Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Incarnation, souffrance et mission du Fils
Ce chapitre de l’Épître de Barnabé développe : « Incarnation, souffrance et mission du Fils ». Barnabé développe d’abord une herméneutique de l’alliance et de l’Écriture (1–17), puis transmet une forme des Deux Voies (18–20) avant l’exhortation finale (21).
Texte — sept restitutions
Une seule analyse du texte source gouverne les sept restitutions. La version Lecture est ouverte par défaut.
Clarté
§1 Le Seigneur a accepté de livrer sa chair à la destruction afin que nous soyons purifiés par le pardon des péchés, grâce au sang dont il nous asperge.
§2 Il est écrit à son sujet, tant pour Israël que pour nous : « Il a été blessé à cause de nos transgressions, meurtri à cause de nos péchés ; par sa blessure nous avons été guéris. Il a été conduit comme une brebis à l’abattoir et, comme un agneau muet devant celui qui le tond, il n’a pas ouvert la bouche. »
§3 Nous devons donc rendre au Seigneur une immense action de grâce : il nous a fait connaître le passé, il nous donne sagesse pour le présent et il ne nous laisse pas sans intelligence pour l’avenir.
§4 L’Écriture dit encore : « Ce n’est pas sans raison qu’on tend un filet devant les oiseaux. » Cela signifie qu’un homme se perd justement lorsqu’il connaît le chemin de la justice mais s’en détourne lui-même pour aller sur le chemin des ténèbres.
§5 Et encore ceci, frères : si le Seigneur de tout l’univers, celui à qui Dieu avait dit dès la fondation du monde : « Faisons l’être humain à notre image et à notre ressemblance », a accepté de souffrir de la main des hommes, comment l’expliquer ?
§6 Apprenez-le : les prophètes, qui avaient reçu de lui la grâce, ont prophétisé à son sujet. Pour abolir la mort et manifester la résurrection d’entre les morts, il devait apparaître dans la chair ; c’est pourquoi il a accepté de souffrir.
§7 Ainsi il devait accomplir la promesse faite aux pères et, en préparant pour lui-même un peuple nouveau, montrer pendant sa présence sur terre que celui qui réalise la résurrection exercera aussi le jugement.
§8 Enfin, tandis qu’il enseignait Israël, accomplissait de si grands signes et prodiges et proclamait son message, il l’aima intensément.
§9 Puis il choisit ses propres apôtres, qui allaient annoncer son Évangile ; l’auteur les décrit de manière volontairement extrême comme des hommes profondément marqués par le péché, afin de montrer qu’il n’est pas venu appeler des justes mais des pécheurs. C’est alors qu’il manifesta qu’il est Fils de Dieu.
§10 S’il n’était pas venu dans la chair, les hommes n’auraient même pas pu être sauvés en le voyant : ils ne peuvent déjà pas regarder en face les rayons du soleil, qui n’est pourtant qu’une œuvre de ses mains et qui un jour cessera d’exister.
§11 Le Fils de Dieu est donc venu dans la chair afin de porter à son comble le jugement sur les péchés de ceux qui avaient persécuté ses prophètes jusqu’à la mort.
§12 Voilà pourquoi il a accepté de souffrir. Dieu dit en effet que la blessure de sa chair vient d’eux : « Lorsqu’ils frapperont leur berger, alors les brebis du troupeau seront perdues. »
§13 Il a voulu souffrir de cette manière ; il fallait qu’il souffre sur le bois. Le prophète dit à son sujet : « Épargne mon âme de l’épée » et : « Cloue ma chair, car des assemblées de méchants se sont levées contre moi. »
§14 Et encore : « J’ai livré mon dos aux fouets et mes joues aux coups ; j’ai rendu mon visage ferme comme un roc. »
Lecture
§1 Le Seigneur a consenti à livrer sa chair à la destruction afin que le pardon des péchés nous purifie par le sang de son aspersion.
