Monographie de recherche · Instrument d’évaluation
Grille Savoy d’évaluation passage par passage
Note de version — 14 septembre 2026. La traduction principale de La Bible Savoy comporte désormais sept restitutions : Clarté · Lecture · Proclamation · Déployée · Littérale · Philologique · Paraphrase. Les mentions à six restitutions conservées dans ce chapitre décrivent un état antérieur du modèle, un protocole ou un snapshot quantitatif établi avant l’intégration de Paraphrase ; elles sont maintenues pour la traçabilité historique et empirique.
Le modèle de restitution multiple ne peut être évalué par une note unique de « qualité de traduction » : chacune des sept restitutions poursuit une fonction distincte. La grille Savoy sépare donc les contraintes communes, qui valent pour les sept textes, des critères propres à chaque fonction.
1. Principe de non-compensation
Une réussite fonctionnelle ne peut compenser une incompatibilité avec le dossier commun. Une formulation très fluide, très audible ou très explicative demeure invalide si elle introduit une analyse que le dossier textuel et philologique ne permet pas. La conformité au dossier constitue donc un critère de seuil.
La non-compensation impose également un ordre de lecture des résultats. Les critères communs sont examinés avant les critères fonctionnels. Une restitution qui contredit le texte source ou le dossier ne peut être « sauvée » par une excellente lisibilité, une belle cadence ou une forte visibilité structurelle. Les propriétés fonctionnelles n’interviennent qu’à l’intérieur de l’espace des solutions admissibles.
2. Échelle ordinale
| Valeur | Statut | Interprétation |
|---|---|---|
| 3 | Conforme | La restitution remplit le critère sans réserve significative. |
| 2 | Conforme avec réserve | Faiblesse locale ne modifiant pas substantiellement le sens ou la fonction. |
| 1 | Révision nécessaire | Défaut important affectant la fonction ou la traçabilité. |
| 0 | À réouvrir | Contradiction avec le dossier, fonction non remplie ou dérive méthodologique. |
Les valeurs ne doivent pas être additionnées pour produire un classement global des sept restitutions. Elles servent à localiser les défauts. Comparer un « total Clarté » à un « total Philologique » réintroduirait précisément la hiérarchie qualitative que le modèle cherche à éviter.
L’échelle 3–2–1–0 sert à localiser une faiblesse, non à créer une moyenne générale entre restitutions. Un 3 en Proclamation et un 3 en Littérale ne mesurent pas la même propriété ; ils indiquent seulement que chacune remplit fortement son propre critère. Toute agrégation inter-fonctions serait donc trompeuse sauf si elle est limitée à un indicateur transversal explicitement défini.
La grille doit enregistrer, à côté de la valeur ordinale, un commentaire court pour tout score inférieur au niveau attendu. Ce commentaire constitue la donnée la plus importante pour la révision : il doit identifier le phénomène, et non seulement exprimer une impression (« lourd », « bizarre », « meilleur »).
Critères bloquants et critères graduels
Tous les critères ne sont pas compensables par l’échelle 0–3. Une contradiction avec le dossier commun, une leçon textuelle non documentée ou une inversion de sens constitue un défaut bloquant : la restitution ne peut être déclarée acceptable même si elle obtient de bonnes appréciations stylistiques ailleurs. D’autres propriétés — fluidité, cadence, degré de visibilité structurelle — sont graduelles et peuvent être discutées sans invalider immédiatement le passage.
Cette distinction empêche un usage abusif de la grille comme moyenne. Le score local sert à décrire ; la décision finale applique d’abord les contraintes bloquantes, puis examine l’adéquation fonctionnelle.
3. Critères communs aux sept restitutions
- Compatibilité textuelle : la formulation repose-t-elle sur le texte et les variantes retenues dans le dossier ?
- Compatibilité philologique : respecte-t-elle morphologie, syntaxe et valeurs lexicales admissibles ?
- Compatibilité sémantique : évite-t-elle ajout, suppression ou fermeture injustifiée d’une possibilité pertinente ?
- Traçabilité : une divergence significative peut-elle être reliée à une donnée ou une règle identifiable ?
Dette documentaire
Tout passage qui réduit significativement une ambiguïté, une variante, une polysémie ou une structure pertinente doit être contrôlé sous un cinquième critère transversal : l’information supprimée de la restitution reste-t-elle récupérable, avec un niveau de détail proportionné à son importance interprétative ? Une dette non acquittée constitue une insuffisance éditoriale même si la phrase française est correcte.
Cohérence systémique
Deux contrôles complètent les critères communs : cohérence verticale, entre chaque restitution et le dossier ; cohérence horizontale, entre les analyses présupposées par les sept restitutions. Une grande divergence de surface est admissible ; une contradiction de diagnostic non documentée ne l’est pas.
4. Clarté
Trois contrôles spécifiques : intelligibilité immédiate ; simplification de réception sans simplification du contenu ; explicitation limitée au nécessaire. Les défauts typiques sont la paraphrase, l’appauvrissement sémantique et la résolution silencieuse d’une ambiguïté importante.
5. Lecture
Trois contrôles spécifiques : naturel du français ; continuité de lecture ; conservation de la texture signifiante. Les défauts typiques sont le calque inutile, le lissage excessif et la recherche d’élégance au prix d’une relation textuelle importante.
6. Proclamation
Quatre contrôles spécifiques : intelligibilité à la première écoute ; segmentation respiratoire ; stabilité auditive des référents ; conservation des rythmes, reprises et parallélismes utiles. Les défauts typiques sont l’enchâssement inaudible, l’ambiguïté seulement résoluble à l’œil et la rhétorisation libre.
7. Déployée
Trois contrôles spécifiques : toute expansion est justifiable ; elle expose une donnée condensée, elliptique, grammaticale, lexicale ou culturelle pertinente ; elle reste distincte du commentaire. Les défauts typiques sont la glose doctrinale, la synthèse de plusieurs hypothèses en une seule phrase et l’accumulation décorative d’alternatives.
8. Littérale
Trois contrôles spécifiques : visibilité de la structure ; conservation des répétitions et relations lexicales significatives ; maintien d’un français continu. Les défauts typiques sont le mot-à-mot sans syntaxe française, la translittération inutile et, inversement, une naturalisation telle que la charpente source disparaît.
9. Philologique
Trois contrôles spécifiques : visibilité du phénomène déterminant ; précision terminologique ; économie analytique. Les défauts typiques sont le commentaire exégétique extensif, la surcharge de translittérations et la duplication de données qui peuvent rester exclusivement dans l’environnement Étude.
10. Paraphrase
Quatre contrôles spécifiques : fidélité au sens discursif établi par le dossier commun ; liberté de reformulation réellement utile à la compréhension ; absence de texte pivot moderne ou de dépendance à une paraphrase existante ; proportionnalité des explicitations au statut épistémique du dossier. Les défauts typiques sont l’invention doctrinale, l’harmonisation externe, la résolution arbitraire d’une ambiguïté et la reformulation si libre qu’elle devient commentaire plutôt que restitution.
11. Procédure d’évaluation
- figer l’état du dossier commun et son identifiant de version ;
- présenter aux évaluateurs le passage source, le dossier utile et le cahier fonctionnel de la restitution ;
- évaluer d’abord les quatre critères communs ;
- évaluer ensuite les critères propres à la restitution ;
- justifier obligatoirement tout score 0 ou 1 par une observation localisable ;
- comparer les évaluations indépendantes ;
- classer la décision : conserver, réviser la restitution, ou réouvrir le dossier commun.
Une procédure complète peut être réalisée en quatre passes. Première passe : conformité au dossier commun. Deuxième passe : adéquation à la fonction de la restitution. Troisième passe : comparaison horizontale des sept sorties et recherche de contradictions. Quatrième passe : dette documentaire et décision de révision. Ce découpage limite le risque que la préférence pour une formulation influence prématurément le jugement philologique.
Justification de chaque note
Une note numérique sans justification textuelle possède une faible valeur pour la recherche. Pour les passages de validation, tout score inférieur au niveau maximal devrait être accompagné d’un commentaire bref indiquant le phénomène observé et, lorsque possible, la donnée du dossier concernée. Cette règle rend l’évaluation auditable et permet de distinguer désaccord de goût et défaut méthodologique.
Les commentaires peuvent ensuite être regroupés par type pour réviser la grille. Si une catégorie reçoit régulièrement des justifications incompatibles, sa définition est probablement trop large.
12. Fiabilité inter-évaluateurs
Le protocole doit distinguer désaccord sur le texte et désaccord sur l’application de la fonction. Les évaluateurs reçoivent le même dossier et le même cahier fonctionnel ; leur identité et l’ordre des restitutions peuvent être masqués lorsque cela ne gêne pas l’évaluation. Les divergences sont conservées comme données de recherche plutôt que résolues artificiellement avant analyse.
Accord sur le diagnostic avant accord sur la note
Deux évaluateurs peuvent donner la même note pour des raisons différentes. Le protocole doit donc comparer d’abord le type de phénomène identifié, puis seulement la gravité. Un accord numérique sans accord sur le diagnostic serait trompeur ; un désaccord d’un point avec diagnostic identique peut au contraire être relativement mineur.
13. Application pilote : Actes 18,5
Le passage constitue un bon test parce que les sept formulations se différencient fortement autour de synechomai tō logō. L’évaluation interne provisoire ne vise pas à attribuer une note définitive : elle vérifie que les différences observées correspondent bien aux cahiers fonctionnels. Proclamation redistribue la phrase en unités auditives ; Littérale conserve « tenu par la parole » ; Philologique expose la construction et son interprétation ; Déployée rend visible l’amplitude « pressé/absorbé ». Le cas illustre la possibilité d’une différenciation fonctionnelle cohérente, mais devra être repris par des évaluateurs externes.
14. Application pilote : Psaume 117
Le Psaume 117 teste mieux que la prose narrative la fonction de Proclamation. Les impératifs parallèles, le balancement des cola et les reprises lexicales permettent de vérifier si l’oralité améliore réellement la perception du texte sans produire un effet liturgique artificiel. La comparaison avec Littérale et Philologique permet en outre de distinguer nettement rythme audible, structure hébraïque et explication des lexèmes ḥesed et ’emet.
15. Décision méthodologique
La grille est un instrument de diagnostic et non un système de notation compétitive. Elle doit pouvoir faire apparaître qu’une restitution est excellente pour sa fonction tout en étant volontairement moins performante selon un autre critère. Cette non-compensation constitue une propriété essentielle du modèle.
Statut. Grille Savoy, version 0.1, Pierre-Alain Savoy, 2026. Première formalisation destinée à être testée et révisée après évaluations externes.