Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Le jeûne véritable selon les prophètes
Ce chapitre de l’Épître de Barnabé développe : « Le jeûne véritable selon les prophètes ». Barnabé développe d’abord une herméneutique de l’alliance et de l’Écriture (1–17), puis transmet une forme des Deux Voies (18–20) avant l’exhortation finale (21).
Texte — sept restitutions
Une seule analyse du texte source gouverne les sept restitutions. La version Lecture est ouverte par défaut.
Clarté
§1 Le Seigneur leur parle encore de cela : « Pourquoi jeûnez-vous pour moi, comme aujourd’hui, pour faire entendre votre voix à grands cris ? Ce n’est pas ce jeûne que j’ai choisi, dit le Seigneur : il ne consiste pas simplement à accabler son âme.
§2 Même si vous courbez votre cou comme un anneau, si vous vous couvrez de sac et vous couchez sur la cendre, vous ne pourrez pas appeler cela un jeûne qui m’est agréable.
§3 Mais à nous il dit : Voici le jeûne que j’ai choisi : défais tout lien d’injustice, dénoue les contraintes des engagements violents, rends la liberté à ceux qui sont brisés et déchire tout contrat injuste. Partage ton pain avec celui qui a faim ; si tu vois quelqu’un nu, couvre-le ; accueille chez toi celui qui n’a pas de toit ; si tu vois un humilié, ne le méprise pas, pas plus que ceux de ta propre famille.
§4 Alors ta lumière éclatera dès le matin ; tes vêtements resplendiront bientôt ; ta justice marchera devant toi et la gloire de Dieu t’enveloppera.
§5 Alors tu crieras et Dieu t’écoutera ; tandis que tu parleras encore, il dira : Me voici. Si tu retires de chez toi le joug, le geste accusateur et la parole de murmure, si tu donnes de tout cœur ton pain à celui qui a faim et si tu prends en pitié l’être humilié,
§6 alors, frères, comprenons que le Dieu patient, sachant d’avance que le peuple préparé dans son Bien-Aimé croirait avec droiture, nous a révélé ces choses à l’avance afin que nous ne nous jetions pas, comme de nouveaux venus, dans leur manière de comprendre la Loi.
Lecture
§1 Le Seigneur reprend encore ce thème : « Pourquoi jeûnez-vous pour moi aujourd’hui, tout en faisant entendre vos cris ? Ce n’est pas ce jeûne-là que j’ai choisi : il ne suffit pas qu’un homme se mortifie.
§2 Vous pourriez plier le cou, porter le sac et dormir sur la cendre : cela ne ferait pas encore de votre jeûne un jeûne accueilli par Dieu.
§3 Voici plutôt le jeûne qu’il nous adresse : rompre les liens de l’injustice, défaire les contraintes imposées par la violence, remettre en liberté les opprimés et déchirer les engagements iniques ; partager son pain avec l’affamé, vêtir celui qui est nu, faire entrer chez soi celui qui n’a pas d’abri, ne détourner le regard ni de l’humilié ni de ses proches.
§4 Alors ta lumière jaillira comme l’aurore ; ce qui te revêt surgira rapidement ; ta justice te précédera et la gloire de Dieu t’entourera.
§5 Tu appelleras et Dieu répondra ; tu parleras encore qu’il dira déjà : « Me voici. » Retire le joug, le geste d’accusation et la parole qui murmure ; donne ton pain de toute ton âme à celui qui a faim et fais miséricorde à l’âme abaissée.
§6 Frères, le Dieu patient avait prévu qu’un peuple préparé dans son Bien-Aimé accueillerait la foi avec intégrité. Il nous a donc annoncé tout cela d’avance pour que nous ne nous rattachions pas, comme des prosélytes, à leur Loi sans en discerner l’intention.
Proclamation
§1 Le Seigneur dit encore : Pourquoi jeûnez-vous pour moi, si vos cris remplissent le jour ? Ce n’est pas ce jeûne que j’ai choisi ! Ce n’est pas seulement abaisser son âme.
§2 Courbez le cou, revêtez le sac, couchez-vous sur la cendre : ce n’est pas encore le jeûne que Dieu accueille.
§3 Voici le jeûne que j’ai choisi : brise les liens de l’injustice ! Dénoue les contraintes de la violence ! Libère ceux qu’on a brisés ! Déchire les contrats iniques ! Partage ton pain avec l’affamé ! Vêts celui qui est nu ! Accueille le sans-abri ! Ne méprise ni l’humilié ni les tiens !
