter en nous.

§15 Notre cœur devient ainsi, frères, une demeure sainte, un temple pour le Seigneur.

§16 Le Seigneur dit encore : « Où me montrerai-je devant mon Dieu et serai-je glorifié ? » Puis : « Je te louerai dans l’assemblée de mes frères et je te chanterai au milieu de l’assemblée des saints. » Nous sommes donc, selon cette lecture, ceux qu’il a introduits dans la bonne terre.

§17 Que sont alors le lait et le miel ? Le petit enfant reçoit d’abord le miel, puis le lait, et c’est ainsi qu’il vit. De même, nous vivrons par la foi dans la promesse et par la Parole, en prenant possession de la terre.

§18 Plus haut il a été dit : « Qu’ils croissent, se multiplient et dominent sur les poissons. » Qui aujourd’hui peut réellement commander aux animaux, aux poissons ou aux oiseaux ? Nous devons comprendre que « dominer » suppose une autorité effective, le pouvoir d’ordonner et d’être obéi.

§19 Puisque cela n’est pas pleinement réalisé maintenant, la parole nous indique, selon Barnabé, quand cela le sera : lorsque nous-mêmes serons parvenus à l’accomplissement et deviendrons héritiers de l’alliance du Seigneur.

Lecture

§1 Une fois le commandement accompli, la parole lance ce défi : « Qui veut me juger ? Qu’il s’avance. Qui veut me donner raison ? Qu’il s’approche du serviteur du Seigneur. »

§2 Puis viennent l’image du vêtement rongé par la mite et celle de la pierre posée dans Sion : précieuse, choisie, pierre d’angle.

§3 « Celui qui espère en elle vivra pour toujours. » Barnabé précise aussitôt : il ne s’agit pas de mettre son espérance dans une pierre matérielle ; la pierre est pour lui une figure de la chair du Seigneur établie dans la puissance.

§4 La pierre rejetée devient donc pierre d’angle, et le jour du Seigneur devient « grand et merveilleux ».

§5 Je vous écris volontairement dans un langage simple, afin que vous compreniez : je me tiens entièrement au service de votre amour.

§6 L’auteur enchaîne avec d’autres paroles qu’il applique à la passion : l’assemblée des méchants qui entoure, les abeilles autour du rayon, le vêtement tiré au sort.

§7 Pour lui, puisque le Christ devait apparaître dans la chair et souffrir, cette souffrance avait été annoncée d’avance : « Attachons le juste, car il nous gêne. »

§8 Vient ensuite la promesse de la bonne terre donnée à Abraham, Isaac et Jacob, terre où coulent le lait et le miel.

§9 Barnabé propose alors sa « connaissance » du passage : cette terre devient une image de Jésus apparaissant dans la chair et, plus largement, de l’humanité elle-même façonnée à partir de la terre.

§10 Le lait et le miel sont donc lus comme les éléments d’une parabole cachée. Dieu aurait donné sagesse et intelligence pour en discerner le sens spirituel.

§11 Le pardon renouvelle les croyants : ils sont comme recréés, avec une âme redevenue semblable à celle d’enfants.

§12 Barnabé relit ainsi les paroles de la création — « Faisons l’homme », « croissez et multipliez »

§13 — comme adressées au Fils et comme annonçant une seconde création dans les derniers temps.

§14 Le cœur de pierre remplacé par un cœur de chair devient lui aussi une figure de cette recréation : le Christ se manifeste dans la chair afin d’habiter dans les croyants.

§15 Leur cœur devient alors un temple saint pour le Seigneur.

§16 Les paroles de louange « dans l’assemblée » sont appliquées à cette communauté introduite, selon l’interprétation de Barnabé, dans la « bonne terre ».

§17 Le lait et le miel sont enfin comparés à la nourriture du nourrisson : comme l’enfant reçoit sa nourriture pour vivre, le croyant reçoit la foi dans la promesse et la Parole.

§18 Quant au commandement de dominer les animaux, Barnabé observe qu’il n’est pas encore réalisé au sens plein. Il l’oriente donc vers l’avenir :

§19 cette souveraineté appartiendra aux croyants lorsqu’ils auront atteint l’accomplissement et reçu l’héritage de l’alliance.