§2 L’Écriture parle de lui : « Il a été blessé pour nos fautes, brisé pour nos péchés ; ses blessures nous ont guéris. Il a été mené comme une brebis à l’abattoir, comme un agneau silencieux devant celui qui le tond. »
§3 Nous avons donc toutes les raisons de remercier le Seigneur : il nous éclaire sur le passé, il nous rend sages dans le présent et il ne nous laisse pas démunis devant l’avenir.
§4 Une autre parole dit qu’on ne tend pas un filet sans raison devant les oiseaux. De même, celui qui connaît le chemin de la justice mais choisit lui-même celui des ténèbres se conduit vers sa propre perte.
§5 Frères, réfléchissez encore : le Seigneur de tout le monde, celui à qui Dieu disait dès l’origine : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance », a pourtant accepté de souffrir par des mains humaines. Comment cela est-il possible ?
§6 Les prophètes avaient reçu de lui la grâce et avaient annoncé sa venue. Pour détruire la mort et rendre visible la résurrection, il devait se manifester dans la chair ; c’est pourquoi il a accepté la souffrance.
§7 Il accomplissait ainsi la promesse faite aux pères et se préparait un peuple nouveau. En vivant sur la terre, il montrait que celui qui donne la résurrection est aussi celui qui jugera.
§8 Il enseigna Israël, accomplit de grands signes et proclama son message, avec un amour extrême pour ce peuple.
§9 Puis il choisit des apôtres destinés à annoncer l’Évangile. Barnabé souligne leur indignité avec une hyperbole très forte : cela lui permet de rappeler que Jésus n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs. C’est ainsi qu’il révéla qu’il est le Fils de Dieu.
§10 S’il n’était pas venu comme homme de chair, personne n’aurait pu soutenir sa manifestation : nous sommes déjà incapables de fixer le soleil, simple œuvre de ses mains et pourtant destiné à disparaître.
§11 Le Fils de Dieu est donc venu dans la chair pour amener à leur terme les conséquences des péchés de ceux qui avaient persécuté ses prophètes jusqu’à la mort.
§12 Voilà pourquoi il a supporté la souffrance : l’Écriture met la blessure de sa chair sur le compte de ceux qui frappent le berger et dispersent le troupeau.
§13 Il a librement accepté de souffrir ainsi, jusque sur le bois, conformément aux paroles prophétiques invoquées par Barnabé.
§14 Le dernier témoignage évoque son dos livré aux fouets, ses joues aux coups et son visage rendu ferme comme la pierre.
Proclamation
§1 Le Seigneur a livré sa chair à la destruction : par le pardon des péchés, par le sang de son aspersion, nous sommes purifiés.
§2 « Blessé pour nos fautes ! Brisé pour nos péchés ! Par sa blessure nous sommes guéris ! Comme une brebis vers l’abattoir ; comme l’agneau silencieux devant celui qui le tond ! »
§3 Alors rendons grâce, sans mesure ! Le passé nous a été dévoilé, le présent nous instruit, l’avenir ne nous trouve pas sans intelligence.
§4 Celui qui connaît le chemin de la justice et choisit les ténèbres tend lui-même le filet où il se perd.
§5 Frères, écoutez encore : le Seigneur de tout, celui pour qui retentit dès l’origine : « Faisons l’homme à notre image », a accepté de souffrir par la main des hommes.
§6 Pourquoi ? Les prophètes l’avaient annoncé. Il fallait qu’il se manifeste dans la chair, qu’il détruise la mort et qu’il montre la résurrection. Alors il a enduré.
§7 Il accomplit la promesse faite aux pères ; il prépare un peuple nouveau ; il montre que celui qui relève les morts sera aussi le juge.
§8 Il enseigna Israël. Il fit des signes. Il proclama. Il l’aima intensément.
§9 Puis il choisit les apôtres : des pécheurs appelés à annoncer l’Évangile, pour montrer qu’il n’était pas venu chercher ceux qui se croient justes, mais les pécheurs.
§10 S’il n’était pas venu dans la chair, comment aurions-nous supporté de le voir ? Nous ne pouvons même pas fixer le soleil, simple œuvre de ses mains !
§11 Le Fils de Dieu est venu dans la chair : le mal qui avait poursuivi les prophètes jusqu’à la mort atteint son terme devant lui.
