Bibliothèque ancienne · Introduction critique

Derniers temps, alliance et vigilance

Ce chapitre de l’Épître de Barnabé développe : « Derniers temps, alliance et vigilance ». Barnabé développe d’abord une herméneutique de l’alliance et de l’Écriture (1–17), puis transmet une forme des Deux Voies (18–20) avant l’exhortation finale (21).

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Texte — sept restitutions

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Clarté

§1 Nous devons donc examiner avec beaucoup de soin ce qui se passe maintenant et rechercher ce qui peut nous sauver. Fuyons complètement les œuvres de l’injustice et détestons l’égarement du temps présent, afin d’être accueillis dans le monde à venir.

§2 Ne laissons pas notre âme vivre sans vigilance au point de courir avec les pécheurs et les méchants, de peur de leur devenir semblables.

§3 L’épreuve ultime s’est approchée, celle dont il est écrit, selon ce que dit Hénoch. Le Maître a abrégé les temps et les jours afin que son Bien-Aimé se hâte et vienne prendre possession de l’héritage.

§4 Le prophète dit aussi : « Dix royaumes régneront sur la terre ; après eux se lèvera un petit roi qui abaissera trois des rois en même temps. »

§5 Daniel dit de même : « J’ai vu la quatrième bête, mauvaise, puissante et plus redoutable que toutes les bêtes de la mer ; dix cornes lui poussèrent, puis une petite corne à côté d’elles, et elle abaissa ensemble trois grandes cornes. »

§6 Vous devez donc comprendre. Et je vous demande encore ceci, moi qui suis l’un de vous et qui vous aime tous plus que ma propre vie : veillez maintenant sur vous-mêmes. Ne ressemblez pas à ceux qui ajoutent péché à péché en disant : « Leur alliance est aussi la nôtre. »

§7 Oui, elle est nôtre, affirme l’auteur ; mais eux, dit-il, l’ont entièrement perdue au moment même où Moïse venait de la recevoir. Car l’Écriture dit que Moïse jeûna quarante jours et quarante nuits sur la montagne et reçut du Seigneur l’alliance, les tables de pierre écrites par le doigt de la main du Seigneur.

§8 Mais, s’étant tournés vers les idoles, ils la perdirent, poursuit le texte. Le Seigneur dit : « Moïse, Moïse, descends vite, car ton peuple que tu as fait sortir d’Égypte a transgressé. » Moïse comprit et jeta de ses mains les deux tables. Leur alliance fut brisée, afin que, selon la lecture de Barnabé, l’alliance de Jésus, le Bien-Aimé, soit scellée dans nos cœurs dans l’espérance de sa fidélité.

§9 J’aurais beaucoup à écrire. Je ne le fais pas comme un maître, mais parce que l’amour oblige à ne rien négliger de ce que nous avons reçu ; je me suis appliqué à vous écrire, moi qui me considère comme votre humble serviteur. Soyons donc attentifs dans les derniers jours : tout le temps de notre foi ne nous servira à rien si, maintenant, au milieu de ce temps sans loi et des épreuves qui viennent, nous ne résistons pas comme il convient à des fils de Dieu, afin que le Noir ne trouve pas d’entrée.

§10 Fuyons toute vanité et détestons entièrement les œuvres de la voie mauvaise. Ne vous isolez pas chacun de votre côté comme si vous étiez déjà justifiés ; rassemblez-vous plutôt et cherchez ensemble ce qui profite à tous.

§11 L’Écriture dit : « Malheur à ceux qui sont sages à leurs propres yeux et savants devant eux-mêmes. » Devenons spirituels, devenons un temple accompli pour Dieu. Autant que nous le pouvons, exerçons-nous à la crainte de Dieu et luttons pour garder ses commandements afin de nous réjouir dans ses justes prescriptions.

§12 Le Seigneur jugera le monde sans favoritisme. Chacun recevra selon ce qu’il a fait : si quelqu’un est bon, sa justice marchera devant lui ; s’il est mauvais, le salaire du mal se tiendra devant lui.

§13 Ne nous endormons donc pas dans nos péchés sous prétexte que nous avons été appelés, de peur que le chef mauvais ne reçoive pouvoir sur nous et ne nous chasse du royaume du Seigneur.