Proclamation

§1 « Qui me juge ? Qu’il s’avance ! Qui me justifie ? Qu’il s’approche du serviteur du Seigneur ! »

§2 Le vêtement vieillit ; la mite le mange. Mais dans Sion, Dieu pose une pierre : précieuse, choisie, pierre d’angle.

§3 « Celui qui espère en elle vivra pour toujours. » Une pierre ? Non ! Pour Barnabé, cette pierre annonce la chair du Seigneur, établie dans la puissance.

§4 La pierre rejetée devient tête d’angle. Voici le jour grand et merveilleux du Seigneur !

§5 Je vous écris simplement, pour que vous compreniez : je suis tout entier donné à votre amour.

§6 Une assemblée de méchants m’entoure ; comme les abeilles autour du rayon. Ils tirent mon vêtement au sort.

§7 La souffrance était annoncée : « Attachons le juste, car il nous gêne ! »

§8 Puis vient la terre promise : bonne terre, terre du lait et du miel.

§9 Et Barnabé demande : qu’en dit la connaissance ? Espérez en Jésus qui vient dans la chair ! L’homme lui-même vient de la terre.

§10 La bonne terre devient alors parabole. Heureux celui qui reçoit sagesse et intelligence pour comprendre les mystères du Seigneur !

§11 Le pardon nous renouvelle ; Dieu nous façonne encore, comme des enfants.

§12 « Faisons l’homme à notre image ! » « Croissez ! Multipliez ! Remplissez la terre ! » Barnabé entend ces paroles en direction du Fils.

§13 Une seconde création s’annonce : les dernières choses comme les premières. Entrez dans la terre du lait et du miel !

§14 Cœurs de pierre retirés ; cœurs de chair donnés. Celui qui se manifeste dans la chair vient aussi habiter en nous.

§15 Notre cœur : demeure sainte, temple du Seigneur.

§16 « Je te louerai dans l’assemblée de mes frères ! » Nous sommes, dit Barnabé, ceux qui entrent dans la bonne terre.

§17 Le lait et le miel nourrissent l’enfant ; la foi dans la promesse et la Parole nous font vivre.

§18 Mais qui domine aujourd’hui réellement bêtes, poissons et oiseaux ? Dominer signifie avoir autorité.

§19 Ce qui n’est pas accompli maintenant le sera lorsque nous serons achevés, héritiers de l’alliance du Seigneur.

Déployée

§1 Barnabé poursuit sa lecture christologique des Écritures par une série de textes sur le serviteur contesté,

§2 le vêtement qui vieillit et surtout la pierre de Sion. La « pierre précieuse, choisie, pierre d’angle » est immédiatement interprétée :

§3 l’espérance n’est évidemment pas placée dans un matériau, mais dans le Seigneur dont la chair a été « établie dans la puissance ».

§4 La pierre rejetée devenue tête d’angle et le « grand jour » servent ainsi de figures du Christ.

§5 L’auteur revendique volontairement une écriture simple, orientée vers la compréhension de ses destinataires.

§6 D’autres citations sont réunies autour de la passion : assemblée hostile, abeilles entourant un rayon,

§7 partage du vêtement, puis décision de « lier le juste ». Pour Barnabé, ces images constituent une préfiguration de la souffrance du Christ manifesté dans la chair.

§8 La démonstration change ensuite d’objet : la promesse faite à Abraham, Isaac et Jacob d’une terre où coulent lait et miel.

§9 Barnabé introduit explicitement une lecture de « connaissance » (gnôsis) : la terre devient figure de l’être humain et de la chair, puisque l’être humain a été façonné de la terre ;

§10 la bonne terre est alors comprise comme parabole du Christ incarné et du renouvellement des croyants. Cette exégèse est allégorique et ne remplace pas le sens géographique et narratif de la promesse dans les textes bibliques.

§11 Le pardon des péchés produit, selon l’auteur, une nouvelle formation de l’être humain : âme enfantine, nouvelle création, refaçonnement.

§12 Les paroles de Genèse 1 sont alors relues comme un dialogue de Dieu avec le Fils et comme annonce d’une « seconde création » dans les derniers temps.

§13 La formule « les dernières choses comme les premières » permet à Barnabé de réappliquer la promesse de la terre à cette recréation.