§12 Le berger est frappé ; le troupeau est dispersé. Voilà la blessure qu’il accepte.
§13 Il a voulu souffrir ainsi, sur le bois. « Épargne mon âme de l’épée ! » « Cloue ma chair ! » Les méchants se lèvent contre lui.
§14 « J’ai livré mon dos aux fouets, mes joues aux coups ; j’ai rendu mon visage ferme comme le roc. »
Déployée
§1 Barnabé interprète la souffrance de Jésus comme un acte volontaire : le Seigneur « supporte » de livrer sa chair à la corruption/destruction afin que le pardon des péchés produise une purification liée au « sang de son aspersion ».
§2 Pour établir cette lecture, il cite Isaïe 53 sous une forme grecque : blessures, péchés, guérison, brebis menée à l’abattoir et agneau silencieux devant celui qui le tond.
§3 Cette compréhension du Christ devient pour l’auteur une raison de gratitude : Dieu a révélé le passé, donne sagesse dans le présent et permet d’aborder l’avenir sans être dépourvu d’intelligence.
§4 Une maxime scripturaire sur le filet tendu devant les oiseaux est appliquée moralement : celui qui connaît la voie de la justice mais se détourne vers les ténèbres porte une responsabilité particulière.
§5 La question christologique est ensuite posée explicitement : comment le Seigneur du monde, associé par Barnabé à la parole créatrice « Faisons l’homme à notre image », a-t-il pu accepter de souffrir par des hommes ?
§6 La réponse combine prophétie, incarnation et victoire sur la mort : les prophètes ont parlé de lui ; il devait apparaître dans la chair afin d’abolir la mort et de manifester la résurrection.
§7 La venue corporelle permet aussi, selon l’auteur, d’accomplir les promesses aux pères, de préparer « un peuple nouveau » et de révéler que celui qui réalise la résurrection exercera le jugement.
§8 Barnabé insiste pourtant sur l’enseignement donné à Israël, les signes accomplis et l’amour intense du Seigneur pour lui.
§9 Le choix des apôtres est décrit dans un langage hyperbolique : ils sont présentés comme extrêmement pécheurs afin de manifester la logique de l’appel des pécheurs plutôt que des justes. L’auteur relie ce choix à la manifestation de la filiation divine de Jésus.
§10 L’incarnation est ensuite justifiée par une analogie visuelle : l’être humain ne supporte déjà pas l’éclat du soleil, simple créature ; il aurait donc été incapable de soutenir une manifestation divine non voilée par la chair.
§11 La phrase sur le « plein accomplissement / récapitulation des péchés » de ceux qui ont persécuté les prophètes est difficile : Barnabé comprend l’incarnation et la passion comme moment où le péché de cette opposition atteint sa pleine mesure.
§12 Trois ensembles de citations sont alors appliqués à la passion : le berger frappé et les brebis dispersées ;
§13 la souffrance « sur le bois » avec les paroles sur l’épée et la chair clouée ; enfin le dos livré aux fouets, les joues aux coups et le visage rendu ferme comme une pierre.
§14 L’ensemble construit une lecture christologique des Écritures plutôt qu’une chronique indépendante de la passion.
Littérale
§1 Car en vue de cela le Seigneur a supporté de livrer la chair à la corruption, afin que nous soyons purifiés par la rémission des péchés, laquelle est dans le sang de son aspersion.
§2 Car il est écrit à son sujet, certaines choses pour Israël, d’autres pour nous ; et il dit ainsi : « Il fut blessé à cause de nos illégalités et il a été affaibli à cause de nos péchés ; par sa meurtrissure nous avons été guéris ; comme une brebis il fut conduit à l’égorgement, et comme un agneau sans voix devant celui qui le tond. »
§3 Nous devons donc surabondamment rendre grâce au Seigneur, parce qu’il nous a fait connaître les choses passées, nous a rendus sages dans les présentes, et pour les choses à venir nous ne sommes pas sans intelligence.