§4 Alors ta lumière éclatera dès le matin ; ce qui te couvre se lèvera vite ; ta justice marchera devant toi, et la gloire de Dieu t’enveloppera.
§5 Tu crieras : Dieu répondra. Tu parleras : il dira, Me voici ! Ôte le joug, le geste qui accuse, la parole qui murmure. Donne ton pain de tout ton cœur à celui qui a faim ; prends en pitié l’âme humiliée.
§6 Voilà, frères, ce que le Dieu patient avait annoncé : il savait qu’un peuple préparé dans son Bien-Aimé croirait d’un cœur entier. Il nous l’a révélé afin que nous ne nous jetions pas aveuglément dans la Loi comme des nouveaux venus.
Déployée
§1 Le Seigneur reprend encore la question du jeûne : « Pourquoi jeûnez-vous pour moi tout en cherchant aujourd’hui à faire entendre votre voix dans le tumulte ? Ce n’est pas ce jeûne que j’ai choisi, dit le Seigneur : le simple fait de mortifier ou d’humilier sa propre vie n’en constitue pas l’essence.
§2 Même des signes ascétiques visibles — courber le cou, porter le sac, s’étendre sur la cendre — ne suffisent pas à rendre le jeûne acceptable devant Dieu.
§3 Le jeûne choisi par Dieu est défini par des actes de justice : délier ce que l’injustice a noué, faire cesser les contraintes produites par des rapports violents, rendre la liberté à ceux qui ont été brisés et annuler les engagements iniques. Il prend aussi la forme d’une hospitalité concrète : partager le pain avec l’affamé, vêtir le nu, accueillir le sans-abri, ne pas détourner son regard de l’humilié ni de ceux de sa propre parenté.
§4 Alors seulement la lumière peut éclater comme l’aurore. Le texte transmis ici parle aussi de « vêtements » qui surgissent rapidement — formulation remarquable au regard de la tradition d’Isaïe. La justice précède alors le fidèle et la gloire de Dieu l’enveloppe.
§5 La relation à Dieu devient réponse : celui qui appelle est entendu, et Dieu peut dire « Me voici » avant même que la parole soit achevée. Mais cette promesse est liée au retrait du joug, du geste accusateur et de la parole de murmure, ainsi qu’au partage sincère avec l’affamé et à la compassion envers l’être abaissé.
§6 L’auteur conclut en appliquant cette prophétie à ses destinataires : le Dieu patient aurait annoncé d’avance ce mode de vie parce qu’il savait qu’un peuple préparé « dans son Bien-Aimé » croirait avec intégrité. Cette révélation doit empêcher les croyants de se jeter sans discernement, comme des convertis de fraîche date, dans une compréhension étrangère de la Loi.
Littérale
§1 Il dit donc encore à leur sujet : « Pourquoi jeûnez-vous pour moi, dit le Seigneur, comme aujourd’hui, pour que votre voix soit entendue dans un cri ? Ce n’est pas ce jeûne que j’ai choisi, dit le Seigneur, ni un homme humiliant son âme.
§2 Quand même vous courberiez votre cou comme un anneau, revêtiriez le sac et étendriez la cendre sous vous, même ainsi vous n’appellerez pas cela un jeûne acceptable.
§3 Mais à nous il dit : Voici le jeûne que j’ai choisi, dit le Seigneur : délie tout lien d’injustice, défais les étranglements de transactions violentes, renvoie libres ceux qui sont brisés et déchire tout écrit injuste. Romps ton pain pour ceux qui ont faim ; si tu vois quelqu’un nu, couvre-le ; introduis dans ta maison ceux qui sont sans toit ; si tu vois un humilié, ne le méprise pas, ni ceux qui sont de ta propre semence.
§4 Alors ta lumière se déchirera dès le matin, et tes vêtements se lèveront rapidement ; la justice marchera devant toi et la gloire de Dieu t’entourera.
§5 Alors tu crieras et Dieu t’écoutera ; tandis que tu parleras encore, il dira : Voici, je suis présent. Si tu ôtes de toi lien, désignation de la main et parole de murmure, si tu donnes à celui qui a faim ton pain depuis ton âme et fais miséricorde à une âme humiliée.