§14 Le passage du cœur de pierre au cœur de chair reçoit la même orientation : celui qui doit se manifester dans la chair veut habiter dans les croyants.

§15 Le cœur devient donc le lieu du temple saint.

§16 Les textes sur la louange au milieu de l’assemblée sont appliqués à la communauté chrétienne : elle est, dans cette lecture, le peuple introduit dans la bonne terre.

§17 Barnabé propose enfin une interprétation du lait et du miel à partir de la nourriture du petit enfant. De même que l’enfant vit de ce qu’il reçoit, les croyants vivent de la foi dans la promesse et de la Parole.

§18 Le commandement de dominer les animaux est lui aussi déplacé vers l’eschatologie : puisque la domination pleine n’existe pas aujourd’hui, elle est comprise comme promesse future,

§19 liée à l’accomplissement des croyants et à leur héritage de l’alliance.

Littérale

§1 Lorsque donc il accomplit le commandement, que dit-il ? « Qui est celui qui me juge ? Qu’il se tienne contre moi. Ou qui est celui qui me justifie ? Qu’il s’approche du serviteur du Seigneur. »

§2 « Malheur à vous, parce que vous tous vieillirez comme un vêtement, et une mite vous mangera. » Et le prophète dit encore, puisqu’il fut placé comme pierre forte pour l’écrasement : « Voici, je mettrai dans les fondations de Sion une pierre précieuse, choisie, angulaire, honorable. »

§3 Ensuite que dit-il ? « Et celui qui espérera en elle vivra pour l’éternité. » Notre espérance est-elle donc sur une pierre ? Que cela n’arrive pas. Mais parce que le Seigneur a placé sa chair dans la force. Car il dit : « Et il m’a placé comme une pierre ferme. »

§4 Le prophète dit encore : « La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient, celle-ci est devenue tête d’angle. » Et encore : « Voici le jour grand et merveilleux que le Seigneur a fait. »

§5 Je vous écris plus simplement afin que vous compreniez ; moi, rebut/offrande de votre amour.

§6 Que dit encore le prophète ? « Une assemblée de ceux qui font le mal m’a entouré ; ils m’ont encerclé comme des abeilles un rayon de cire », et : « Sur mon vêtement ils ont jeté le sort. »

§7 Devant donc être manifesté dans sa chair et souffrir, la passion fut manifestée d’avance. Car le prophète dit envers Israël : « Malheur à leur âme, parce qu’ils ont délibéré un mauvais conseil contre eux-mêmes, disant : Lions le juste, parce qu’il nous est inutile/gênant. »

§8 Que leur dit l’autre prophète, Moïse ? « Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Entrez dans la bonne terre qu’a juré le Seigneur à Abraham, Isaac et Jacob, et recevez-la en héritage, terre ruisselant de lait et de miel. »

§9 Mais que dit la connaissance ? Apprenez : « Espérez, dit-elle, en Jésus qui doit vous être manifesté dans la chair. Car l’homme est une terre souffrante ; car la formation d’Adam s’est faite à partir de la face de la terre. »

§10 Que signifie donc : « dans la bonne terre, terre ruisselant de lait et de miel » ? Béni soit notre Seigneur, frères, celui qui a placé en nous sagesse et intelligence de ses secrets. Car le prophète dit une parabole du Seigneur : « Qui comprendra, sinon celui qui est sage, savant et qui aime son Seigneur ? »

§11 Puisque donc, nous ayant renouvelés dans la rémission des péchés, il nous a faits selon un autre type, afin que nous ayons une âme comme celle des enfants, comme s’il nous façonnait à nouveau.

§12 Car l’Écriture dit à notre sujet, comme il dit au Fils : « Faisons l’homme selon notre image et selon notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les bêtes de la terre, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer. » Et le Seigneur dit, voyant notre belle formation : « Croissez et multipliez et remplissez la terre. » Ces choses au Fils.