§4 Et l’Écriture dit : « Ce n’est pas injustement que des filets sont étendus pour les ailés. » Cela dit qu’un homme est justement détruit, lui qui, ayant la connaissance d’une voie de justice, se retient lui-même vers une voie de ténèbres.
§5 Et encore ceci, mes frères : si le Seigneur a supporté de souffrir au sujet de notre âme, étant Seigneur de tout le monde, à qui Dieu a dit depuis la fondation du monde : « Faisons l’homme selon notre image et selon notre ressemblance », comment donc a-t-il supporté de souffrir par la main des hommes ?
§6 Apprenez. Les prophètes, ayant de lui la grâce, ont prophétisé en vue de lui ; mais lui, afin qu’il abolisse la mort et montre la résurrection d’entre les morts, parce qu’il fallait qu’il soit manifesté dans la chair, a supporté.
§7 Afin qu’il rende aux pères la promesse et, se préparant à lui-même le peuple nouveau, montre, étant sur la terre, qu’ayant lui-même fait la résurrection, il jugera.
§8 Et pour finir, enseignant Israël et faisant de si grands prodiges et signes, il proclamait et l’aima extrêmement.
§9 Mais lorsqu’il choisit ses propres apôtres, ceux qui allaient proclamer son Évangile, étant plus sans loi que tout péché, afin de montrer qu’il n’est pas venu appeler des justes mais des pécheurs, alors il manifesta qu’il est Fils de Dieu.
§10 Car s’il n’était pas venu dans la chair, les hommes n’auraient d’aucune manière été sauvés en le voyant, puisque, regardant le soleil qui doit ne plus être, œuvre de ses mains, ils ne sont pas capables de regarder en face ses rayons.
§11 Le Fils de Dieu est donc venu dans la chair pour cela : afin de récapituler/porter à son terme le plein des péchés pour ceux qui avaient poursuivi ses prophètes jusqu’à la mort.
§12 C’est donc pour cela qu’il a supporté. Car Dieu dit que la plaie de sa chair est de leur part : « Lorsqu’ils frapperont leur propre berger, alors seront perdus les moutons du troupeau. »
§13 Mais lui voulut souffrir ainsi ; car il fallait qu’il souffrît sur le bois. Car celui qui prophétise à son sujet dit : « Épargne mon âme de l’épée » et : « Cloue mes chairs, car des assemblées de ceux qui font le mal se sont levées contre moi. »
§14 Et encore il dit : « Voici, j’ai placé mon dos pour les fouets, et mes joues pour les coups ; j’ai placé mon visage comme une pierre ferme. »
Philologique
§1 Le verbe hypomenô signifie « supporter/endurer » ; la chair est livrée eis kataphthoran, vers corruption/destruction. La purification est associée à aphesis hamartiôn, rémission des péchés, « dans le sang de son aspersion » (haima tou rhantismatos).
§2 La citation d’Isaïe 53 combine traumatisthè, « blessé », memalakistai, « affaibli/meurtri », et môlôps, meurtrissure. Le texte oppose ensuite la brebis menée à l’égorgement et l’agneau aphônos, sans voix.
§3 Hyper-eucharistein, « rendre grâce au-delà / surabondamment », marque l’intensité. Le Christ fait connaître les passés, rend sophos dans les présents et empêche l’asynesia, manque d’intelligence, devant l’avenir.
§4 La maxime « ce n’est pas injustement que des filets sont étendus pour les ailés » est obscure hors contexte. Barnabé l’interprète immédiatement : la responsabilité est accrue lorsqu’on possède gnôsis de la voie de justice mais qu’on se dirige volontairement vers la voie des ténèbres.
§5 Le Seigneur est dit kyrios pantos tou kosmou et associé à Genèse 1,26. La question rhétorique porte sur le paradoxe de la souffrance « par la main des hommes ».
§6 Les prophètes, « ayant de lui la grâce », prophétisent eis auton, vers/au sujet de lui. La manifestation en chair est liée à deux finalités : katargèsai ton thanaton, abolir la mort, et montrer la résurrection d’entre les morts.