§14 Et comprenez encore ceci, frères : après tant de signes et de prodiges survenus en Israël, le texte constate pourtant leur abandon. Veillons donc afin de ne pas être trouvés parmi ceux dont il est écrit : « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

Lecture

§1 Il nous faut donc regarder attentivement le temps présent et chercher ce qui peut réellement nous conduire au salut. Éloignons-nous entièrement des œuvres de l’impiété et rejetons l’égarement de l’époque actuelle, afin d’être aimés dans celle qui vient.

§2 Ne donnons pas à notre âme une liberté insouciante qui la ferait courir avec les pécheurs et les hommes mauvais : nous finirions par leur ressembler.

§3 L’épreuve décisive est proche, dit l’auteur en invoquant Hénoch. Le Maître aurait abrégé les temps et les jours pour que son Bien-Aimé vienne rapidement vers son héritage.

§4 Il cite encore une prophétie : dix royaumes régneront sur la terre, puis un petit roi surgira et en abaissera trois.

§5 Puis Daniel : la quatrième bête, plus terrible que les autres, porte dix cornes ; une petite corne apparaît et renverse trois des grandes.

§6 « Comprenez donc », poursuit-il. Comme l’un de vous et parce que je vous aime tous plus que ma propre vie, je vous demande de veiller sur vous-mêmes. N’ajoutez pas péché à péché en répétant sans examen : « Leur alliance et la nôtre ne font qu’une. »

§7 L’auteur affirme alors : « Elle est bien à nous ; eux l’ont pourtant perdue. » Il relit ainsi l’épisode de Moïse recevant sur la montagne les tables de l’alliance écrites du doigt de Dieu.

§8 Puis il interprète le retour vers les idoles et la rupture des tables comme perte de cette alliance et comme figure d’une alliance du Bien-Aimé Jésus, désormais scellée dans le cœur des croyants par l’espérance de la foi.

§9 Je voudrais vous écrire davantage, non comme un maître, mais comme quelqu’un qui vous aime et refuse de retenir ce qui peut vous aider. Restons donc éveillés dans les derniers jours : une longue histoire de foi ne nous servira à rien si nous ne résistons pas maintenant, comme des fils de Dieu, au temps d’impiété et aux épreuves qui viennent, afin que le pouvoir des ténèbres ne se glisse pas parmi nous.

§10 Rejetons toute vanité et la voie du mal. Ne vivez pas repliés chacun sur vous-même, comme si votre justice était déjà acquise ; réunissez-vous et cherchez ensemble le bien commun.

§11 Malheur à qui se croit sage par lui-même. Devenons des êtres spirituels et un temple accompli pour Dieu ; cultivons sa crainte et gardons ses commandements.

§12 Le Seigneur jugera sans partialité : chacun recevra selon ses actes. La justice précédera le bon ; le salaire du mal attendra le méchant.

§13 Notre appel ne doit donc pas devenir une raison de somnoler dans le péché, sinon le pouvoir du mal pourrait nous écarter du royaume.

§14 Enfin, Barnabé invite ses lecteurs à tirer un avertissement du destin d’Israël tel qu’il le relit : les signes reçus ne dispensent personne de la fidélité. « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

Proclamation

§1 Scrutons le temps présent ! Cherchons ce qui peut nous sauver ! Fuyons les œuvres de l’impiété ; rejetons l’égarement de ce siècle, afin d’être reçus dans celui qui vient.

§2 Ne laissons pas notre âme courir sans frein avec les pécheurs et les méchants : nous leur deviendrions semblables.

§3 L’épreuve ultime approche. Les temps sont abrégés : le Bien-Aimé vient vers son héritage.

§4 Dix royaumes, dit le prophète ; puis un petit roi qui en abaisse trois.

§5 Une quatrième bête, dit Daniel ; dix cornes, puis une petite, et trois grandes cornes humiliées.

§6 Comprenez ! Je suis l’un de vous, et je vous aime plus que ma propre vie : veillez sur vous-mêmes. N’ajoutez pas péché à péché en disant trop vite : « Leur alliance est aussi la nôtre. »

§7 Barnabé répond : « Elle est nôtre », puis il relit Moïse recevant les tables sur la montagne.

§8 Le peuple se tourne vers les idoles, Moïse brise les tables, et l’auteur voit là l’annonce d’une alliance du Bien-Aimé Jésus scellée dans les cœurs, dans l’espérance de la foi.