§13 De nouveau je te montrerai comment il parle envers nous. Il a fait une seconde formation dans les derniers temps. Et le Seigneur dit : « Voici, je fais les dernières choses comme les premières. » En vue de cela le prophète a proclamé : « Entrez dans une terre ruisselant de lait et de miel et dominez-la. »

§14 Vois donc : nous avons été refaçonnés, comme il dit encore dans un autre prophète : « Voici, dit le Seigneur, j’enlèverai de ceux-ci — c’est-à-dire de ceux que l’Esprit du Seigneur prévoyait — les cœurs de pierre et j’introduirai des cœurs de chair », parce que lui-même devait être manifesté dans la chair et habiter en nous.

§15 Car le lieu d’habitation de notre cœur est un temple saint pour le Seigneur, mes frères.

§16 Car le Seigneur dit encore : « Et en quoi apparaîtrai-je devant le Seigneur mon Dieu et serai-je glorifié ? » Il dit : « Je te confesserai dans l’assemblée de mes frères, et je te psalmodierai au milieu de l’assemblée des saints. » Nous sommes donc ceux qu’il a introduits dans la bonne terre.

§17 Que sont donc le lait et le miel ? Parce que l’enfant est d’abord vivifié par le miel, ensuite par le lait ; ainsi donc nous aussi, vivifiés par la foi de la promesse et par la Parole, nous vivrons en dominant la terre.

§18 Nous avons dit plus haut : « Qu’ils croissent, se multiplient et dominent les poissons. » Qui donc peut maintenant dominer des bêtes, des poissons ou des oiseaux du ciel ? Car nous devons comprendre que dominer est affaire de pouvoir, afin que quelqu’un, ayant commandé, exerce la seigneurie.

§19 Si donc cela n’arrive pas maintenant, il nous a dit quand : lorsque nous-mêmes aussi nous serons accomplis pour devenir héritiers de l’alliance du Seigneur.

Philologique

§1 Le premier verset combine langage judiciaire et figure du pais kyriou, « serviteur/enfant du Seigneur ». Le verbe dikaiousthai peut signifier être déclaré juste / avoir gain de cause.

§2 La pierre est polytelès, précieuse, eklektos, choisie, akrogôniaios, angulaire, entimos, honorée. La proposition préalable « posée comme pierre forte pour l’écrasement » prépare la lecture christologique.

§3 Barnabé corrige lui-même une lecture matérialiste : l’espérance n’est pas « sur une pierre » matérielle ; la pierre figure la sarx, chair du Seigneur « placée dans la force ».

§4 Kephalè gônias, « tête d’angle », reprend la tradition du Psaume 118.

§5 Peripsèma tès agapès hymôn reprend la formule d’abaissement déjà rencontrée : littéralement quelque chose comme « rebut/offrande de votre amour ».

§6 « Comme des abeilles [autour] d’un rayon de cire » condense une image scripturaire ; le tirage au sort du vêtement est mis en série avec elle dans une lecture passionnelle.

§7 Dyschrèstos signifie littéralement « difficile à utiliser / gênant / inutile ». La citation « lions le juste » est appliquée par Barnabé à la passion du Christ ; cette application appartient à sa réception scripturaire.

§8 La bonne terre « ruisselant de lait et de miel » est la formule traditionnelle de la promesse.

§9 Barnabé introduit explicitement hè gnôsis, « la connaissance », comme voix interprétative. « L’homme est une terre souffrante » (anthrôpos gar gè estin paschousa) est une formulation frappante qui relie Adam façonné de la terre à la chair susceptible de souffrir.

§10 Kryphia désigne les choses cachées/secrètes. La « parabole du Seigneur » devient intelligible au sophos, epistèmôn et à celui qui aime son Seigneur.

§11 Allos typos, « autre type/formulation », et anaplassein, « refaçonner », décrivent la recréation liée au pardon ; l’âme est dite « comme celle des enfants ».

§12 Barnabé lit Genèse 1,26 comme parole de Dieu « au Fils ». Cette attribution est une exégèse chrétienne antique du pluriel de Genèse, non une donnée grammaticale imposée au texte hébreu.

§13 Deutera plasis, « seconde formation/création », qualifie l’œuvre des derniers temps.

§14 La substitution des cœurs de pierre par des cœurs sarkinai, « de chair », est reliée à la manifestation en chair et à l’habitation du Christ dans les croyants.

§15 Katoikètèrion tès kardias, « demeure du cœur », est qualifié de temple saint.

§16 Les citations cultuelles sont appliquées à l’ekklèsia des saints.