§7 « Le peuple nouveau » (laos kainos) appartient au vocabulaire propre de Barnabé ; l’auteur articule promesse aux pères, préparation de ce peuple et jugement futur par celui qui accomplit la résurrection.
§8 Hyper-agapaô, « aimer extrêmement », a pour objet Israël dans la construction immédiate de la phrase.
§9 Les apôtres sont dits hyper pasan hamartian anomôteroi, littéralement « plus sans loi que tout péché » : hyperbole rhétorique qui sert à illustrer la parole « non les justes, mais les pécheurs ». Elle ne constitue pas une notice historique précise sur chacun des apôtres.
§10 L’analogie solaire oppose le Christ au soleil, « œuvre de ses mains », appelé à ne plus être (ton mellonta mè einai hèlion). L’incarnation rend possible une manifestation soutenable pour les humains.
§11 Anakephalaiôsè to teleion tôn hamartiôn est particulièrement dense : anakephalaioô peut signifier récapituler, ramener à une tête/somme ; to teleion, le plein/accomplissement. Le complément tois diôxasin… peut viser ceux qui ont poursuivi les prophètes jusqu’à la mort. Les restitutions lisibles rendent l’idée d’une pleine mesure atteinte sans prétendre épuiser la syntaxe.
§12 « La plaie de sa chair » est attribuée ex autôn, « de leur part ».
§13 Xylon, « bois », reçoit ici une lecture passionnelle ; Barnabé rassemble plusieurs formulations scripturaires autour de l’épée, de la chair « clouée » et des assemblées mauvaises.
§14 Le dernier ensemble est proche d’Isaïe 50,6–7 : dos aux fouets, joues aux coups, visage comme pierre ferme.
Paraphrase
§1 Pourquoi le Fils a-t-il accepté la vulnérabilité de la chair et la souffrance ? Barnabé répond : pour que le pardon nous purifie et que sa mort devienne pour nous source de guérison.
§2 Il relit Isaïe 53 à la lumière de Jésus : blessé pour les fautes, silencieux comme l’agneau conduit à la mort, il porte une souffrance dont les croyants reçoivent la guérison.
§3 Cette lecture donne au chrétien une raison de vivre dans la reconnaissance : Dieu éclaire le passé, le présent et l’avenir.
§4 Mais connaître la bonne voie augmente aussi la responsabilité. Celui qui sait où se trouve la justice et choisit pourtant les ténèbres ne peut prétendre s’être perdu par ignorance.
§5 Le cœur du chapitre est le paradoxe de l’incarnation : celui que Barnabé confesse comme Seigneur du monde accepte d’entrer dans une chair capable de souffrir.
§6 Ce n’est pas un accident de parcours ; l’auteur y voit l’accomplissement des prophètes, la défaite de la mort et l’annonce de la résurrection.
§7 Jésus accomplit ainsi la promesse ancienne, rassemble un peuple nouveau et révèle aussi la dimension future du jugement.
§8 Barnabé n’efface pas pour autant l’histoire d’Israël : il rappelle l’enseignement, les signes et l’amour intense du Seigneur envers lui.
§9 Même les apôtres sont présentés comme des pécheurs appelés par grâce. Le point de l’hyperbole est simple : l’Évangile n’est pas la récompense de gens qui se croient déjà justes.
§10 L’incarnation rend Dieu accessible à la faiblesse humaine : si nous ne pouvons même pas fixer le soleil, comment pourrions-nous soutenir sans médiation la manifestation du Seigneur ?
§11 La passion devient alors le lieu où l’opposition ancienne aux prophètes atteint sa pleine mesure :
§12 le berger est frappé et le troupeau dispersé.
§13 Barnabé rassemble enfin plusieurs paroles des Écritures — l’épée, la chair clouée, le dos fouetté, les joues frappées — pour montrer que,
§14 selon sa lecture, la souffrance du Christ appartient au dessein de Dieu et non à un simple échec humain.