§9 Je pourrais écrire davantage. Je ne suis pas votre maître : je vous aime. Alors veillons dans les derniers jours ! Toute notre foi passée ne servira à rien si nous ne résistons pas aujourd’hui au mal qui vient. Que le Noir ne trouve aucune ouverture !

§10 Fuyons la vanité ! Haïssons la voie mauvaise ! Ne vivez pas seuls, comme si vous étiez déjà justes. Rassemblez-vous ! Cherchez ce qui profite à tous !

§11 Ne soyez pas sages à vos propres yeux. Devenons spirituels ; devenons un temple accompli pour Dieu. Gardons ses commandements.

§12 Le Seigneur jugera sans partialité. Chacun recevra selon ses œuvres.

§13 Ne dormons pas sur notre appel : le chef mauvais ne doit pas recevoir pouvoir sur nous ni nous repousser loin du royaume.

§14 Frères, les signes ne dispensent personne de la fidélité. Veillons : beaucoup sont appelés, peu sont élus.

Déployée

§1 L’auteur demande de lire le présent comme un temps de discernement : il faut rechercher ce qui conduit au salut, rompre avec les œuvres de l’impiété et refuser l’égarement de l’époque actuelle afin d’appartenir au monde à venir.

§2 Cette vigilance concerne l’âme elle-même : elle ne doit pas recevoir une « permission » telle qu’elle se mette à courir avec les pécheurs et à leur devenir semblable.

§3 Barnabé interprète son époque comme celle d’une épreuve finale proche. Il invoque ici Hénoch et affirme que le Maître a abrégé les temps pour hâter la venue de son Bien-Aimé vers l’héritage.

§4 Deux traditions apocalyptiques sont ensuite rapprochées : celle des dix royaumes suivis d’un petit roi qui en abaisse trois,

§5 puis Daniel 7 avec la quatrième bête, les dix cornes et la petite corne. Ces citations servent à construire une exhortation à la vigilance, non un calendrier explicite.

§6 L’auteur revient alors directement à ses lecteurs. Il leur demande de ne pas « entasser les péchés » en affirmant sans nuance que « leur alliance est aussi la nôtre ».

§7 Suit une interprétation polémique de l’épisode du veau d’or : Barnabé soutient que l’alliance reçue par Moïse aurait été perdue par Israël au moment de l’idolâtrie,

§8 puis relit la rupture des tables comme figure d’une alliance du Bien-Aimé Jésus scellée dans les cœurs. Cette affirmation appartient à l’argument théologique de l’auteur et ne doit pas être transformée en description neutre de l’histoire juive.

§9 La perspective redevient pastorale : une longue durée de foi ne garantit rien sans résistance présente au « temps sans loi », aux scandales à venir et à l’intrusion du « Noir », figure du pouvoir mauvais.

§10 Cette résistance n’est pas individualiste : l’auteur ordonne de fuir la vanité, de rejeter la voie mauvaise, de ne pas vivre isolé « comme déjà justifié », mais de se réunir et de rechercher ensemble l’intérêt commun.

§11 Il associe cette vie communautaire à une spiritualité concrète : ne pas se croire sage, devenir un temple accompli pour Dieu, cultiver sa crainte et garder ses commandements.

§12 Le jugement est présenté comme impartial et lié aux œuvres. L’appel reçu ne permet donc pas de s’endormir dans le péché :

§13 l’adversaire pourrait acquérir une prise sur le croyant.

§14 Enfin, Barnabé relit l’histoire d’Israël comme avertissement adressé à sa propre communauté : les signes et les privilèges n’annulent jamais la nécessité de la fidélité. La conclusion « beaucoup d’appelés, peu d’élus » retourne ainsi l’avertissement vers les lecteurs eux-mêmes.

Littérale

§1 Il faut donc que nous, examinant beaucoup les choses présentes, recherchions ce qui peut nous sauver. Fuyons donc parfaitement toutes les œuvres de l’illégalité, de peur que les œuvres de l’illégalité ne nous saisissent ; et haïssons l’égarement du temps présent, afin que nous soyons aimés dans celui qui vient.

§2 Ne donnons pas de relâche à notre âme, de sorte qu’elle ait pouvoir de courir avec les pécheurs et les mauvais, de peur que nous leur soyons rendus semblables.

§3 Le scandale parfait s’est approché, au sujet duquel il est écrit, comme dit Hénoch. Car pour cela le Maître a abrégé les temps et les jours, afin que son Bien-Aimé se hâte et vienne vers l’héritage.