§17 La séquence « miel puis lait » reflète une conception ancienne de l’alimentation du nourrisson ; Barnabé en fait l’allégorie de la foi dans la promesse et du logos.

§18 Le verbe archein est pris dans un sens fort de souveraineté effective. Constatant que cette domination des animaux n’est pas pleinement réalisée,

§19 Barnabé reporte son accomplissement au moment où les croyants deviendront teleioi, accomplis, et héritiers de l’alliance.

Paraphrase

§1 Barnabé rassemble plusieurs images bibliques autour d’un même centre :

§2 le Christ est pour lui le serviteur contesté et la pierre que Dieu pose à Sion.

§3 On peut rejeter cette pierre,

§4 mais c’est elle qui devient la pierre d’angle.

§5 Il insiste : il veut expliquer simplement ce qu’il croit avoir compris pour le partager avec une communauté qu’il aime.

§6 Barnabé rassemble alors plusieurs images de l’hostilité : une assemblée de malfaisants qui entoure, des ennemis comparés à des abeilles et le partage du vêtement par le sort.

§7 Puis il explique que, puisque le Christ devait apparaître dans la chair et souffrir, ces paroles annonçaient selon lui la passion ; il applique notamment au Christ la formule : « Attachons le juste, car il nous gêne. »

§8 Puis il change d’image : la terre promise, où coulent lait et miel.

§9 Barnabé ne s’arrête pas à la géographie du récit biblique. Il cherche un sens caché :

§10 puisque l’être humain vient de la terre et que le Christ est venu dans une chair humaine, la « bonne terre » devient pour lui une parabole de l’incarnation et de la transformation intérieure.

§11 Le pardon ne fait pas seulement disparaître une faute : il recrée l’être humain, comme si Dieu le façonnait de nouveau et lui rendait une âme d’enfant.

§12 Barnabé relit même le récit de la création comme une parole adressée au Fils et comme la matrice d’une création renouvelée.

§13 Il y voit l’annonce d’une « seconde création » dans les derniers temps : ce qui était au commencement doit, selon lui, être refait.

§14 La promesse d’un cœur de chair devient alors l’image de cette recréation : Dieu retire le cœur de pierre afin d’habiter dans un être humain renouvelé, et Barnabé rattache cette transformation à la manifestation du Christ dans la chair.

§15 Le véritable sanctuaire devient alors le cœur humain où le Seigneur habite.

§16 La communauté qui loue Dieu devient, dans cette lecture, le peuple conduit dans la « bonne terre ».

§17 Le lait et le miel figurent la nourriture reçue pour vivre : la foi dans la promesse et la Parole nourrissent la nouvelle création.

§18 Enfin, l’ordre de dominer les animaux reste pour Barnabé une promesse encore inachevée. Il le projette vers l’avenir,

§19 quand les croyants auront atteint leur accomplissement et reçu pleinement l’héritage de l’alliance.