§6 En vue de cela donc, frères, le Longanime, ayant prévu que le peuple qu’il a préparé dans son Bien-Aimé croirait dans l’intégrité, nous a manifesté d’avance toutes choses, afin que nous ne nous heurtions pas comme des étrangers/prosélytes à leur loi. »
Philologique
§1 Il dit donc encore à leur sujet : « Pourquoi jeûnez-vous pour moi, dit le Seigneur, comme aujourd’hui, afin que votre voix soit entendue dans un cri ? Ce n’est pas ce jeûne que j’ai choisi, dit le Seigneur, ni un homme qui “humilie son âme” (tapeinoûn tèn psychèn).
§2 Même si vous courbez le cou comme un anneau, revêtez le sac et étendez la cendre sous vous, vous n’appellerez pas pour autant cela un jeûne “acceptable” (dektos).
§3 Mais à nous il dit : Voici le jeûne que j’ai choisi : délier tout “lien d’injustice” (syndesmos adikias), défaire les “étranglements” de rapports/transactions violents (strangalíai biaiôn synallagmatôn), laisser aller en libération ceux qui ont été brisés et déchirer tout écrit contractuel injuste (syngraphè). Puis viennent les gestes positifs : rompre le pain pour l’affamé, vêtir le nu, introduire le sans-abri dans la maison, ne pas mépriser l’humilié ni “ceux de ta propre semence”, c’est-à-dire les tiens.
§4 Alors ta lumière “se déchirera” dès le matin (ragèsetai prôimon). Le texte grec de contrôle de Barnabé lit ici ta himatia, « tes vêtements », qui “se lèveront rapidement”; la formulation diffère de la leçon bien connue d’Isaïe 58,8. La justice précède le fidèle et la gloire de Dieu le couvre/l’entoure (peristelei).
§5 Alors tu crieras et Dieu t’écoutera ; tandis que tu parleras encore, il dira : « Me voici / je suis présent » (idou pareimi). La suite demande d’ôter le lien, la “désignation de la main” (cheirotonia : geste de la main, ici probablement geste accusateur ou oppressif) et la parole de murmure, puis de donner “depuis son âme” à l’affamé et de faire miséricorde à l’âme humiliée.
§6 Le Longanime (ho makrothymos), ayant prévu que le peuple préparé “dans son Bien-Aimé” croirait “dans l’intégrité” (en akeraiosynè), nous a tout révélé d’avance, afin que nous ne “nous heurtions / nous jetions” (prosressômetha) pas comme des epèlytai — nouveaux venus, étrangers ou prosélytes — contre/dans leur Loi. L’image finale reste syntaxiquement abrupte et ne doit pas être lissée en une théorie complète de la Loi.
Paraphrase
§1 Dieu ne demande pas un jeûne de façade. On peut faire beaucoup de bruit religieux, s’imposer des privations et donner l’impression de s’humilier sans pour autant vivre ce que Dieu attend.
§2 Le sac, la cendre et les gestes austères ne transforment pas à eux seuls une pratique religieuse en jeûne authentique.
§3 Pour Dieu, jeûner signifie d’abord combattre ce qui écrase les autres : défaire les liens injustes, mettre fin aux contraintes abusives, rendre leur liberté aux opprimés et rompre les accords iniques. Cela signifie aussi partager son pain, vêtir celui qui manque de tout, accueillir celui qui n’a pas de toit et ne détourner les yeux ni des humiliés ni de ses proches.
§4 C’est alors qu’une vie nouvelle peut commencer à resplendir : la justice ouvre la marche et la présence glorieuse de Dieu entoure celui qui agit ainsi.
§5 La prière n’est plus séparée de la manière de vivre : Dieu répond à celui qui a retiré de sa vie le joug, l’accusation, le murmure et l’indifférence, et qui partage réellement avec celui qui a faim ou qui est abaissé.
§6 L’auteur de Barnabé voit dans cette parole prophétique une préparation destinée au peuple rassemblé dans le Bien-Aimé. Son but est d’apprendre aux croyants à discerner le sens voulu par Dieu plutôt qu’à adopter mécaniquement des pratiques religieuses.