§4 Et le prophète dit ainsi : « Dix royaumes régneront sur la terre, et après eux se lèvera un petit roi qui humiliera ensemble trois des rois. »

§5 De même Daniel dit : « Et je vis la quatrième bête, mauvaise et forte et plus difficile que toutes les bêtes de la mer ; et comme d’elle montèrent dix cornes, et d’elles une petite corne latérale, et comme elle humilia ensemble trois des grandes cornes. »

§6 Vous devez donc comprendre. Et encore ceci je vous demande, étant comme l’un de vous, et aimant chacun plus que mon âme : prêtez maintenant attention à vous-mêmes et ne devenez pas semblables à certains qui, amoncelant les péchés, disent que leur alliance est aussi la nôtre.

§7 La nôtre certes ; mais eux, de cette manière, l’ont perdue complètement, alors que Moïse l’avait déjà reçue. Car l’Écriture dit : « Moïse était sur la montagne, jeûnant quarante jours et quarante nuits, et il reçut l’alliance du Seigneur, des tables de pierre écrites par le doigt de la main du Seigneur. »

§8 Mais, s’étant tournés vers les idoles, ils la perdirent. Car ainsi dit le Seigneur : « Moïse, Moïse, descends vite, car ton peuple, que tu as fait sortir de la terre d’Égypte, a agi sans loi. » Et Moïse comprit et jeta les deux tables hors de ses mains ; et leur alliance fut brisée, afin que celle du Bien-Aimé Jésus fût scellée dans notre cœur dans l’espérance de sa foi.

§9 Voulant écrire beaucoup, non comme maître, mais comme il convient à celui qui aime, pour ne rien laisser manquer de ce que nous avons, je me suis appliqué à écrire, votre rebut/offrande. C’est pourquoi soyons attentifs dans les derniers jours ; car tout le temps de notre foi ne nous profitera en rien si maintenant, dans le temps sans loi et les scandales à venir, nous ne résistons pas comme il convient à des fils de Dieu, afin que le Noir n’ait pas d’entrée.

§10 Fuyons toute vanité ; haïssons parfaitement les œuvres de la mauvaise voie. Ne vous retirant pas chacun en vous-mêmes, ne vivez pas seuls comme déjà justifiés, mais vous rassemblant au même lieu, recherchez ensemble ce qui est profitable en commun.

§11 Car l’Écriture dit : « Malheur à ceux qui sont sages pour eux-mêmes et savants devant eux-mêmes. » Devenons spirituels, devenons temple parfait pour Dieu. Autant qu’il est en nous, exerçons-nous à la crainte de Dieu et luttons pour garder ses commandements, afin que nous nous réjouissions dans ses prescriptions.

§12 Le Seigneur jugera le monde sans considération de personnes. Chacun recevra selon ce qu’il a fait. S’il est bon, sa justice ira devant lui ; s’il est mauvais, le salaire du mal sera devant lui.

§13 De peur que, nous reposant comme appelés, nous ne nous endormions sur nos péchés, et que le chef mauvais, ayant reçu pouvoir contre nous, ne nous repousse loin du royaume du Seigneur.

§14 Comprenez encore ceci, mes frères : quand vous voyez, après de si grands signes et prodiges accomplis en Israël, qu’ils ont pourtant été ainsi abandonnés, prenons garde que nous ne soyons trouvés, comme il est écrit, « beaucoup appelés, mais peu élus ».

Philologique

§1 Barnabé demande d’« examiner/rechercher en profondeur » (epipoly eraunôntas) les réalités présentes et de chercher ce qui peut sauver. Anomia désigne ici l’illégalité / impiété ; le temps présent est qualifié de planè, « égarement ».

§2 L’âme ne doit pas recevoir anesis, relâche ou licence, qui lui donnerait exousia de « courir avec » (syntrechein) pécheurs et mauvais.

§3 « Le scandale accompli/final » (to teleion skandalon) est proche ; l’auteur attribue une parole à Hénoch puis interprète l’abrègement des temps comme préparation de la venue du Bien-Aimé vers l’héritage. L’identification précise de la citation d’Hénoch reste problématique et appartient à la réception apocalyptique de Barnabé.

§4 Les dix royaumes, le petit roi et les trois rois abaissés sont ensuite rapprochés de Daniel 7 :

§5 quatrième bête, dix cornes, petite corne « latérale » (paraphyadion) et trois grandes cornes humiliées.