Texte source

§1 Ὅτε οὖν ἐποίησεν τὴν ἐντολήν, τί λέγει; Τίς ὁ κρινόμενός μοι; ἀντιστήτω μοι· ἢ τίς ὁ δικαιούμενός μοι; ἐγγισάτω τῷ παιδὶ κυρίου. §2 οὐαὶ ὑμῖν, ὅτι ὑμεῖς πάντες ὡς ἱμάτιον παλαιωθήσεσθε, καὶ σὴς καταφάγεται ὑμᾶς. καὶ πάλιν λέγει ὁ προφήτης, ἐπεὶ ὡς λίθος ἰσχυρὸς ἐτέθη εἰς συντριβήν· Ἰδού, ἐμβαλῶ εἰς τὰ θεμέλια Σιὼν λίθον πολυτελῆ, ἐκλεκτόν, ἀκρογωνιαῖον, ἔντιμον. §3 εἶτα τί λέγει; Καὶ ὃς ἐλπίσει ἐπ’ αὐτὸν ζήσεται εἰς τὸν αἰῶνα. ἐπὶ λίθον οὖν ἡμῶν ἡ ἐλπίς; μὴ γένοιτο· ἀλλ’ ἐπεὶ ἐν ἰσχύϊ τέθεικεν τὴν σάρκα αὐτοῦ κύριος. λέγει γάρ· Καὶ ἔθηκέ με ὡς στερεὰν πέτραν. §4 λέγει δὲ πάλιν ὁ προφήτης· Λίθον ὃν ἀπεδοκίμασαν οἱ οἰκοδομοῦντες, οὗτος ἐγενήθη εἰς κεφαλὴν γωνίας. καὶ πάλιν λέγει· Αὕτη ἐστὶν ἡ ἡμέρα ἡ μεγάλη καὶ θαυμαστή, ἣν ἐποίησεν ὁ κύριος. §5 ἁπλούστερον ὑμῖν γράφω, ἵνα συνιῆτε· ἐγὼ περίψημα τῆς ἀγάπης ὑμῶν. §6 τί οὖν λέγει πάλιν ὁ προφήτης; Περιέσχεν με συναγωγὴ πονηρευομένων, ἐκύκλωσάν με ὡσεὶ μέλισσαι κηρίον, καί· Ἐπὶ τὸν ἱματισμόν μου ἔβαλον κλῆρον. §7 ἐν σαρκὶ οὖν αὐτοῦ μέλλοντος φανεροῦσθαι καὶ πάσχειν, προεφανερώθη τὸ πάθος. λέγει γὰρ ὁ προφήτης ἐπὶ τὸν Ἰσραήλ· Οὐαὶ τῇ ψυχῇ αὐτῶν, ὅτι βεβούλευνται βουλὴν πονηρὰν καθ’ ἑαυτῶν, εἰπόντες· Δήσωμεν τὸν δίκαιον, ὅτι δύσχρηστος ἡμῖν ἐστίν. §8 τί λέγει ὁ ἄλλος προφήτης Μωϋσῆς αὐτοῖς; Ἰδού, τάδε λέγει κύριος ὁ θεός· Εἰσέλθατε εἰς τὴν γῆν τὴν ἀγαθήν, ἣν ὤμοσεν κύριος τῷ Ἀβραὰμ καὶ Ἰσαὰκ καὶ Ἰακώβ, καὶ κατακληρονομήσατε αὐτήν, γῆν ῥέουσαν γάλα καὶ μέλι. §9 τί δὲ λέγει ἡ γνῶσις; μάθετε. ἐλπίσατε, φησίν, ἐπὶ τὸν ἐν σαρκὶ μέλλοντα φανεροῦσθαι ὑμῖν Ἰησοῦν. ἄνθρωπος γὰρ γῆ ἐστιν πάσχουσα· ἀπὸ προσώπου γὰρ τῆς γῆς ἡ πλάσις τοῦ Ἀδὰμ ἐγένετο. §10 τί οὖν λέγει· Εἰς τὴν γῆν τὴν ἀγαθήν, γῆν ῥέουσαν γάλα καὶ μέλι; εὐλογητὸς ὁ κύριος ἡμῶν, ἀδελφοί, ὁ σοφίαν καὶ νοῦν θέμενος ἐν ἡμῖν τῶν κρυφίων αὐτοῦ· λέγει γὰρ ὁ προφήτης παραβολὴν κυρίου· τίς νοήσει, εἰ μὴ σοφὸς καὶ ἐπιστήμων καὶ ἀγαπῶν τὸν κύριον αὐτοῦ; §11 ἐπεὶ οὖν ἀνακαινίσας ἡμᾶς ἐν τῇ ἀφέσει τῶν ἁμαρτιῶν, ἐποίησεν ἡμᾶς ἄλλον τύπον, ὡς παιδίων ἔχειν τὴν ψυχήν, ὡς ἂν δὴ ἀναπλάσσοντος αὐτοῦ ἡμᾶς. §12 λέγει γὰρ ἡ γραφὴ περὶ ἡμῶν, ὡς λέγει τῷ υἱῷ· Ποιήσωμεν κατ’ εἰκόνα καὶ καθ’ ὁμοίωσιν ἡμῶν τὸν ἄνθρωπον, καὶ ἀρχέτωσαν τῶν θηρίων τῆς γῆς καὶ τῶν πετεινῶν τοῦ οὐρανοῦ καὶ τῶν ἰχθύων τῆς θαλάσσης. καὶ εἶπεν κύριος, ἰδὼν τὸ καλὸν πλάσμα ἡμῶν· Αὐξάνεσθε καὶ πληθυνέσθε καὶ πληρώσατε τὴν γῆν. ταῦτα πρὸς τὸν υἱόν. §13 πάλιν σοι ἐπιδείξω, πῶς πρὸς ἡμᾶς λέγει. δευτέραν πλάσιν ἐπ’ ἐσχάτων ἐποίησεν. λέγει δὲ κύριος· Ἰδού, ποιῶ τὰ ἔσχατα ὡς τὰ πρῶτα. εἰς τοῦτο οὖν ἐκήρυξεν ὁ προφήτης· Εἰσέλθατε εἰς γῆν ῥέουσαν γάλα καὶ μέλι καὶ κατακυριεύσατε αὐτῆς. §14 ἴδε οὖν, ἡμεῖς ἀναπεπλάσμεθα, καθὼς πάλιν ἐν ἑτέρῳ προφήτῃ λέγει· Ἰδού, λέγει κύριος, ἐξελῶ τούτων, τουτέστιν ὧν προέβλεπεν τὸ πνεῦμα κυρίου, τὰς λιθίνας καρδίας καὶ ἐμβαλῶ σαρκίνας· ὅτι αὐτὸς ἐν σαρκὶ ἔμελλεν φανεροῦσθαι καὶ ἐν ἡμῖν κατοικεῖν. §15 ναὸς γὰρ ἅγιος, ἀδελφοί μου, τῷ κυρίῳ τὸ κατοικητήριον ἡμῶν τῆς καρδίας. §16 λέγει γὰρ κύριος πάλιν· Καὶ ἐν τίνι ὀφθήσομαι τῷ κυρίῳ τῷ θεῷ μου καὶ δοξασθήσομαι; λέγει· Ἐξομολογήσομαί σοι ἐν ἐκκλησίᾳ ἀδελφῶν μου, καὶ ψαλῶ σοι ἀνάμεσον ἐκκλησίας ἁγίων. οὐκοῦν ἡμεῖς ἐσμέν, οὓς εἰσήγαγεν εἰς τὴν γῆν τὴν ἀγαθήν. §17 τί οὖν τὸ γάλα καὶ τὸ μέλι; ὅτι πρῶτον τὸ παιδίον μέλιτι, εἶτα γάλακτι ζωοποιεῖται· οὕτως οὖν καὶ ἡμεῖς τῇ πίστει τῆς ἐπαγγελίας καὶ τῷ λόγῳ ζωοποιούμενοι ζήσομεν κατακυριεύοντες τῆς γῆς. §18 προειρήκαμεν δὲ ἐπάνω. Καὶ αὐξανέσθωσαν καὶ πληθυνέσθωσαν καὶ ἀρχέτωσαν τῶν ἰχθύων. τίς οὖν ὁ δυνάμενος νῦν ἄρχειν θηρίων ἢ ἰχθύων ἢ πετεινῶν τοῦ οὐρανοῦ; αἰσθάνεσθαι γὰρ ὀφείλομεν, ὅτι τὸ ἄρχειν ἐξουσίας ἐστίν, ἵνα τις ἐπιτάξας κυριεύσῃ. §19 εἰ οὖν οὐ γίνεται τοῦτο νῦν, ἄρα ἡμῖν εἴρηκεν, πότε· ὅταν καὶ αὐτοὶ τελειωθῶμεν κληρονόμοι τῆς διαθήκης κυρίου γενέσθαι.

Notes textuelles

Place dans l’ouvrage

Dans l’architecture de l’ouvrage

Barnabé développe d’abord une herméneutique de l’alliance et de l’Écriture (1–17), puis transmet une forme des Deux Voies (18–20) avant l’exhortation finale (21).

Parcours de l’unité

Passion, terre nouvelle et peuple recrééÉpître de Barnabé 6

Clés de lecture

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Témoin de travail

méthodologique

Wikisource, traduction publique de J. B. Lightfoot ; registre local epitre-de-barnabe/source/registry.json

Lecture éditoriale. Le témoin sert à cartographier le chapitre et préparer son introduction ; la validation finale doit revenir au texte critique et aux manuscrits pertinents.

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