Texte source
§1 Λέγει οὖν πάλιν περὶ τούτων πρὸς αὐτούς· Ἱνατί μοι νηστεύετε, λέγει κύριος, ὡς σήμερον ἀκουσθῆναι ἐν κραυγῇ τὴν φωνὴν ὑμῶν; οὐ ταύτην τὴν νηστείαν ἐγὼ ἐξελεξάμην, λέγει κύριος, οὐκ ἄνθρωπον ταπεινοῦντα τὴν ψυχὴν αὐτοῦ, §2 οὐδ’ ἂν κάμψητε ὡς κρίκον τὸν τράχηλον ὑμῶν καὶ σάκκον ἐνδύσησθε καὶ σποδὸν ὑποστρώσητε, οὐδ’ οὕτως καλέσετε νηστείαν δεκτήν. §3 πρὸς ἡμᾶς δὲ λέγει· Ἰδοὺ αὕτη ἡ νηστεία, ἣν ἐγὼ ἐξελεξάμην, λέγει κύριος· λύε πάντα σύνδεσμον ἀδικίας, διάλυε στραγγαλιὰς βιαίων συναλλαγμάτων, ἀπόστελλε τεθραυσμένους ἐν ἀφέσει καὶ πᾶσαν ἄδικον συγγραφὴν διάσπα. διάθρυπτε πεινῶσιν τὸν ἄρτον σου, καὶ γυμνὸν ἐὰν ἴδῃς περίβαλε· ἀστέγους εἴσαγε εἰς τὸν οἶκον σου, καὶ ἐὰν ἴδῃς ταπεινόν, οὐχ ὑπερόψῃ αὐτόν, οὐδὲ ἀπὸ τῶν οἰκείων τοῦ σπέρματός σου. §4 τότε ῥαγήσεται πρώϊμον τὸ φῶς σου, καὶ τὰ ἱμάτιά σου ταχέως ἀνατελεῖ, καὶ προπορεύσεται ἔμπροσθέν σου ἡ δικαιοσύνη, καὶ ἡ δόξα τοῦ θεοῦ περιστελεῖ σε. §5 τότε βοήσεις, καὶ ὁ θεὸς ἐπακούσεταί σου, ἔτι λαλοῦντός σου ἐρεῖ· Ἰδοὺ πάρειμι· ἐὰν ἀφέλῃς ἀπὸ σοῦ σύνδεσμον καὶ χειροτονίαν καὶ ῥῆμα γογγυσμοῦ, καὶ δῷς πεινῶντι τὸν ἄρτον σου ἐκ ψυχῆς σου καὶ ψυχὴν τεταπεινωμένην ἐλεήσῃς. §6 εἰς τοῦτο οὖν, ἀδελφοί, ὁ μακρόθυμος προβλέψας, ὡς ἐν ἀκεραιοσύνῃ πιστεύσει ὁ λαός, ὃν ἡτοίμασεν ἐν τῷ ἠγαπημένῳ αὐτοῦ, προεφανέρωσεν ἡμῖν περὶ πάντων, ἵνα μὴ προσρησσώμεθα ὡς ἐπήλυτοι τῷ ἐκείνων νόμῳ.
Notes textuelles
- Barnabé 3.1–5 reprend largement Isaïe 58,3–10 dans une forme grecque propre à la tradition de Barnabé ; les citations ne sont pas normalisées silencieusement sur une édition moderne de la Septante.
- Barnabé 3.4 — le texte grec de contrôle lit τὰ ἱμάτιά σου (« tes vêtements »), là où la tradition d’Isaïe 58,8 est habituellement associée à une leçon de type « guérison ». Bible Savoy conserve la leçon du témoin de travail et signale l’écart.
- Barnabé 3.6 — ἐπήλυτοι peut désigner des nouveaux venus, étrangers ou prosélytes ; προσρήσσω exprime littéralement l’idée de se heurter/se jeter contre. Les niveaux lisibles explicitent sans faire disparaître l’aspérité.
Place dans l’ouvrage
Dans l’architecture de l’ouvrage
Barnabé développe d’abord une herméneutique de l’alliance et de l’Écriture (1–17), puis transmet une forme des Deux Voies (18–20) avant l’exhortation finale (21).
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire cette unité selon son genre propre et son rôle dans l’argument ou la vision de l’ouvrage, avant toute utilisation doctrinale isolée.
- Distinguer sens dans le document ancien, usages ecclésiaux ultérieurs et débats modernes sur composition ou interpolation.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Wikisource, traduction publique de J. B. Lightfoot ; registre local epitre-de-barnabe/source/registry.json
Lecture éditoriale. Le témoin sert à cartographier le chapitre et préparer son introduction ; la validation finale doit revenir au texte critique et aux manuscrits pertinents.
Bibliographie de travail
- James Carleton Paget, The Epistle of Barnabas
- Michael W. Holmes, The Apostolic Fathers
- J. B. Lightfoot, Apostolic Fathers
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.