§6 Le point d’application est l’Alliance (diathèkè). Barnabé polémique contre ceux qui disent « leur alliance est aussi la nôtre ».

§7 Il répond elliptiquement : « la nôtre certes » (hèmôn men), puis affirme qu’« eux » l’ont perdue au moment même où Moïse l’avait reçue. Il s’agit d’une thèse propre à l’auteur, non d’un constat historique neutre.

§8 La rupture des tables est alors relue typologiquement : l’alliance « du Bien-Aimé Jésus » doit être « scellée intérieurement » (egkatasphragisthè) dans le cœur, « dans l’espérance de sa pistis » ; pistis peut ici porter les nuances de foi, fidélité ou confiance.

§9 L’auteur se qualifie de peripsèma hymôn, expression d’abaissement difficile : littéralement « votre rebut / ce qu’on essuie autour », devenue formule de dévouement extrême. Le « Noir » (ho melas) désigne l’adversaire.

§10 Monazein signifie ici vivre seul/se retirer isolément ; le contraire proposé est le rassemblement et la recherche commune de to koinè sympheron, « ce qui profite en commun ».

§11 Le devenir spirituel et le motif du « temple parfait » sont associés à la crainte de Dieu et à la garde des commandements.

§12 Le jugement est aprosôpolèmptôs, sans acceptation des personnes / sans favoritisme, et chacun reçoit selon ses actes.

§13 Le statut de klètoi, « appelés », ne permet pas l’assoupissement dans le péché ; le « chef mauvais » peut recevoir exousia contre les croyants.

§14 La dernière phrase applique à la communauté chrétienne l’avertissement tiré de la lecture polémique d’Israël : mèpote… polloi klètoi, oligoi de eklektoi, « de peur que nous ne soyons trouvés : beaucoup appelés, peu élus ».

Paraphrase

§1 Ne supposez pas que le simple fait d’appartenir à la communauté vous met à l’abri. Regardez lucidement votre époque et demandez-vous ce qui conduit réellement au salut. Rompez avec ce qui est injuste et refusez de vous laisser modeler par les valeurs du présent.

§2 Une vie spirituelle sans vigilance finit par adopter les habitudes de ceux qu’elle prétend fuir.

§3 Barnabé pense vivre à l’approche d’une crise finale : il relit les traditions apocalyptiques d’Hénoch et de Daniel comme un appel à se préparer à la venue du Bien-Aimé.

§4 Les images des royaumes, des bêtes et des cornes ne servent pas d’abord à satisfaire la curiosité sur l’avenir ;

§5 elles rappellent que les puissances humaines passent et que le jugement de Dieu approche.

§6 C’est dans ce cadre que l’auteur aborde une question brûlante de son temps : à qui appartient l’Alliance ?

§7 Sa réponse est polémique : il affirme qu’Israël l’aurait perdue au moment de l’idolâtrie et que la rupture des tables annoncerait une alliance nouvelle scellée dans le cœur des croyants en Jésus.

§8 Cette lecture exprime la théologie de Barnabé ; elle ne doit pas être transformée en jugement historique sur le peuple juif.

§9 L’avertissement vise surtout ses propres lecteurs : des années de foi ne remplacent pas la fidélité présente. Quand l’épreuve arrive, il faut résister afin de ne pas laisser le mal prendre pied.

§10 Cette résistance se vit ensemble. Ne vous isolez pas comme si vous étiez déjà arrivés au but ; rassemblez-vous et cherchez ce qui sert réellement le bien de tous.

§11 Ne vous prenez pas pour votre propre mesure de sagesse. Laissez-vous former en communauté spirituelle, comme un temple consacré à Dieu, en gardant ses commandements.

§12 Le jugement de Dieu ne favorise personne : les actes comptent.

§13 Être « appelé » n’autorise donc ni l’endormissement ni l’assurance facile.

§14 L’histoire biblique elle-même devient pour Barnabé un avertissement adressé à l’Église : les privilèges reçus ne dispensent jamais de persévérer. Beaucoup peuvent être appelés ; il faut encore être trouvé fidèle.