Texte source
§1 Εἰς τοῦτο γὰρ ὑπέμεινεν ὁ κύριος παραδοῦναι τὴν σάρκα εἰς καταφθοράν, ἵνα τῇ ἀφέσει τῶν ἁμαρτιῶν ἁγνισθῶμεν, ὅ ἐστιν ἐν τῷ αἵματι τοῦ ῥαντίσματος αὐτοῦ. §2 γέγραπται γὰρ περὶ αὐτοῦ ἃ μὲν πρὸς τὸν Ἰσραήλ, ἃ δὲ πρὸς ἡμᾶς, λέγει δὲ οὕτως· Ἐτραυματίσθη διὰ τὰς ἀνομίας ἡμῶν καὶ μεμαλάκισται διὰ τὰς ἁμαρτίας ἡμῶν· τῷ μώλωπι αὐτοῦ ἡμεῖς ἰάθημεν· ὡς πρόβατον ἐπὶ σφαγὴν ἤχθη, καὶ ὡς ἀμνὸς ἄφωνος ἐναντίον τοῦ κείραντος αὐτόν. §3 οὐκοῦν ὑπερευχαριστεῖν ὀφείλομεν τῷ κυρίῳ, ὅτι καὶ τὰ παρεληλυθότα ἡμῖν ἐγνώρισεν καὶ ἐν τοῖς ἐνεστῶσιν ἡμᾶς ἐσόφισεν, καὶ εἰς τὰ μέλλοντα οὐκ ἐσμὲν ἀσύνετοι. §4 λέγει δὲ ἡ γραφή· Οὐκ ἀδίκως ἐκτείνεται δίκτυα πτερωτοῖς. τοῦτο λέγει, ὅτι δικαίως ἀπολεῖται ἄνθρωπος, ὃς ἔχων ὁδοῦ δικαιοσύνης γνῶσιν ἑαυτὸν εἰς ὁδὸν σκότους ἀποσυνέχει. §5 ἔτι δὲ καὶ τοῦτο, ἀδελφοί μου· εἰ ὁ κύριος ὑπέμεινεν παθεῖν περὶ τῆς ψυχῆς ἡμῶν, ὢν παντὸς τοῦ κόσμου κύριος ᾧ εἶπεν ὁ θεὸς ἀπὸ καταβολῆς κόσμου· Ποιήσωμεν ἄνθρωπον κατ’ εἰκόνα καὶ καθ’ ὁμοίωσιν ἡμετέραν· πῶς οὖν ὑπέμεινεν ὑπὸ χειρὸς ἀνθρώπων παθεῖν; §6 μάθετε. οἱ προφῆται, ἀπ’ αὐτοῦ ἔχοντες τὴν χάριν, εἰς αὐτὸν ἐπροφήτευσαν· αὐτὸς δέ, ἵνα καταργήσῃ τὸν θάνατον καὶ τὴν ἐκ νεκρῶν ἀνάστασιν δείξῃ, ὅτι ἐν σαρκὶ ἔδει αὐτὸν φανερωθῆναι, ὑπέμεινεν, §7 ἵνα τοῖς πατράσιν τὴν ἐπαγγελίαν ἀποδῷ, καὶ αὐτὸς ἑαυτῷ τὸν λαὸν τὸν καινὸν ἑτοιμάζων ἐπιδείξῃ ἐπὶ τῆς γῆς ὤν, ὅτι τὴν ἀνάστασιν αὐτὸς ποιήσας κρινεῖ. §8 πέρας γέ τοι διδάσκων τὸν Ἰσραὴλ καὶ τηλικαῦτα τέρατα καὶ σημεῖα ποιῶν ἐκήρυσσεν, καὶ ὑπερηγάπησεν αὐτόν. §9 ὅτε δὲ τοὺς ἰδίους ἀποστόλους τοὺς μέλλοντας κηρύσσειν τὸ εὐαγγέλιον αὐτοῦ ἐξελέξατο, ὄντας ὑπὲρ πᾶσαν ἁμαρτίαν ἀνομωτέρους, ἵνα δείξῃ, ὅτι οὐκ ἦλθεν καλέσαι δικαίους, ἀλλὰ ἁμαρτωλούς, τότε ἐφανέρωσεν ἑαυτὸν εἶναι υἱὸν θεοῦ. §10 εἰ γὰρ μὴ ἦλθεν ἐν σαρκί, οὐδ’ ἄν πως οἱ ἄνθρωποι ἐσώθησαν βλέποντες αὐτόν, ὅτε τὸν μέλλοντα μὴ εἶναι ἥλιον, ἔργον τῶν χειρῶν αὐτοῦ ὑπάρχοντα, ἐμβλέποντες οὐκ ἰσχύουσιν εἰς τὰς ἀκτῖνας αὐτοῦ ἀντοφθαλμῆσαι· §11 οὐκοῦν ὁ υἱὸς τοῦ θεοῦ εἰς τοῦτο ἐν σαρκὶ ἦλθεν, ἵνα τὸ τέλειον τῶν ἁμαρτιῶν ἀνακεφαλαιώσῃ τοῖς διώξασιν ἐν θανάτῳ τοὺς προφήτας αὐτοῦ. §12 οὐκοῦν εἰς τοῦτο ὑπέμεινεν. λέγει γὰρ ὁ θεὸς τὴν πληγὴν τῆς σαρκὸς αὐτοῦ ὅτι ἐξ αὐτῶν· Ὅταν πατάξωσιν τὸν ποιμένα ἑαυτῶν, τότε ἀπολεῖται τὰ πρόβατα τῆς ποίμνης. §13 αὐτὸς δὲ ἠθέλησεν οὕτω παθεῖν· ἔδει γάρ, ἵνα ἐπὶ ξύλου πάθῃ. λέγει γὰρ ὁ προφητεύων ἐπ’ αὐτῷ. Φεῖσαί μου τῆς ψυχῆς ἀπὸ ῥομφαίας, καί· Καθήλωσόν μου τὰς σάρκας, ὅτι πονηρευομένων συναγωγαὶ ἐπανέστησάν μοι. §14 καὶ πάλιν λέγει· Ἰδού, τέθεικά μου τὸν νῶτον εἰς μάστιγας, τὰς δὲ σιαγόνας εἰς ῥαπίσματα. τὸ δὲ πρόσωπόν μου ἔθηκα ὡς στερεὰν πέτραν.
Notes textuelles
- Barnabé 5.2 — la citation d’Isaïe 53 est transmise sous la forme propre au dossier grec de Barnabé ; elle n’est pas harmonisée sur une traduction moderne.
- Barnabé 5.9 — l’expression ὑπὲρ πᾶσαν ἁμαρτίαν ἀνομωτέρους à propos des apôtres est une hyperbole rhétorique ; elle est explicitée comme telle dans Déployée/Philologique.
- Barnabé 5.11 — ἀνακεφαλαιώσῃ τὸ τέλειον τῶν ἁμαρτιῶν est syntaxiquement et sémantiquement difficile ; Littérale/Philologique conservent « récapituler/porter à son terme le plein des péchés » sans imposer une théorie unique.
- Barnabé 5.13 — ξύλον signifie « bois » ; la lecture comme croix appartient à l’interprétation christologique de l’auteur.
Place dans l’ouvrage
Dans l’architecture de l’ouvrage
Barnabé développe d’abord une herméneutique de l’alliance et de l’Écriture (1–17), puis transmet une forme des Deux Voies (18–20) avant l’exhortation finale (21).
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire cette unité selon son genre propre et son rôle dans l’argument ou la vision de l’ouvrage, avant toute utilisation doctrinale isolée.
- Distinguer sens dans le document ancien, usages ecclésiaux ultérieurs et débats modernes sur composition ou interpolation.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Wikisource, traduction publique de J. B. Lightfoot ; registre local epitre-de-barnabe/source/registry.json
Lecture éditoriale. Le témoin sert à cartographier le chapitre et préparer son introduction ; la validation finale doit revenir au texte critique et aux manuscrits pertinents.
Bibliographie de travail
- James Carleton Paget, The Epistle of Barnabas
- Michael W. Holmes, The Apostolic Fathers
- J. B. Lightfoot, Apostolic Fathers
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.