Texte source

§1 Δεῖ οὖν ἡμᾶς περὶ τῶν ἐνεστώτων ἐπιπολὺ ἐραυνῶντας ἐκζητεῖν τὰ δυνάμενα ἡμᾶς σώζειν. φύγωμεν οὖν τελείως ἀπὸ πάντων τῶν ἔργων τῆς ἀνομίας, μήποτε καταλάβῃ ἡμᾶς τὰ ἔργα τῆς ἀνομίας· καὶ μισήσωμεν τὴν πλάνην τοῦ νῦν καιροῦ, ἵνα εἰς τὸν μέλλοντα ἀγαπηθῶμεν. §2 μὴ δῶμεν τῇ ἑαυτῶν ψυχῇ ἄνεσιν, ὥστε ἔχειν αὐτὴν ἐξουσίαν μετὰ ἁμαρτωλῶν καὶ πονηρῶν συντρέχειν, μήποτε ὁμοιωθῶμεν αὐτοῖς. §3 τὸ τέλειον σκάνδαλον ἤγγικεν, περὶ οὗ γέγραπται, ὡς Ἐνὼχ λέγει. Εἰς τοῦτο γὰρ ὁ δεσπότης συντέτμηκεν τοὺς καιροὺς καὶ τὰς ἡμέρας, ἵνα ταχύνῃ ὁ ἠγαπημένος αὐτοῦ καὶ ἐπὶ τὴν κληρονομίαν ἥξῃ, §4 λέγει δὲ οὕτως καὶ ὁ προφήτης· Βασιλεῖαι δέκα ἐπὶ τῆς γῆς βασιλεύσουσιν, καὶ ἐξαναστήσεται ὄπισθεν μικρὸς βασιλεύς, ὃς ταπεινώσει τρεῖς ὑφ’ ἓν τῶν βασιλέων. §5 ὁμοίως περὶ τοῦ αὐτοῦ λέγει Δανιήλ· Καὶ εἶδον τὸ τέταρτον θηρίον τὸ πονηρὸν καὶ ἰσχυρὸν καὶ χαλεπώτερον παρὰ πάντα τὰ θηρία τῆς θαλάσσης, καὶ ὡς ἐξ αὐτοῦ ἀνέτειλεν δέκα κέρατα, καὶ ἐξ αὐτῶν μικρὸν κέρας παραφυάδιον, καὶ ὡς ἐταπείνωσεν ὑφ’ ἓν τρία τῶν μεγάλων κεράτων. §6 συνιέναι οὖν ὀφείλετε. ἔτι δὲ καὶ τοῦτο ἐρωτῶ ὑμᾶς ὡς εἷς ἐξ ὑμῶν ὤν, ἰδίως δὲ καὶ πάντας ἀγαπῶν ὑπὲρ τὴν ψυχήν μου, προσέχειν νῦν ἑαυτοῖς καὶ μὴ ὁμοιοῦσθαί τισιν ἐπισωρεύοντας ταῖς ἁμαρτίαις ὑμῶν λέγοντας, ὅτι ἡ διαθήκη ἐκείνων καὶ ἡμῶν. §7 ἡμῶν μέν· ἀλλ’ ἐκεῖνοι οὕτως εἰς τέλος ἀπώλεσαν αὐτὴν λαβόντος ἤδη τοῦ Μωϋσέως. λέγει γὰρ ἡ γραφή· Καὶ ἦν Μωϋσῆς ἐν τῷ ὄρει νηστεύων ἡμέρας τεσσαράκοντα καὶ νύκτας τεσσαράκοντα, καὶ ἔλαβεν τὴν διαθήκην ἀπὸ τοῦ κυρίου, πλάκας λιθίνας γεγραμμένας τῷ δακτύλῳ τῆς χειρὸς τοῦ κυρίου. §8 ἀλλὰ ἐπιστραφέντες ἐπὶ τὰ εἴδωλα ἀπώλεσαν αὐτήν. λέγει γὰρ οὕτως κύριος. Μωϋσῆ Μωϋσῆ, κατάβηθι τὸ τάχος, ὅτι ἠνόμησεν ὁ λαός σου, οὓς ἐξήγαγες ἐκ γῆς Αἰγύπτου, καὶ συνῆκεν Μωϋσῆς καὶ ἔριψεν τὰς δύο πλάκας ἐκ τῶν χειρῶν αὐτοῦ· καὶ συνετρίβη αὐτῶν ἡ διαθήκη, ἵνα ἡ τοῦ ἠγαπημένου Ἰησοῦ ἐγκατασφραγισθῇ εἰς τὴν καρδίαν ἡμῶν ἐν ἐλπίδι τῆς πίστεως αὐτοῦ. §9 πολλὰ δὲ θέλων γράφειν, οὐχ ὡς διδάσκαλος, ἀλλ’ ὡς πρέπει ἀγαπῶντι ἀφ’ ὧν ἔχομεν μὴ ἐλλείπειν, γράφειν ἐσπούδασα, περίψημα ὑμῶν. διὸ προσέχωμεν ἐν ταῖς ἐσχάταις ἡμέραις· οὐδὲν γὰρ ὠφελήσει ἡμᾶς ὁ πᾶς χρόνος τῆς πίστεως ἡμῶν, ἐὰν μὴ νῦν ἐν τῷ ἀνόμῳ καιρῷ καὶ τοῖς μέλλουσιν σκανδάλοις, ὡς πρέπει υἱοῖς θεοῦ, ἀντιστῶμεν, ἵνα μὴ σχῇ παρείσδυσιν ὁ μέλας. §10 φύγωμεν ἀπὸ πάσης ματαιότητος, μισήσωμεν τελείως τὰ ἔργα τῆς πονηρᾶς ὁδοῦ. μὴ καθ’ ἑαυτοὺς ἐνδύνοντες μονάζετε ὡς ἤδη δεδικαιωμένοι, ἀλλ’ ἐπὶ τὸ αὐτὸ συνερχόμενοι συνζητεῖτε περὶ τοῦ κοινῇ συμφέροντος. §11 λέγει γὰρ ἡ γραφή· Οὐαὶ οἱ συνετοὶ ἑαυτοῖς καὶ ἐνώπιον ἑαυτῶν ἐπιστήμονες. γενώμεθα πνευματικοί, γενώμεθα ναὸς τέλειος τῷ θεῷ. ἐφ’ ὅσον ἐστὶν ἐν ἡμῖν, μελετῶμεν τὸν φόβον τοῦ θεοῦ καὶ φυλάσσειν ἀγωνιζώμεθα τὰς ἐντολὰς αὐτοῦ, ἵνα ἐν τοῖς δικαιώμασιν αὐτοῦ εὐφρανθῶμεν. §12 ὁ κύριος ἀπροσωπολήμπτως κρινεῖ τὸν κόσμον. ἕκαστος καθὼς ἐποίησεν κομιεῖται. ἐὰν ᾖ ἀγαθός, ἡ δικαιοσύνη αὐτοῦ προηγήσεται αὐτοῦ· ἐὰν ᾖ πονηρός, ὁ μισθὸς τῆς πονηρίας ἔμπροσθεν αὐτοῦ· §13 ἵνα μήποτε ἐπαναπαύομενοι ὡς κλητοὶ ἐπικαθυπνώσωμεν ταῖς ἁμαρτίαις ἡμῶν, καὶ ὁ πονηρὸς ἄρχων λαβὼν τὴν καθ’ ἡμῶν ἐξουσίαν ἀπώσηται ἡμᾶς ἀπὸ τῆς βασιλείας τοῦ κυρίου. §14 ἔτι δὲ κἀκεῖνο, ἀδελφοί μου, νοεῖτε· ὅταν βλέπετε μετὰ τηλικαῦτα σημεῖα καὶ τέρατα γεγονότα ἐν τῷ Ἰσραήλ, καὶ οὕτως ἐγκαταλελεῖφθαι αὐτούς· προσέχωμεν, μήποτε, ὡς γέγραπται, πολλοὶ κλητοί, ὀλίγοι δὲ ἐκλεκτοὶ εὑρεθῶμεν.

Notes textuelles

Place dans l’ouvrage

Dans l’architecture de l’ouvrage

Barnabé développe d’abord une herméneutique de l’alliance et de l’Écriture (1–17), puis transmet une forme des Deux Voies (18–20) avant l’exhortation finale (21).

Parcours de l’unité

Derniers temps, alliance et vigilanceÉpître de Barnabé 4

Clés de lecture

Approfondir : composition, transmission et réception

Témoin de travail

méthodologique

Wikisource, traduction publique de J. B. Lightfoot ; registre local epitre-de-barnabe/source/registry.json

Lecture éditoriale. Le témoin sert à cartographier le chapitre et préparer son introduction ; la validation finale doit revenir au texte critique et aux manuscrits pertinents.

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